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    Vingt ans plus tard, le Québec est toujours en quête du déficit zéro

    En 1996, le gouvernement de Lucien Bouchard engageait les Québécois dans un exercice devant conduire au redressement des finances publiques

    Lucien Bouchard : « Il fallait se boucher les oreilles pour ne pas entendre les sonnettes d’alarme. »
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Lucien Bouchard : « Il fallait se boucher les oreilles pour ne pas entendre les sonnettes d’alarme. »

    Deux décennies après avoir lancé un grand sommet économique et social devant mener à l’atteinte du déficit zéro, l’ancien premier ministre Lucien Bouchard refuse de lancer la pierre au gouvernement libéral de Philippe Couillard, engagé dans un exercice semblable. Avec l’actuelle méfiance de la population à l’égard des politiciens, il est difficile d’arriver à des consensus, déplore-t-il.

     

    « Ce n’est pas facile aujourd’hui, a confié M. Bouchard en marge d’un discours prononcé lundi soir dans le cadre du lancement de L’état du Québec 2016. La perception que la population a des dirigeants politiques est beaucoup moins favorable qu’à l’époque. Elle n’était pas extraordinaire, mais elle est en déclin. »

     

    L’homme politique croit encore aujourd’hui que les élus doivent obtenir la confiance de la population pour aller de l’avant avec d’importantes réformes, mais il n’est pas persuadé qu’un sommet comme celui qu’il a lancé au milieu des années 1990 pourrait donner les mêmes résultats de nos jours. « C’est difficile aujourd’hui de recueillir des consensus », a-t-il affirmé.

     

    Invité à prendre la parole pour souligner le 20e anniversaire de L’état du Québec, la publication annuelle de l’Institut du Nouveau Monde (INM), le politicien est revenu dans les plus fins détails sur un épisode de sa carrière politique qu’il garde fraîchement en mémoire.

     

    Exercice jugé nécessaire

     

    En 1996, le nouveau gouvernement de Lucien Bouchard organise un Sommet économique et social, dans le but d’atteindre l’équilibre budgétaire d’ici la fin du siècle. Des représentants de l’ensemble de la société civile (patronat, organisations syndicales, politiciens et mouvements de femmes) s’assoient autour d’une même table, en mars, puis en octobre, pour aplanir les différends et trouver des solutions.

     

    À l’époque, un certain consensus se dégage de l’exercice, la plupart des groupes présents reconnaissant le besoin de redresser les finances publiques du Québec. Les critiques ne tardent cependant pas à se faire entendre lorsque le gouvernement met en application son régime minceur dans les années suivantes en procédant à d’importantes compressions en santé et en éducation.

     

    « Il fallait se boucher les oreilles pour ne pas entendre les sonnettes d’alarme », a noté M. Bouchard lundi, rappelant à l’auditoire à quel point il était primordial de réunir les Québécois autour d’un « projet commun de relance » après la défaite référendaire de 1995, qui avait littéralement divisé la population.

     

    Visiblement amer de voir que certains Québécois conservent un mauvais souvenir du processus qui a permis d’équilibrer le budget au tournant des années 2000, M. Bouchard a fait valoir que les citoyens en ont tiré beaucoup de bénéfices.

     

    « En plein coeur de ce que certains ont qualifié de croisade au déficit zéro, nous avons adopté la Loi sur l’équité salariale, mis en place le régime d’assurance médicaments, créé le réseau des garderies et une politique de sécurité du revenu, jeté les bases de la plus importante politique familiale au Canada, effectué une réforme de l’éducation et donné à l’économie sociale une impulsion qui en a fait une remarquable réussite québécoise, reconnue dans le monde », a-t-il lancé sous les applaudissements de la foule.

     

    Action légitime

     

    Contrairement à ce que certains ont prétendu, il estime qu’il avait la légitimité d’agir puisque son gouvernement était « bien en selle ». « Ce n’était pas politique, on n’avait pas de visées électorales, on ne le faisait pas pour se faire réélire. On avait l’impression qu’on travaillait pour le bien du Québec », a-t-il ajouté.

     

    Précédant Lucien Bouchard sur scène, l’ex-premier ministre Bernard Landry (ministre des Finances sous le gouvernement Bouchard) a défendu son ancien chef.

     

    « Quand je lis dans nos journaux : “Bouchard et son obsession du déficit zéro”, je te dis bravo, c’est ça qu’il fallait faire. C’est l’obsession qu’il fallait avoir, a-t-il lancé à son collègue. Si on ne l’avait pas fait, on se serait endetté de 4 milliards de dollars par année. »

     

    Prenant le micro à son tour, le directeur général de l’INM, Michel Venne, a pour sa part fait remarquer que les années passent, mais que les défis économiques auxquels fait face le Québec demeurent sensiblement les mêmes.

     

    À l’image de ce qu’a fait Lucien Bouchard lundi soir, la plus récente édition de L’état du Québec présente le point de vue d’un vaste éventail de personnalités publiques sur les événements qui ont marqué le Québec au cours des 20 dernières années. Parmi elles, on compte l’ancienne première ministre Pauline Marois, la présidente du Mouvement Desjardins, Monique Leroux, le cofondateur d’Équiterre Steven Guilbeault, le président de la CSN, Jacques Létourneau, ou encore le p.-d.g. du Conseil du patronat du Québec, Yves-Thomas Dorval.













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