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    Travailleurs recherchés

    Québec, laboratoire d’une rareté annoncée

    Photo: Renaud Philippe Le Devoir
    L’économie québécoise fait face à un problème grandissant de rareté de main-d’oeuvre. Pour s’en sortir, elle devra apprendre à mieux former et mettre à profit les travailleurs dont elle dispose déjà, en plus d’en attirer de nouveaux de l’étranger. Une bonne façon de se faire une idée de ce qui l’attend dans les prochaines années est d’aller faire un tour du côté de la capitale, Québec.


    Les réductions d’effectifs annoncées dans la fonction publique québécoise ne feront pas que des malheureux, même dans une région qui compte autant de fonctionnaires que celle de la Capitale-Nationale.

     

    « Avec un peu de chance, ça va peut-être contribuer à remettre un peu de main-d’oeuvre sur le marché »,espère Valérie Marier, vice-présidente, marketing et communication, pour la firme de consultants informatiques de Québec Effenti. « Il y a tellement de beaux projets qui s’en viennent dans notre domaine. Mais comme les ressources humaines disponibles sont déjà toutes utilisées, les seuls qui pourront en profiter sont ceux qui trouveront la main-d’oeuvre nécessaire. »

     

    Cela fait longtemps déjà que les experts mettent en garde les pays développés contre le choc démographique et son impact sur la quantité de main-d’oeuvre disponible pour faire rouler leurs économies. Particulièrement exposé à ce problème, le Québec a vu, pour la première fois l’année dernière, diminuer le nombre absolu de ses citoyens âgés de 15 à 64 ans.

     

    Aux prises avec un vieillissement encore plus rapide de sa population, conjugué à une belle croissance économique qui s’est élevée à 8,6 % entre 2008 et 2013 (contre une moyenne québécoise de 5,6 %), la grande région de Québec est aux avant-postes de ce phénomène. Forte d’un taux de chômage de seulement 5,3 % en 2014 (contre une moyenne québécoise de 7,7 %) et de 4,3 % chez les 25-54 ans (contre 6,7 % au Québec), elle pourrait faire office de voyage dans le futur en ce qui a trait au problème grandissant de rareté de main-d’oeuvre au Québec.

     

    Un mal bien réel qui s’étend

     

    Le problème a commencé à se faire sentir dès 2007 dans le secteur des technologies de l’information, explique Line Lagacé, vice-présidente à Québec international, l’agence de développement économique et international de la région. « On a commencé à entendre des entreprises dire que le manque de main-d’oeuvre risquait de devenir un frein à leur développement. » L’inquiétude s’est étendue, petit à petit, à d’autres secteurs économiques, comme l’assurance, l’industrie manufacturière, la santé, la restauration… On se plaint de la pénurie de diplômés universitaires spécialisés, mais aussi de soudeurs, de manoeuvres et de cuisiniers.

     

    On peine à trouver des statistiques officielles suffisamment détaillées pour mesurer le problème, mais il n’en est pas moins bien réel et grandissant, assurait cet été le président et chef de la direction de la Chambre de commerce et d’industrie de Québec, Alain Kirouac, juste avant d’être nommé sous-ministre responsable du Secrétariat à la Capitale-Nationale. « On entend de plus en plus d’entreprises dire qu’elles ont dû refuser des contrats ou renoncer à créer un autre quart de travail parce qu’elles ne trouvaient pas la main-d’oeuvre nécessaire. »

     

    Premiers employeurs privés de la région après le secteur de la restauration, les 11 compagnies d’assurances ayant leurs sièges sociaux à Québec ont passé outre la concurrence qui les oppose pour se doter d’un organisme commun ayant pour mission de s’occuper du problème par des actions auprès des travailleurs, des jeunes et des établissements de formation. « On doit pourvoir, bon an mal an, environ 3000 postes par année, dont 400 à 500 nouveaux. On parle de très bons emplois aux conditions bien au-dessus de la moyenne. On ne trouve pas toujours ce qu’on cherche, mais on arrive à s’adapter et cela ne constitue pas un frein à notre développement »,dit René Hamel, président-directeur général de SSQ Groupe financier.

