Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Entretiens Concordia – Économie et innovation

    Donner des ailes aux entrepreneurs de demain

    District 3, un centre de l’innovation pour ceux qui veulent aller au bout de leurs rêves

    Xavier-Henri Hervé : « On crée des équipes de gens qui vont peut-être se casser la gueule, mais qui, en se cassant les dents, vont comprendre quoi faire et quoi ne plus faire, puis se remettre en marche. »
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Xavier-Henri Hervé : « On crée des équipes de gens qui vont peut-être se casser la gueule, mais qui, en se cassant les dents, vont comprendre quoi faire et quoi ne plus faire, puis se remettre en marche. »

    Dans ce petit local de l’Université Concordia où s’entassent quelques dizaines de jeunes entrepreneurs, Xavier-Henri Hervé est comme un poisson dans l’eau. Il navigue entre les bureaux couverts d’ordinateurs portables, de cahiers de notes et de gobelets de café, gesticule en désignant un tableau noirci d’idées en chantier et blague avec chaque personne qui croise son regard. Entrepreneur prospère, il tente aujourd’hui de donner des ailes à ceux qui font preuve d’une audace pareille à la sienne, il y a près de 30 ans.

     

    « Il y a une chose qui n’a pas changé avec le temps, raconte le fondateur et directeur de District 3, un « centre de l’innovation » implanté à Concordia depuis 2013. Ce sont des jeunes qui ont les yeux qui brillent et qui veulent réaliser leurs rêves avec une grande confiance et beaucoup de volonté. » La différence, dit-il, c’est que les ressources à leur disposition permettent d’avancer beaucoup plus rapidement, sans se ruiner.

     

    M. Hervé sait de quoi il parle. Il fait partie de l’équipe d’étudiants qui, en 1987, a fondé l’entreprise Mechtronix, spécialisée dans la fabrication de simulateurs de vol. Cette compagnie acquise en novembre 2013 par l’américaine Textron est un bel exemple de réussite entrepreneuriale québécoise rendue possible grâce à de nombreux sacrifices personnels et financiers. Près de trois décennies plus tard, il souhaite donc rendre la vie plus facile aux jeunes qui, comme lui, voient grand.

     

    Un projet, des conseils

     

    District 3 s’ajoute à la liste des incubateurs à entreprises qui voient le jour depuis quelques années au sein de différentes universités québécoises. En fait, M. Hervé préfère parler d’un « écosystème » qui rassemble en un même lieu entrepreneurs, mentors et conseillers en tout genre.

     

    Le centre compte environ 100 entrepreneurs. Il y a bien sûr des étudiants de Concordia, mais aussi des diplômés ou de jeunes professionnels qui souhaitent mettre leurs idées à l’épreuve. Chaque participant se présente dans le local de District 3 avec un projet en tête et lui donne vie en recevant régulièrement les conseils de quelque 200 patrons, avocats ou techniciens bénévoles.

     

    « À mon avis, District 3, c’est l’avenir de l’éducation au XXIe siècle. C’est un espace où les gens apprennent et réalisent en même temps », résume M. Hervé.

     

    Certains franchissent chacune des étapes à partir d’un concept ou d’une inspiration, comme ce groupe qui développe des soutiens-gorge conçus sur mesure ou encore celui-ci, qui travaille sur une application offrant la possibilité de faire son épicerie sans quitter son salon. Mais d’autres, comme ces deux jeunes qui mettent au point un système permettant aux premiers répondants de forcer des portes sans utiliser d’explosifs, reçoivent un mandat de la part d’une entreprise existante.

     

    « Dans deux ans, j’aimerais que de grandes sociétés viennent ici pour nous donner des mandats et nous supplient de les accueillir pour les aider à créer de nouveaux produits, confie Xavier-Henri Hervé. J’aurai commencé à réaliser ce rêve lorsqu’un Bombardier ou un Molson viendra nous demander d’accueillir l’une de leurs équipes, pour qu’elle puisse profiter de notre écosystème. »

     

    À terme, l’objectif de District 3 est bien sûr de faire émerger de nouvelles entreprises, mais son fondateur revendique haut et fort le droit à l’erreur. « On crée des équipes de gens qui vont peut-être se casser la gueule, mais qui, en se cassant les dents, vont comprendre quoi faire et quoi ne plus faire, puis se remettre en marche », précise-t-il.

     

    Faire décoller les projets

     

    M. Hervé est ravi par la popularité du centre qu’il dirige. Il est encore tôt pour en apprécier les résultats en ce qui a trait aux ventes ou aux projets menés à terme, juge-t-il, mais sa croissance ne se dément pas. En avril prochain, les équipes prendront possession d’un nouveau local cinq fois plus spacieux que celui qu’elles occupent actuellement.

     

    Dans l’esprit de Xavier-Henri Hervé, District 3 ne doit toutefois pas être confiné entre quatre murs. Dans un avenir pas si lointain, il imagine l’aménagement d’une « zone d’innovation urbaine » rue Sainte-Catherine, où cohabiteraient des entreprises en démarrage, des centres de recherche et des expertises complémentaires.

     

    « Le but, ce serait que cette proximité fasse exploser le nombre de sociétés qui vendent à l’international, ajoute-t-il. C’est comme si on installait un aéroport rue Sainte-Catherine pour que les gens n’arrêtent pas d’en décoller et concrétisent leur vision. »

     

    Cette potentielle alliance des savoirs montréalais a d’ailleurs commencé à prendre forme lors de l’événement Je vois Mtl, organisé il y a une semaine. Ce grand exercice de brassage d’idées a permis à M. Hervé de s’unir à la Caisse d’économie solidaire Desjardins et au groupe TIESS (Territoires innovants en économie sociale et solidaire) pour lancer un projet mettant en valeur l’entrepreneuriat social et collectif.

     

    Cette initiative consiste à mobiliser d’ici 2016 un réseau d’ambassadeurs provenant des cégeps et des universités pour promouvoir ce type d’entrepreneuriat auprès de 10 000 jeunes montréalais. Il s’agit également de faire connaître les ressources disponibles pour se lancer en affaires et d’y faciliter l’accès.

     

    Là encore, l’objectif est de créer un écosystème dans lequel les forces de la métropole sont unies et mises à profit. Montréal a tout ce qu’il faut pour devenir un véritable pôle d’innovation, affirme M. Hervé : une population multiculturelle, le deuxième bassin d’étudiants en importance en Amérique du Nord — après Boston — et un vaste réseau de chercheurs.

     

    « Bien sûr, la grande richesse du Canada, ce sont ses richesses naturelles, mais l’une de ses plus importantes ressources naturelles, ce sont ses gens », glisse-t-il en souriant.

     

    Certains diront qu’il voit grand, peut-être trop. Il leur rappellera alors les débuts de Mechtronix, dans le sous-sol d’un de ses amis, bien avant que l’entreprise n’enregistre un chiffre d’affaires annuel avoisinant les 70 millions de dollars. « C’était le grand rêve. On n’arrêtait pas de rêver, c’est ce qui a fait avancer le bateau. »













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.