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    Ces jeunes qui lancent des entreprises d’économie sociale

    3 septembre 2016 | Pierre Vallée - Collaboration spéciale | Actualités économiques
    La bougie d’allumage qui a servi à la création d’UTILE est le fiasco de l’îlot Voyageur. L’idée première était de voir si l’on pouvait se servir de cette structure pour en faire du logement étudiant. Bien que ce projet initial soit tombé à l’eau, le modèle d’affaires élaboré, lui, est bien demeuré.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La bougie d’allumage qui a servi à la création d’UTILE est le fiasco de l’îlot Voyageur. L’idée première était de voir si l’on pouvait se servir de cette structure pour en faire du logement étudiant. Bien que ce projet initial soit tombé à l’eau, le modèle d’affaires élaboré, lui, est bien demeuré.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    On entend souvent au Québec dire qu’il faut davantage stimuler l’esprit entrepreneurial des jeunes Québécois. Ces propos nous parviennent habituellement des milieux d’affaires et du patronat. Pourtant, des jeunes se lancent bel et bien en affaires, mais optent de le faire plutôt par l’intermédiaire de l’économie sociale. UTILE et l’Enclume en sont de bons exemples.

     

    Loger les étudiants

     

    L’Unité de travail pour l’implantation de logement étudiant (UTILE) est un OBNL fondé en janvier 2013 dont le mandat est la promotion et la construction de logements étudiants. Y a-t-il pénurie ? « On estime qu’à Montréal seulement, il y a un besoin pour environ 4000 chambres abordables, soutient Laurent Levesque, coordonnateur général d’UTILE. De plus, les compressions budgétaires imposées aux universités ont fait chuter leurs investissements immobiliers, dont, en particulier, ceux affectés aux résidences étudiantes. »

     

    La bougie d’allumage qui a servi à la création d’UTILE est le fiasco de l’îlot Voyageur. L’idée première était de voir si l’on pouvait se servir de cette structure pour en faire du logement étudiant. Bien que ce projet initial soit tombé à l’eau, le modèle d’affaires élaboré, lui, est bien demeuré. « UTILE agit comme un promoteur immobilier, puisqu’il acquiert le terrain, finance et fait bâtir le bâtiment et en demeure le propriétaire. Par contre, on se distingue de ce dernier parce que nous avons une approche du bas vers le haut, ou bottom-up, c’est-à-dire que le projet de logement étudiant doit être fait par et pour la population étudiante. » De plus, une fois le bâtiment construit et loué, sa gestion quotidienne est confiée à une coopérative de locataires. « Et comme le propriétaire est un OBNL et le gestionnaire une coop, nous pouvons offrir des loyers à prix plus abordable que ce que propose le marché. »

     

    Le modèle architectural qu’UTILE a développé s’éloigne aussi de la résidence étudiante traditionnelle. « Les résidences traditionnelles sont construites sur le même modèle, soit une enfilade de chambres menant à une cuisine commune. Dans notre cas, nous construisons plutôt des logements qui comprendront une, deux ou plusieurs chambres. L’option à plusieurs chambres sera sans doute la plus répandue, puisque les deux tiers des étudiants préfèrent vivre en cohabitation. »

     

    Le plan d’affaires d’UTILE prévoit utiliser la valeur d’un bâtiment comme levier. Une fois qu’une portion suffisante de l’hypothèque d’un bâtiment a été remboursée, celui-ci peut alors servir de garantie afin de financer la construction d’un nouveau bâtiment, et ainsi de suite. « Nous nous servons de la même stratégie que l’on retrouve dans le développement immobilier privé, mais nous appliquons cette stratégie pour le bien de la vie collective. »

     

    UTILE travaille présentement sur un premier projet de logement étudiant, dont l’annonce officielle devrait avoir lieu cet automne. « Depuis notre création, nous avons surtout travaillé à sécuriser notre financement. Nous avons maintenant deux investisseurs, soit le Fonds communautaire du logement étudiant et la Fiducie du Chantier de l’économie sociale, qui, ensemble, ont investi 3 millions de dollars. Cette somme servira à constituer une mise de fonds. Nous sommes présentement à la recherche de nouveaux investisseurs. »

     

    Aménager le territoire

     

    L’Enclume est un atelier d’aménagement des territoires fondé en 2011 dont le mandat est d’agir comme consultant. Par contre, l’Enclume se distingue nettement des autres firmes oeuvrant dans le même secteur. D’abord, l’Enclume est une coopérative de travailleurs. « Nous avons choisi la coopérative de travailleurs parce que cela correspondait à nos valeurs, explique Karl Dorais Kinkaid, porte-parole de l’Enclume. Nous ne voulions pas d’une gestion hiérarchisée, nous souhaitons que tous nos membres soient parties prenantes, et nous étions convaincus que la formule coopérative était la meilleure pour assurer la pérennité de l’entreprise. »

     

    Autre distinction notable : la firme a une approche généraliste de l’aménagement des territoires. « Dans notre secteur, les firmes ont tendance à se spécialiser dans un secteur particulier de l’aménagement des territoires. Nous avons choisi au contraire de demeurer généralistes. Cela, évidemment, teinte notre approche de l’aménagement des territoires, puisque nous le considérons dans toutes ses dimensions : physique, bien évidemment, mais aussi historique, patrimoniale, immatérielle et culturelle, etc. Notre approche est donc plus globale. »

     

    L’Enclume, depuis sa création, a travaillé sur plus d’une vingtaine de projets différents, et sa gamme de services est très variée. À un bout du spectre, la Ville de Montréal commande une étude sur le parc La Fontaine. « C’est une étude préalable dont l’un des volets consistait à cerner la perception qu’ont les utilisateurs du lieu. » À l’autre bout, la Ville de Hawkesbury, en Ontario, commande un schéma d’aménagement. « La Ville de Hawkesbury a beaucoup souffert de la fermeture de sa seule usine et se trouve dans l’obligation de se revitaliser. On a fait une étude de la ville et de son territoire dans toutes ses dimensions en relevant les points forts et les points faibles, pour ensuite proposer un schéma d’aménagement, qui suggère des pistes de solution et qui servira aux élus et à la communauté dans l’élaboration d’un plan d’aménagement. »

     

    Cette approche multidimensionnelle fait en sorte que l’Enclume n’est pas une firme d’aménagement des territoires comme les autres. « Je nous définirais davantage comme un atelier de développement et de valorisation des territoires dans l’ensemble des dimensions de ces derniers. » Et la formule coopérative de travailleurs sied bien à cette approche. « Notre objectif n’est pas uniquement de faire de l’argent, ce qui nous permet de mettre plutôt en avant les projets eux-mêmes, qui deviennent alors notre principale motivation. »













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