     

    Il arrive cependant qu’on se résolve, faute de candidats bilingues, à confier aux bureaux de Toronto certaines tâches qu’on aurait voulu garder à Québec. « La maîtrise de l’anglais est essentielle dans certains postes,explique l’assureur. Près de 40 % de nos affaires se font désormais à l’extérieur du Québec et cette proportion continuera d’augmenter. »

     

    Les aptitudes requises

     

    Nos assureurs se disent contents de l’appui fourni par les universités et les cégeps qui, en plus d’offrir des programmes de formation spécialisée, les ont entre autres aidés à créer un programme de formation en ligne à l’anglais spécialisé en assurances. Eux aussi voient plutôt d’un bon oeil les compressions de personnel annoncées dans le secteur public. « C’est sûr que ça ne va pas nuire. Le secteur public est notre plus grand concurrent pour la main-d’oeuvre à Québec »,constate René Hamel.

     

    On a beau se trouver dans une région où les employeurs se plaignent du manque de main-d’oeuvre, ça ne veut pas dire que tout le monde trouve du travail. « On voit des immigrants comme des gens qui sont nés au Québec. Il y en a qui n’ont pas terminé leur 5e secondaire et d’autres qui ont des diplômes dans des secteurs moins en demande ou qui manquent seulement d’expérience »,explique Catherine Marquis, conseillère en emploi à Option-travail, un centre basé à Sainte-Foy qui accompagne des jeunes de 16 à 35 ans dans leurs démarches d’insertion sociale et économique. Certains n’ont besoin que d’un peu de temps et qu’on les aide à faire leur CV ou à préparer leurs entrevues, dit-elle. D’autres doivent acquérir des compétences de base, comme la ponctualité, ou remettre en cause leur choix de carrière à la lumière de l’offre et de la demande. « Il n’est pas facile de se faire répondre sans cesse non lorsqu’on en voit d’autres être tellement recherchés dans d’autres secteurs. »

     

    Offrir plus aux travailleurs

     

    La chasse aux travailleurs incite entre autres les entreprises de Québec à offrir des salaires moyens (24,05 $/l’heure) similaires, sinon supérieurs, à ceux offerts dans la région de Montréal (23,83 $/l’heure) en dépit d’un coût de la vie plus faible. Mais certaines font plus que cela et repensent complètement leur façon de gérer leurs ressources humaines. « Ce n’est pas qu’une question de salaire ou de nombre de jours de vacances. Il s’agit de présenter la meilleure offre en matière de conditions de travail, d’expérience professionnelle et de développement personnel », dit le président d’Effenti, Stéphane Bernier, qui a décidé d’en faire une marque distinctive de son entreprise. Ses employés sont, entre autres, invités à participer à toutes sortes d’activités sociales, dont certaines font l’objet de vidéos sur les réseaux sociaux. On s’apprête aussi à tester une nouvelle plateforme informatique qui permettra d’offrir aux clients les professionnels expérimentés auxquels ils s’attendent tout en donnant la chance à de nouvelles recrues d’apprendre le métier.

     

    Effenti, comme d’autres entreprises, participe aussi à des missions à l’étranger pour y recruter la main-d’oeuvre qui lui fait défaut. Québec international en est à près d’une vingtaine de missions générales ou sectorielles en France, en Belgique et en Espagne, mais aussi aux États-Unis, en Afrique du Nord et en Amérique latine. « À notre dernière mission en Europe, on a reçu 13 000 CV pour 350 postes, raconte Line Lagacé. La région a beaucoup à offrir en matière de perspectives économiques et de qualité de vie, mais on continue d’attirer moins que notre part de travailleurs et d’investisseurs étrangers. C’est un travail de longue haleine. On est dans une guerre mondiale, la guerre des ressources et de l’emploi. »

     

    Savoir lever les yeux

     

    Alain Kirouac a néanmoins confiance dans la capacité d’adaptation des entreprises de la région de Québec. La rareté de main-d’oeuvre les amènera, selon lui, de gré ou de force, à trouver des façons de gérer plus efficacement leurs ressources humaines, à améliorer leur productivité et à innover dans leur pratique d’affaires. « Les chefs d’entreprise sont souvent accaparés par leurs problèmes à court terme et ne remarquent un phénomène que lorsqu’il leur fait mal. On a longtemps tenu la disponibilité de main-d’oeuvre pour acquise. On se rend compte aujourd’hui que ce n’est plus le cas et on commence à chercher des solutions. Je suis convaincu qu’on en trouvera. On sait qu’elles existent. »













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