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    La Réplique › Mouvement coopératif

    Desjardins a bel et bien l’âme d’une banque

    Le débat qui a éclaté à Saint-Ambroise-de-Kildare en dit long sur le mode de fonctionnement de l’institution financière

    3 mars 2016 | Marc-André Houle - Saint-Ambroise-de-Kildare | Actualités économiques
    Ancien dirigeant de Desjardins, Claude Béland critique les transformations au sein du Mouvement Desjardins et affirme à qui veut l’entendre que la coopérative a perdu son âme.
    Photo: Michaël Monnier Le Devoir Ancien dirigeant de Desjardins, Claude Béland critique les transformations au sein du Mouvement Desjardins et affirme à qui veut l’entendre que la coopérative a perdu son âme.

    Ces derniers jours, le Mouvement Desjardins, en pleine course à la succession de sa présidente, a cherché à redorer son blason auprès de ses membres et de la population québécoise par l’entremise d’une missive publiée dans les grands quotidiens québécois par un ancien président, Alban D’Amours, dans laquelle il cherchait à nous convaincre que « l’âme de Desjardins est toujours vivante ».

    Il s’agit là d’une réponse directe à un autre ancien dirigeant de Desjardins, Claude Béland, qui critique depuis un certain temps déjà les transformations qui ont cours au sein de la coopérative et affirme à qui veut l’entendre que Desjardins a perdu son âme, notamment en ce qui concerne le fonctionnement de l’institution (qui, à son avis, se fait de plus en plus sur le mode des banques) et le traitement qui est réservé au simple épargnant en regard du respect des principes d’équité et d’égalité.

    Le déclencheur « Les caractéristiques du modèle [coopératif] n’ont pas changé. Il se distingue toujours du modèle d’affaires des banques à charte par son modèle de propriété collective, sa gouvernance démocratique et sa logique d’affaires qui en est une de service et inscrite dans une proximité attentive aux besoins des membres et à l’accessibilité aux services financiers. »

    — Alban D’Amours, « L’âme du Mouvement Desjardins est toujours vivante », Le Devoir, 26 février

    Nous, membres de la caisse de Kildare, qui avons mené de front une lutte au cours des derniers mois pour protéger et conserver nos services, sommes bien placés pour témoigner de la manière dont fonctionne la démocratie chez Desjardins, principe supposément cardinal de l’institution.

     

    Petit rappel de notre mouvement : le 18 août dernier s’est tenue à Saint-Ambroise-de-Kildare, dans Lanaudière, une assemblée générale extraordinaire des membres de six localités regroupés au sein de la caisse de Kildare afin de procéder à un vote sur la destitution de l’ensemble du conseil d’administration. Cette assemblée générale extraordinaire a fait suite à une démarche entamée après l’assemblée générale annuelle tenue au printemps 2015, lors de laquelle le processus démocratique a fortement été entaché, alors que, par diverses manoeuvres, le conseil d’administration a tenté de brimer le droit de s’exprimer des membres. Devant un enjeu aussi délicat que la fermeture de deux centres de services, il a été refusé à l’assemblée d’en appeler de la décision.

     

    Exercice frustrant

     

    Compte tenu de nos modestes moyens, la tenue de l’assemblée extraordinaire sur la destitution du CA (un fait rarissime dans l’histoire de Desjardins) était une victoire en soi, et nous savions d’emblée que la suite des choses serait difficile face à la grosse machine de Desjardins. Tout au long du processus, le conseil d’administration en place a pu compter sur l’appui ainsi que sur les ressources de la direction de la caisse de Kildare, en plus de l’appui et des ressources de la haute direction de Desjardins. Les employés du siège social de la caisse de Kildare ont notamment été mobilisés pendant leurs heures de travail afin de faire campagne en faveur du CA auprès des épargnants. Lors de l’assemblée du 18 août, les règles dites de régie interne, garantes de la démocratie de Desjardins, ont avantagé les membres du CA en place. Était-il normal, par exemple, que la présidence de l’assemblée extraordinaire fût assurée par le directeur général de la caisse de Kildare, le faisant juge et partie ? Seuls les membres du CA visés par la destitution ont eu la possibilité de s’adresser à l’assemblée pour expliquer leur point de vue, et ce, sans limite de temps imposée.

     

    Le respect des principes démocratiques aurait bien sûr commandé que les deux positions (pour et contre la destitution) puissent être entendues. Si la fiabilité du système électronique utilisé pour le vote peut être remise en doute en raison du fait que rien ne permettait de savoir si un vote avait véritablement été enregistré, la cerise sur le gâteau fut que les résultats du vote sur la destitution n’ont jamais été dévoilés… L’assemblée a bel et bien été informée que le CA n’avait pas été destitué, mais sans connaître le taux de participation ni l’appui reçu (en votes ou en pourcentage) pour chacune des options.

     

    Tout cet exercice fut donc très frustrant du point de vue de la démocratie. Le CA, la direction et les employés de Desjardins Kildare ont utilisé tous les moyens possibles pour arriver à leurs fins. Desjardins a agi dans ce cas comme le font les pires citoyens corporatifs. Alors, l’âme de Desjardins ? Désormais celle d’une banque.













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