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    Analyse

    Rome à la rescousse de la crise bancaire italienne?

    L’Italie est restée scotchée à un niveau de croissance faible depuis la crise de 2008

    30 juillet 2016 |Vittorio De Filippis - Libération | Actualités économiques
    «Les banques italiennes pourraient ne pas en sortir indemnes», estime un analyste financier.
    Photo: Giuseppe Cacace Agence France-Presse «Les banques italiennes pourraient ne pas en sortir indemnes», estime un analyste financier.

    « Semplicemente in sofferenze », affirment les banquiers italiens. Mais pour nombre d’économistes, le « simplement en souffrance » a franchement des allures de « bomba a orologeria », avec une « mèche » désormais allumée qui pourrait bien provoquer une déflagration d’une partie du système bancaire italien. Alors qu’elle vient tout juste d’être assommée par le Brexit, l’Union européenne fait face à un autre risque : celui des banques italiennes et de leurs créances douteuses qui pèsent 360 milliards d’euros, l’équivalent de 22 % du PIB national. Un record. En comparaison, les créances bancaires « in sofferenze » (irrécouvrables) en France ne dépassent pas les 30 milliards d’euros.

     

    Hypersensible, le dossier des banques italiennes circule dans les couloirs de Bruxelles, mais aussi à Paris ou encore à Berlin. Entre Rome et la Commission européenne, la tension ne cesse de monter. Elle est d’autant plus forte que vendredi, l’Autorité bancaire européenne a publié ses résultats sur la santé financière des 130 plus grandes banques de la zone euro. Avant cette publication, elle a réalisé ces fameux « stress tests » sur les comptes de ces 130 établissements. Leurs bilans ont été passés à la moulinette de scénarios plus ou moins « stressants » (crise obligataire, récession, envolée du chômage…), histoire de faire bouger — dans cette simulation — le prix des actifs financiers, des comptes de résultats, et, in fine, des ratios de fonds propres des banques.

     

    Incendie

     

    « Les banques italiennes pourraient ne pas en sortir indemnes », estime un analyste financier. Lestée par 24 milliards de créances douteuses, la Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS), la plus vieille banque du monde, a perdu 85 % de sa valeur boursière en un an. Depuis le 1er janvier 2016, de nouvelles règles visent à couper le lien entre crise bancaire et crise souveraine. Histoire d’échapper à un bis repetita du scénario de 2008. À l’époque, et pour éviter un effondrement total d’une partie du système bancaire européen criblé de créances douteuses, les États avaient éteint l’incendie en recapitalisant les banques avec de l’argent public. France, Espagne, Italie, Irlande, Grèce et dans une moindre mesure Allemagne, avaient dû payer ce sauvetage en voyant s’envoler les taux d’intérêts de leur dette souveraine. La crise bancaire avait fini par contaminer leurs finances publiques. Au point de devoir adopter des politiques budgétaires restrictives.

     
    Les banques italiennes pourraient ne pas en sortir indemnes
    Un analyste financier

    C’est justement pour couper ce lien (ce que les économistes appellent « bail out ») qu’ont été mises en place le 1er janvier 2016 des règles européennes qui reposent sur un nouveau principe, celui du renflouement interne (« bail in »). Qu’une banque vienne à connaître des difficultés financières, et c’est désormais aux actionnaires de mettre la main à la poche pour la renflouer, puis à ses créanciers et enfin à ses clients dont les comptes dépassent les 100 000 euros. Mais voilà, à deux mois d’un référendum sur des réformes constitutionnelles dont il veut faire un plébiscite, le président du Conseil italien, Matteo Renzi, ne peut se permettre de prendre le risque de mettre en oeuvre le « bail in ».

     

    Maisons, usines, machines

     

    Petit travelling arrière pour comprendre le pourquoi du comment d’une telle situation. Contrairement à la plupart de la zone euro, l’Italie est restée scotchée à un niveau de croissance faible depuis la crise de 2008. Résultat, les bilans des banques n’ont cessé de se dégrader. La situation semble d’autant plus compliquée que le système bancaire italien est unique en Europe. Un peu sur le modèle américain, lorsque les banques italiennes accordent des crédits, elles exigent de prendre en hypothèque (en garantie) des appartements, des maisons, des usines, des machines… « Ce système existe en France. Mais en Italie, c’est sans commune mesure. Aujourd’hui, les bilans des banques sont truffés d’hypothèques qui ne valent rien », estime l’économiste Patrick Artus.

     

    Autre particularité : l’Italie compte plus de 650 banques. Enfin, la grande majorité des établissements ont un ancrage très local. « L’activité de crédit de certaines banques ne dépasse pas le tissu économique local d’une ville moyenne », ajoute Artus. Alors dès qu’une province s’enfonce dans une crise économique, la banque qui porte le même nom que la région plonge avec.

     

    Dernière particularité, et non des moindre : en Italie, les dettes bancaires sont le plus souvent vendues aux particuliers comme des placements « sûrs ». La moitié de la dette des banques italiennes est en réalité entre les mains des ménages. Autrement dit, ce sont ces derniers, considérés comme des actionnaires, qui risquent d’être mis à contribution pour sauver leurs propres banques. En 2015, plus de 10 000 petits épargnants ont perdu une partie de leurs économies après l’effondrement de quatre banques régionales (Banca Etruria, CariChieti, Banca Marche et Carife). Et ce, malgré l’intervention du gouvernement.

     

    Récemment, plusieurs établissements de taille moyenne n’ont pas réussi à trouver des investisseurs sur les marchés susceptibles de les aider. Le gouvernement n’a eu d’autres choix que de faire appel au sauvetage du fonds Atlante, créé en avril 2016 et abondé par les banques italiennes, pour les renflouer. Matteo Renzi sait donc à quel point une crise bancaire risque de ruiner des dizaines de milliers de petits déposants. Son gouvernement est donc bien décidé à utiliser tous les leviers pour sauver non seulement ces derniers, mais aussi les investisseurs institutionnels. Alors, au risque de signer un retour en arrière, le président du Conseil italien pourrait bien réactiver le « bail out ».













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