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    Une coalition veut faire taire Greenpeace

    Des maires et des industriels demandent à Ottawa de défendre la réputation de l’industrie forestière canadienne, mise à mal par le groupe environnemental

    28 mai 2015 | Hélène Buzzetti - Correspondante parlementaire à Ottawa | Actualités économiques
    Au coeur de ces récriminations se trouve Produits forestiers Résolu, qui a perdu fin 2013 deux certifications du Forest Stewardship Council (FSC) au Lac-Saint-Jean.
    Photo: Arbre Évolution / CC Au coeur de ces récriminations se trouve Produits forestiers Résolu, qui a perdu fin 2013 deux certifications du Forest Stewardship Council (FSC) au Lac-Saint-Jean.

    Les maires du Québec et de l’Ontario ne sont pas seuls à s’inquiéter de l’impact à l’étranger, pour toute l’industrie forestière canadienne, de la campagne de Greenpeace contre la forestière Résolu. Le ministre saguenéen Denis Lebel qualifie les sorties du groupe environnemental de « salissage » et de « démolition » et n’exclut pas la possibilité de lancer une campagne de marketing pour y faire contrepoids.

     

    Une vingtaine de maires et des représentants de l’industrie forestière, autant du Québec que de l’Ontario, ont convergé mercredi à Ottawa pour demander au gouvernement fédéral d’intervenir. Ils estiment que Greenpeace mène une « campagne de désinformation » à propos de l’industrie forestière canadienne et que celle-ci doit être contrecarrée par une vigoureuse campagne fédérale.

     

    « Nous demandons formellement à Greenpeace de cesser sa campagne de désinformation sur la récolte de bois dans la forêt boréale. Ils en ont la responsabilité sociale. Ils ne peuvent en toute conscience soutenir de telles faussetés », a lancé Jean-Pierre Boivin, préfet de la MRC Maria-Chapdelaine. « Nous espérons pouvoir travailler avec le gouvernement pour remettre les pendules à l’heure », a dit pour sa part David Canfield, le maire de Kenora, ville du nord de l’Ontario.

     

    Dans l’immédiat, Ottawa n’a pas donné suite à cette requête. Le ministre des Infrastructures, Denis Lebel, a seulement indiqué qu’Ottawa songeait à faire la promotion des pratiques forestières canadiennes à l’étranger. Il n’a pas écarté la possibilité de donner la réplique au groupe environnemental. « Il est trop tôt pour vous dire quels seront les moyens. Nous sommes en réflexion là-dessus », a dit M. Lebel.

     

    Chose certaine, le ministre partage le constat à propos du groupe environnemental. « En tant que gars du Lac-Saint-Jean, je vis toutes les fins de semaine quand je rentre chez moi l’impact qu’a actuellement le travail de salissage et de démolition de Greenpeace. Greenpeace qui est souvent un partenaire du NPD et d’autres. »

     

    Au coeur de ces récriminations se trouve Produits forestiers Résolu, qui a perdu fin 2013 deux certifications du Forest Stewardship Council (FSC) au Lac-Saint-Jean. Les certifications FSC ont été conçues par et pour l’industrie forestière. Résolu les a perdues au motif qu’elle prélève du bois sur un territoire cri malgré les récriminations des autochtones (cette question fait l’objet de négociations entre Québec et les Cris) et au motif que ses activités perturbent trop l’habitat du caribou forestier. Depuis, Greenpeace a fait pression sur les clients de Résolu, incluant Best Buy, pour qu’ils cessent de s’approvisionner auprès du fautif.

     

    « Il n’y a pas de campagne de boycottage des produits de la forêt boréale, assure Nicolas Mainville, le porte-parole de Greenpeace. Il y a un mouton noir dans la bergerie actuellement et c’est cette compagnie-là, Résolu, qui se retrouve sur la sellette parce qu’elle a perdu des certificats environnementaux importants. Et quand un gros joueur comme ça se retrouve sur la sellette, c’est l’ensemble de l’industrie qui s’en trouve affectée. Mais blâmer Greenpeace ne réglera pas la question. »

     

    Le regroupement de maires rétorque que Greenpeace ne fait pas toujours la distinction entre Résolu et les autres entreprises forestières canadiennes. Il en veut pour prendre une lettre type que le groupe suggère à ses militants d’envoyer à Rite Aid dans laquelle on peut lire : « Votre compagnie, Rite Aid, achète d’importantes quantités de papier provenant de la forêt boréale pour fabriquer des dépliants jetables. »

     

    « La distinction que Greenpeace Québec fait pour Résolu vaut pour le Québec, mais quand on sort du cadre du Québec, on s’aperçoit que cette distinction-là n’existe plus », déplore André Tremblay, président-directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec, qui faisait partie de la délégation.

     

    On se rappellera que cet hiver, le maire de Saguenay, Jean Tremblay, a fait les manchettes pour avoir invité ses citoyens à se mobiliser « contre Greenpeace et les intellectuels de ce monde », pour les mêmes raisons. Il avait indiqué que si un militant se présentait à son bureau, il le ferait sortir par la fenêtre.

     

    Le chef du NPD, Thomas Mulcair, a réagi très différemment du gouvernement, reconnaissant au contraire la légitimité de la campagne de Greenpeace. « Le travail fait par les groupes environnementalistes pour décrire les problèmes tels qu’ils les voient a droit à notre respect. Les compagnies peuvent dire “On est en train de faire ça de façon responsable”, c’est leur droit de s’exprimer ainsi. Comme ministre de l’Environnement au Québec, j’ai eu à connaître très bien ce dossier-là. Il faut être extrêmement prudent. La forêt boréale est en péril. »













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