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    Perspectives

    Inégalités climatiques

    Le fossé entre riches et pauvres vient compliquer toutes sortes de situations, y compris lorsqu’il est question d’un autre grand problème de notre temps : les changements climatiques.​
     

    Les principaux points de blocage des négociations jusqu’à présent à la COP21, au Bourget, en banlieue de Paris, ont été la répartition de l’effort de réduction des gaz à effet de serre (GES) entre pays riches et pays en développement, ainsi que le financement de l’aide climatique aux pays du Sud.

     

    Il est admis depuis plusieurs années que tous les pays n’étaient pas égaux en matière de lutte contre les changements climatiques. Après tout, il aurait été assez difficile de ne pas reconnaître que ce sont essentiellement les pays riches qui ont été responsables de la dégradation de la situation depuis le début de la révolution industrielle, du moins jusqu’à tout récemment.

     

    Cela n’a pas empêché certains pays riches, comme les États-Unis et le Canada, de dire qu’ils ne s’engageraient pas plus avant tant que les pays émergents (et concurrents économiques) comme la Chine et l’Inde ne promettraient pas, eux aussi, de fournir leur part d’efforts. Il est vrai que sur le plan du volume total de GES, ces nouveaux joueurs économiques comptent désormais parmi les plus importants pollueurs. Une étude d’OXFAM est venue replacer tout cela en perspective cette semaine.

     

    On a commencé par ramener toutes ces émissions polluantes en proportion des populations en cause, ce qui a immédiatement eu pour effet de faire fondre le poids relatif de pays comme la Chine et l’Inde, qui comptent chacune plus d’un milliard d’habitants, et de remettre sur la sellette des pays riches à la proportion de GES par habitant très élevée, comme l’Australie, les États-Unis, l’Arabie saoudite et le Canada. On a aussi eu l’idée de tenir compte de la part de la pollution mondiale liée à la consommation de chacune de ces populations étant entendu, par exemple, qu’une bonne partie de la pollution chinoise émane d’usines dont la production est destinée aux consommateurs des pays riches.

     

    On a ainsi trouvé que la moitié la plus pauvre de la population mondiale n’est responsable que de 10 % des émissions de GES et qu’à l’inverse, les 10 % des habitants les plus riches de la planète sont imputables d’environ 50 % des émissions mondiales. L’écart est encore plus étourdissant lorsqu’on considère que les émissions totales de la moitié de la population chinoise la plus pauvre (600 millions de personnes) ne représentent qu’un tiers de celles des 10 % des habitants les plus riches des États-Unis (30 millions).

     

    Les différences dans le niveau de pollution des individus ne dépendent pas seulement des inégalités entre les pays, mais aussi des écarts de niveaux de vie à l’intérieur de chacun de ces pays. C’est même de plus en plus le cas avec l’accroissement des inégalités de revenus dans les pays riches et le développement d’une classe aisée dans les économies émergentes, rapportait récemment le célèbre expert français Thomas Piketty avec un confrère, Lucas Chancel. Alors que ces inégalités intrapays étaient déjà à la source du tiers des écarts mondiaux d’émissions de GES par habitant en 1998, elles en expliquent aujourd’hui la moitié.

     

    Pas tous frappés également

     

    Si les plus riches portent une large part de la responsabilité des changements climatiques, les plus pauvres sont les premiers à en subir les contrecoups, rappelait récemment la Banque mondiale dans un rapport. Concentrés dans les pays chauds, moins bien logés, mal protégés des éléments, plus dépendants de l’agriculture et sans coussin financier, ils sont presque toujours les principales victimes des catastrophes naturelles, des canicules, des innovations, des sécheresses et de leur cortège de maladies. C’est souvent le cas aussi, quoique dans une moindre mesure, dans les pays riches, comme l’ont montré les ouragans Katrina et Sandy aux États-Unis et les dernières vagues de chaleur ou d’inondations en Europe.

     

    Au rythme où vont les choses, on craint même que, d’ici 15 ans, les dérèglements du climat fassent replonger 300 millions de personnes dans l’extrême pauvreté.

     

    Aussi, l’un des principaux enjeux des négociations à la COP21 est de s’assurer que les pays riches tiendront parole et verseront aux pays du Sud les 100 milliards par année promis pour les aider à s’adapter à la nouvelle réalité environnementale. Des voix réclament aussi qu’ils leur remboursent une partie des dommages causés par les changements climatiques.

     

    La Banque mondiale en appelle également à l’abolition des subventions aux énergies fossiles qui, en plus de ramer dans la mauvaise direction, profitent six fois plus aux riches qu’aux pauvres. Elles devraient être remplacées par des taxes carbone, dont les recettes pourraient aller à la construction d’infrastructures et la mise en place de filets sociaux visant à mieux protéger les plus démunis contre les chocs climatiques à venir.

     

    Une autre sorte d’inégalités

     

    On pourrait évoquer bien d’autres sortes d’inégalités liées aux changements climatiques. L’une des plus importantes risque toutefois d’être l’écart entre les efforts que nous serons finalement prêts à déployer pour nous attaquer au problème et le travail (et les dégâts) que nous choisirons de laisser aux générations futures. On sait qu’il en coûterait globalement moins cher et que les chances de succès seraient plus grandes si nous nous mettions le plus vite possible à l’ouvrage. Mais voilà, on préfère toujours refiler la facture aux autres.













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