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    Entrevue

    José Bové dénonce l’imitation de fromages français par le Canada

    José Bové réclame l’abandon de l’AECG, dont la ratification est encore loin d’être scellée tant les obstacles pour y arriver sont nombreux.
    Photo: Jean-Sébastien Évrard Agence France-Presse José Bové réclame l’abandon de l’AECG, dont la ratification est encore loin d’être scellée tant les obstacles pour y arriver sont nombreux.

    Colère et indignation. L’ex-militant altermondialiste José Bové, aujourd’hui député européen, s’inquiète de voir la copie de fromages français par les producteurs canadiens cautionnée à l’avenir par l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne.

     

    Le traité international de libre-échange, dont la ratification doit débuter en octobre, va « légitimer la tromperie des consommateurs canadiens », selon lui, mais également, porter préjudice aux producteurs européens dont les produits protégés par des appellations d’origine protégée (AOP) vont pouvoir être « plagiés » en toute impunité et sans sanction par les Canadiens, a-t-il indiqué au Devoir.

     

    « Toute imitation de produits européens avec un nom imité est inacceptable, estime José Bové, joint dimanche dans le sud-ouest de la France. L’AECG est scandaleux puisqu’il se prépare à sacrifier un grand nombre de produits sous appellation dont la copie par le Canada va être légitimée, aux dépens des gardiens de ses appellations et des consommateurs chez vous qui pourraient se faire vendre du faux au prix du vrai. »

     

    Même si l’AECG tient compte de la reconnaissance mutuelle des appellations du côté canadien et européen pour en assurer la protection dans le cadre des échanges commerciaux, José Bové, qui a quitté la paysannerie pour la politique — il est vice-président de la commission Agriculture et développement rural du Parlement européen — maintient que le cadre actuel n’en fait pas assez et fragilise un trop grand nombre de produits livrés ainsi au risque de plagiat. Il cite par exemple le Saint-Marcellin, la tome des Bauges ou celle des Pyrénées ou encore le bleu des Causses qui ne font pas partie des 42 produits français que le traité de libre-échange se prépare à mieux protéger. Parmi ces produits, inscrits à l’annexe 20-A du document en cours de ratification, on trouve le brie de Meaux, le camembert de Normandie, l’emmental de Savoie, le morbier ou encore le beaufort, pour la France, mais également la feta pour la Grèce, la fontina et le provolone Valpadana pour l’Italie.

     

    Actuellement, sur le marché canadien plusieurs fromages fins inspirés des techniques et des recettes européennes sont vendus, y compris au Québec, mais sous des dénominations qui ne prêtent généralement pas à confusion.

     

    « [On parle de] de 42 produits et [de] 30 appellations, alors que ce sont plus de 1000 produits qui méritent le même genre de protection, dit M. Bové. J’ai demandé des explications pour savoir pourquoi tant de produits sont ainsi sacrifiés sur le plateau de ce traité. Je n’ai pas eu de réponse. »

     

    Pour José Bové, dont la carrière en militance a pris son envol à la fin du siècle après son attaque d’un restaurant McDonald’s à Millau, dans le sud de la France, seule la reconnaissance d’une non-reproduction de tous les fromages et produits français bénéficiant d’une appellation va pouvoir mettre fin au plagiat canadien en la matière. « Je ne crois pas que des petits producteurs de chez vous vont se lancer dans ce genre de copie, dit-il. Mais les industriels, eux, vont être les premiers gagnants d’un cadre législatif international qui ne protégera pas assez les appellations. » Selon lui, les appellations assurent des revenus élevés aux producteurs, mais également maintiennent la qualité des produits dans des cadres serrés que les plagiaires n’ont pas à respecter, même s’ils aspirent à utiliser l’image de ces produits pour s’approprier une part des revenus qu’ils génèrent.

     

    Aucune appellation canadienne n’a été incluse dans cet accord de libre-échange par le Canada, alors que l’Europe en a placé plus de 1500. Au Québec, seuls trois produits entrent dans cette catégorie avec leur Indication géographique protégée : l’agneau de Charlevoix, le vin de glace du Québec et le cidre de glace du Québec.

     

    M. Bové réclame l’abandon de ce traité, dont la ratification est encore loin d’être scellée tant les obstacles pour y arriver sont nombreux. À titre d’exemple, en juin dernier, les députés du Luxembourg ont réclamé que le traité ne soit pas adopté en l’état. Dans les prochaines semaines, l’ex-paysan et député européen va d’ailleurs venir au Canada pour rencontrer les opposants à cet accord de libre-échange, a-t-il indiqué.













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