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    Brexit

    Une épine dans le pied de l’AECG

    Le résultat du référendum pourrait compliquer la ratification de l’accord

    Jean Charest, accompagné sur scène par Pierre Marc Johnson (à gauche), prend la parole lors d’une présentation de l’AECG en octobre 2015.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jean Charest, accompagné sur scène par Pierre Marc Johnson (à gauche), prend la parole lors d’une présentation de l’AECG en octobre 2015.

    La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) risque à tout le moins de compliquer la ratification de l’accord de libre-échange Canada-UE, tandis que les relations commerciales entre Ottawa et Londres ne devraient pas trop souffrir du Brexit.

     

    Parmi les nombreuses conséquences potentielles du référendum remporté jeudi par le camp du « Leave », celles sur l’Accord économique et commercial global (AECG) pourraient avoir des répercussions de ce côté-ci de l’Atlantique. Mais l’ex-premier ministre Jean Charest, qui a lancé le projet d’entente, ne s’en fait pas trop.

     

    « La Grande-Bretagne va débarquer d’un train qui va continuer à avancer. Il y a 27 autres pays qui se sont engagés dans cette démarche-là, affirme-t-il en entrevue au Devoir. La machine de l’Union européenne va être pas mal occupée à gérer l’après-Brexit. […] Il faut donc que le Canada, incluant le Québec, redouble d’ardeur et mobilise sa société civile » pour faire ratifier l’AECG. « C’est le temps d’y mettre le paquet », insiste-t-il.

     


    Pierre Marc Johnson, un autre ex-premier ministre du Québec qui représente le Québec dans le dossier de l’AECG, demeure optimiste. « On continue de souhaiter que l’ensemble des pays européens manifestent leur volonté de voir l’AECG être mis en branle. Mais j’ai l’impression qu’en Europe, on va s’occuper pendant quelques jours d’autres choses que de l’AECG », concède-t-il.

     

    Il est selon lui difficile de prévoir la suite des choses. Le processus de ratification, déjà entamé, sera-t-il retardé ? Les Européens voudront-ils garder le cap malgré tout, ou même accélérer le processus ? Tout est possible, estime M. Johnson.

     

    Le négociateur québécois espère une adoption par l’Union européenne d’ici la fin de l’année, pour permettre à l’accord d’entrer en vigueur au début de 2017.

     

    Le professeur Richard Ouellet, qui enseigne le droit international économique à l’Université Laval, prédit lui aussi que l’AECG deviendra secondaire pour la Commission européenne lorsque le Royaume-Uni déposera officiellement sa demande de retrait de l’UE. « Le Brexit risque de ralentir les négociations et de donner un peu plus de courage à certains parlements frileux qui vont peut-être se permettre de critiquer le contenu de l’AECG et de voter contre », juge-t-il.

     

    Ce spécialiste demeure malgré tout « relativement optimiste » quant à l’entrée en vigueur de l’entente, au moins partiellement.Plus cinglant, Fen Hampson, un expert en politique étrangère au Centre for International Governance Innovation de Waterloo, a confié à La Presse canadienne que « l’AECG est probablement mort ».
     

     

    Avec ou sans les Britanniques ?

     

    Le professeur Ouellet rappelle que le Royaume-Uni demeure membre de l’Union européenne, et par le fait même signataire de l’AECG, jusqu’à son retrait définitif. Lorsque les Britanniques auront officiellement coupé leurs liens, rien n’empêcherait le Canada et l’Union européenne d’ajouter un signataire à l’entente, ajoute-t-il.

     

    « Si [les Britanniques] veulent renégocier un accord, on ne va sûrement pas dire non, mais ça ne se fera pas dans les mêmes conditions », indique Jean Charest. « Ce sera une problématique juridique qui va être analysée à la fois à Ottawa et à Bruxelles », renchérit Pierre Marc Johnson.

     

    Cela dit, les deux ex-premiers ministres ne pensent pas que le Brexit refroidira les relations commerciales du Canada avec le Royaume-Uni, son troisième partenaire en matière d’exportations (derrière les États-Unis et la Chine) et le sixième au chapitre des importations. En 2015, la valeur des investissements directs canadiens au Royaume-Uni a atteint 92,9 milliards, alors que ceux des Britanniques au Canada se sont chiffrés à 34,3 milliards.

     

    « Si vous êtes une entreprise québécoise et que vous avez investi en Grande-Bretagne pour avoir accès au marché européen, aujourd’hui est une moins bonne journée qu’hier », fait cependant remarquer M. Charest.

     

    Le Canada exporte surtout de l’or, de l’argent et des métaux non ferreux vers le Royaume-Uni. Viennent ensuite les pièces de l’industrie aérospatiale.

     

    Bombardier, qui fabrique plusieurs composantes de ses avions commerciaux et d’affaires en Irlande du Nord, fait partie des entreprises québécoises qui pourraient être directement touchées par le Brexit. Sa directrice des communications, Sylvie Gauthier, affirme toutefois qu’il est trop tôt pour faire des hypothèses sur les impacts potentiels. « Nous continuerons de travailler avec le gouvernement et autres parties prenantes de l’industrie afin de créer un environnement d’affaires qui assurera notre succès futur », répond-elle par courriel.

     

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