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    CDPQ: pour un désinvestissement des énergies fossiles

    25 septembre 2015 |Erik Bouchard-Boulianne, Mathieu Dufour, Maxence Joseph Fontugne, Renaud Gignac, Pierre-Antoine Harvey, Ianik Marcil, Julien Mc Donald-Guimond, Ruth Rose, économistes | Actualités économiques

    Le 2 septembre, l’Assemblée législative de Californie décidait que ses deux fonds de pension, CalPERS et CalSTRS, allaient retirer leurs investissements du secteur du charbon. Cette décision faisait suite à l’annonce en février de la décision du plus grand fonds souverain au monde (1100 milliards de dollars d’actifs sous gestion), le Statens pensjonsfond Utland norvégien, de se départir de ses actifs investis dans les secteurs du charbon et des sables bitumineux. Pour des raisons environnementales, éthiques et de plus en plus économiques, les appels au désinvestissement des énergies fossiles se multiplient. À ce jour, plus de 50 milliards ont été désinvestis par des organisations philanthropiques comme le Rockefeller Brothers Fund, des dizaines d’institutions universitaires, dont la grande Université Stanford, et un nombre croissant d’organisations caritatives ou religieuses. Comme économistes signataires du manifeste pour un Élan global, nous souscrivons aux principaux arguments économiques portés par le mouvement mondial pour le désinvestissement et, par conséquent, nous croyons utile d’interpeller la Caisse de dépôt et placement du Québec, fortement investie dans le secteur des carburants fossiles et exposée au risque d’éclatement d’une bulle carbone.

     

    La valeur boursière des entreprises du secteur des carburants fossiles repose en très grande partie sur leur capacité à extraire et à exploiter commercialement la totalité de leurs réserves prouvées. Or, pour les analystes de l’Agence internationale de l’énergie et les scientifiques du GIEC, afin d’avoir de bonnes chances de limiter les émissions de carbone et maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C, les émissions mondiales nettes entre 2014 et 2100 ne doivent pas dépasser 930 gigatonnes de CO2, soit le « budget carbone » mondial. À l’heure actuelle, les réserves prouvées s’élèvent à près de 2800 gigatonnes, c’est-à-dire trois fois plus que ce que l’atmosphère est en mesure d’absorber. Par conséquent, près des trois quarts des réserves de charbon, de pétrole et de gaz naturel doivent demeurer dans le sol.

     

    Autrement dit, « la vaste majorité des réserves ne peuvent être brûlées », comme le rappelait tout récemment Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada, aujourd’hui gouverneur de la Banque d’Angleterre. Plus les mesures de lutte contre les changements climatiques s’intensifieront, plus l’éclatement de la « bulle carbone » sera probable. Si la communauté mondiale est sérieuse quant à sa volonté de lutter contre les changements climatiques, il est à prévoir une forte dévaluation de la valeur boursière des entreprises fossiles, ce dont souffriront leurs actionnaires, dont les grands fonds de pension publics et privés à travers le monde. La chute récente de près de 70 % de la valeur des actifs du secteur du charbon après une diminution de la consommation chinoise et américaine est un signe précurseur d’une dévaluation probable des actifs à forte teneur en carbone. Consciente de cette situation, la Banque HSBC déclarait plus tôt cette année que ce qu’on appelle les « non-divesters » pourrait un jour être perçu comme un retardataire, du « mauvais côté de l’histoire », réitérant par le fait même à ses clients les risques de réputation qu’ils encourent en conservant des actifs fossiles dans leur portefeuille.

     

    La Caisse détient aujourd’hui plusieurs milliards de dollars d’actifs investis dans l’industrie des carburants fossiles. À ce titre, elle expose une partie de l’épargne retraite des Québécois et des Québécoises à d’importants risques financiers à long terme. Dès lors, par souci de transparence, il nous apparaît incontournable qu’elle dévoile l’ampleur de ses investissements dans les secteurs des carburants fossiles, divulgue les politiques qu’elle a mises en place pour en minimiser les risques et élabore une stratégie de désinvestissement progressif.

     

    En choisissant de se départir de ses actifs liés à l’exploitation des carburants fossiles, en particulier du charbon, des sables bitumineux entre autres, la Caisse ferait preuve d’une saine gestion des avoirs qui lui sont confiés. Selon nous, l’argument voulant qu’un tel désinvestissement ait un impact à la baisse sur le rendement est également à exclure. Plusieurs études se sont d’ailleurs penchées sur la question, dont l’analyse récente de l’AperioGroup, qui a établi clairement que le fait d’exclure les énergies fossiles d’un portefeuille d’investissement n’a pas, même à court terme, d’impact significatif sur le rendement théorique, bien au contraire.

     

    Enfin, au-delà des arguments économiques, nous sommes solidaires des arguments éthiques invoqués par plusieurs tenants des campagnes de désinvestissement à travers le monde. Les marchés financiers ont un rôle majeur à jouer dans le développement d’une économie durable sur les plans social et environnemental. À l’approche de la Conférence de Paris 2015, l’heure est venue d’ajouter au mandat de la Caisse le désinvestissement des énergies fossiles et sa sortie de l’ère du carbone.













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