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    Bombardier dans la cour des grands

    En confirmant l’achat d’au moins 75 appareils, le transporteur américain Delta donne des ailes à la CSeries et confirme son statut de troisième joueur

    Alain Bellemare, président et chef de la direction de Bombardier, Fred Cromer, président de Bombardier Avions commerciaux, et Ed Bastian, chef de la direction de Delta, qui a confirmé jeudi l’achat de 75 appareils de la CSeries en plus d’options pour 50 avions de plus
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Alain Bellemare, président et chef de la direction de Bombardier, Fred Cromer, président de Bombardier Avions commerciaux, et Ed Bastian, chef de la direction de Delta, qui a confirmé jeudi l’achat de 75 appareils de la CSeries en plus d’options pour 50 avions de plus

    L’importante commande d’avions de la CSeries par le transporteur américain Delta confirme, dit Bombardier, que sa nouvelle famille d’appareils est désormais solidement sur ses rails et que la compagnie québécoise a accédé au statut de grand fabricant d’avions commerciaux au même titre que Boeing et Airbus.

     

    La nouvelle dévoilée jeudi est venue confirmer les rumeurs qui courraient depuis plusieurs jours. Delta Air Lines a passé à Bombardier une commande ferme pour 75 avions de la CSeries d’une valeur totale (avant rabais) de 5,6 milliards $US et ajouté des options pour 50 autres appareils. Plus importante commande d’avions de la CSeries à ce jour, la transaction vise uniquement le modèle le plus petit de la famille, le CS100 de 108 à 133 sièges, mais certaines options pourraient être converties pour des CS300 d’une capacité de 130 à 160 sièges.

     

    Bombardier pousse un soupir de soulagement. « Je sauterais [de joie], mais je vais essayer de me retenir un peu », a dit le président et chef de la direction de l’avionneur québécois, Alain Bellemare, lors de la conférence de presse organisée à l’usine d’assemblage de la CSeries à Mirabel, dans la couronne nord de Montréal. « C’est un tournant. Cette nouvelle fait passer la CSeries à un autre niveau. […] Nous avons maintenant le vent dans les voiles. »

    Ce qui est clair, c’est que cela prenait notre intervention. [...] Il est important que le gouvernement fédéral se joigne à nous.
    Philippe Couillard

    Si l’on ajoute à ce contrat des options d’achat récemment converties en commandes fermes par Air Baltic, mais surtout la lettre d’intention d’Air Canada sur le point d’être transformée en véritable contrat de vente de 45 CS300 (plus 30 options), Bombardier gagne en quelques mois seulement 127 commandes fermes et atteint enfin l’objectif de 300 commandes (800 avec les options) qu’il s’était fixé avant l’entrée en service de la CSeries prévue au début de l’été. L’addition de clients importants et établis comme Delta, Air Canada, Lufthansa (par sa filiale Swiss) et Korean Air permet aussi à Bombardier de relever la crédibilité de ses nouveaux appareils aux yeux de l’industrie, s’est félicité Alain Bellemare.

     

    « Ce contrat avec Delta fait de Bombardier l’un des trois principaux fabricants d’avions commerciaux au monde aux côtés de Boeing et Airbus », a déclaré le chef de la direction de Delta, Ed Bastian, sous les applaudissements des employés de Bombardier présents.

     

    Le transporteur américain recevra ses premiers avions de la CSeries en 2018. Client de la première heure des avions à réaction régionaux de Bombardier depuis les années 90, il s’est longtemps laissé courtisé par le fabricant québécois. Ed Bastian dit avoir été convaincu par la performance technique des nouveaux appareils ainsi que par leur prix. De conception entièrement nouvelle, la CSeries promet des économies de carburant de 15 à 20 % et de coûts d’entretien de 30 % ainsi que des décollages plus courts et beaucoup moins bruyants. Opposé à des géants qu’on dit prêts à réduire de moitié leurs prix pour ne pas laisser un nouveau concurrent prendre pied dans leur chasse gardée, Bombardier a vraisemblablement dû aussi accorder un rabais sur ses appareils à Delta.

     

    Encore besoin d’Ottawa ?

     

    L’aide financière promise à la CSeries cet hiver par le gouvernement du Québec a aussi aidé, disent Bombardier et Delta. En plus de « redonner confiance dans le projet à la clientèle » à un moment où les marchés doutaient de sa survie, elle a assuré « les moyens de poursuivre le développement de son potentiel technologique » et donné au fabricant une « flexibilité financière » précieuse pour faire sa place, a expliqué Alain Bellemare.

     

    Appelé à l’aide par Bombardier, qui était aux prises avec des retards et des dépassements de coûts, Québec a promis l’injection de 1 milliard $US dans la CSeries en échange d’une participation de 49,5 % dans le programme. Une demande similaire a été soumise à Ottawa. Alors que les derniers détails de l’entente avec Québec devraient avoir été réglés d’ici les prochaines semaines, des discussions sont toujours en cours avec le gouvernement fédéral. Les discussions avec Ottawa achopperaient notamment sur le contrôle que se garde la famille Beaudoin-Bombardier sur la compagnie par l’entremise de leurs actions à droits de vote multiple et qui agace certains milieux d’affaires canadiens. La Caisse de dépôt et placement du Québec a par ailleurs aussi investi 1,5 milliard dans les activités liées aux trains et aux métros de la compagnie.

     

    Bombardier a laissé entendre jeudi qu’il pouvait se passer de l’aide du gouvernement fédéral pour mener à terme le développement et la mise en production de la CSeries.

     

    Le scénario financier sur lequel se fonde le plan stratégique sur cinq ans de la compagnie ne dépend pas d’une contribution d’Ottawa, a expliqué Alain Bellemare. Pouvant notamment compter sur 5,4 milliards de liquidités, dont le milliard de Québec et de nouvelles facilités de crédits bancaires d’environ le même montant, la compagnie compte faire des profits avec la CSeries à partir de 2020 et espère une reprise des affaires dans les secteurs des avions d’affaires et du transport sur rail dans les prochains mois.

     

    « Nous avons adopté une approche conservatrice », a déclaré le chef de Bombardier. Une aide financière du gouvernement fédéral serait néanmoins appréciée, a-t-il précisé. « Cela nous conférerait une plus grande marge et nous permettrait d’investir dans nos projets d’avenir. »













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