Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Partenariat transpacifique

    Québec interpelle Ottawa sur l’agriculture

    Le ministre de l’Agriculture du Québec, Pierre Paradis
    Photo: Archives Le Devoir Le ministre de l’Agriculture du Québec, Pierre Paradis

    Québec dit craindre que son agriculture fasse les frais d’une conclusion imminente des négociations du Partenariat transpacifique (PTP) et presse le premier ministre canadien, Stephen Harper, d’honorer sa promesse de défendre le système de gestion de l’offre.

     

    Officiellement, le Canada n’a pas changé de position et n’a pas l’intention de faire de concessions sur le système de gestion de l’offre qu’il applique à sa production de lait, de volaille et d’oeufs. Mais la rumeur grandissante de l’approche rapide d’une entente entre le Canada, les États-Unis et de la dizaine d’autres pays d’Amérique latine, d’Asie et d’Océanie qui participent aux négociations du PTP et la multiplication de signaux indiquant que le Canada serait prêt à se laisser convaincre (ou forcer) de jeter du lest en la matière inquiètent au plus haut point le ministre de l’Agriculture du Québec, Pierre Paradis, l’Union des producteurs agricoles (UPA), et la quinzaine d’autres acteurs du secteur agricole et agroalimentaire québécois qui les ont rejoints au sein d’un front commun.

     

    « Il y a eu des précédents, a noté Pierre Paradis en conférence de presse à Montréal lundi. Lors des négociations avec l’Union européenne, on nous avait aussi dit qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter », ce qui n’a pas empêché Ottawa d’accorder de nouveaux quotas d’importations de fromage aux Européens équivalant à toute la production de lait d’une région comme le Saguenay–Lac-Saint-Jean. « On n’a pas le droit de se permettre une autre brèche, a martelé le ministre. On a déjà été affaiblis et on ne veut pas mourir à petit feu. On veut que le système soit défendu dans son intégralité. »

     

    Mauvais augures

     

    La situation n’a rien de rassurant pour le Québec, dont plus de 40 % l’agriculture est sous gestion de l’offre, contre 20 % dans le reste du pays. Déjà, le Canada n’a été accepté dans les négociations qu’à la condition que « tout soit sur la table ». Depuis quelques mois, de plus en plus de voix aux États-Unis et dans la presse d’affaires torontoise réclament une libéralisation du secteur. Des sources ont rapporté que les deux principaux acteurs des négociations, le Japon et les États-Unis, refuseront que le Canada fasse partie d’une entente à moins qu’il ne cède du terrain à ce chapitre. Mais on s’en fait surtout depuis que, en réponse à une question sur le sujet, Stephen Harper a déclaré en mars que les négociations du PTP le plaçaient « devant des choix difficiles » et que « le Canada ne peut, seul, empêcher un accord qui lui déplaît ».

     

    Pierre Paradis et son homologue ontarien, Jeff Leal, ont officiellement demandé sans succès à leur collègue fédéral, Gerry Ritz, de les rassurer à ce sujet au début du mois. « Nous arrivons dans la dernière phase de négociations. Si nous tenons compte des propos du premier ministre du Canada et de l’absence de réponse du ministre de l’Agriculture à ce moment-ci, et si vous êtes un producteur, un transformateur ou un consommateur, vous ne pouvez pas ne pas être inquiet », a déclaré Pierre Paradis.

     

    Une entente dès le mois de juin

     

    Entreprises il y a plus de cinq ans, les négociations du PTP seraient suffisamment avancées pour qu’une conférence des ministres du Commerce puisse être organisée dès la fin du mois de juin afin de trouver les derniers compromis nécessaires à une entente.

     

    Tout le monde n’attendrait plus maintenant que le président américain, Barack Obama, obtienne du Congrès le pouvoir de négocier seul au nom des États-Unis et de lui soumettre ensuite une entente globale que les élus pourront accepter ou rejeter, mais pas modifier (Trade Promotion Authority). Le Sénat américain lui a accordé ce mandat vendredi après bien des tentatives infructueuses. Le feu vert de l’autre chambre du Congrès, celle des représentants, pourrait venir dans quelques semaines.

     

    « Ça veut dire qu’au début de l’automne on peut être en face d’un fait accompli. Il faut bouger rapidement », a observé Pierre Paradis, qui dit essayer de « de créer le plus de force politique possible à la grandeur du pays » pour convaincre Ottawa de ne pas céder. Déjà, l’Ontario et la Nouvelle-Écosse font front commun avec le Québec. Le Nouveau-Brunswick pourrait s’ajouter bientôt, et le ministre promet même de tenter sa chance auprès du nouveau gouvernement albertain. Dans la campagne québécoise, des fermes afficheront le slogan : « forts et unis pour la gestion de l’offre ».

     

    Un modèle à part

     

    Le système de gestion de l’offre repose sur des tarifs commerciaux suffisamment élevés pour opposer aux importations étrangères une barrière infranchissable protégeant un marché intérieur où les producteurs sont soumis à un système de quotas et de contrôle des prix. Ayant des défenseurs comme des opposants au Canada, ce système est relativement rare dans un monde où l’aide des gouvernements aux agriculteurs passe généralement par des subventions.

     

    « Ce système a fait ses preuves aussi bien auprès des producteurs, que des transformateurs et des consommateurs », a fait valoir Denis Richard, président de La Coop fédérée.

     

    « Si jamais il y avait une brèche, ou si le système était démantelé, cela aurait un impact énorme », a plaidé le président de l’UPA, Marcel Groleau, rappelant que la gestion de l’offre représente au Québec près de 7000 fermes, 92 000 emplois directs et indirects, 4 milliards de recettes, 8,2 milliards dans le PIB et 1,4 milliard de retombées fiscales. La seule solution de rechange à ce système serait de faire comme les autres, Américains et Européens compris, et d’aider le secteur à coup de subventions et de barrières tarifaires et non tarifaires.

     

    « Ça va se décider dans le bureau de M. Harper, et c’est pour ça que le message s’adresse à lui », a-t-il conclu.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.