Edgar Bronfman ou les vertiges financiers d'un fan du show-business
24 novembre 2003
Actualités économiques
Écarté de la fusion du pôle divertissement de Vivendi Universal qui, en septembre dernier, annonçait sa préférence pour l'offre de NBC, filiale du géant américain GE, Edgar Bronfman Jr a vite rebondi. On l'a retrouvé finaliste à titre de repreneur de la maison de disques Warner Music, mise en vente par Time Warner, devançant l'offre du britannique EMI Group, numéro trois mondial du disque. Voici un portrait de ce fan du show-business.
Visionnaire qui a fait basculer l'empire familial de spiritueux vers les médias ou incompétent qui a multiplié les bourdes à Hollywood et fait perdre au clan des milliards dans l'aventure Vivendi: à 48 ans, le Canadien Edgar Bronfman Junior doit encore faire ses preuves. Le verbe mesuré, élégant et tiré à quatre épingles, le visage juvénile malgré la barbe impeccable sous les lunettes, il a, jusqu'ici, passé sa vie à être comparé à son père, Edgar Senior, patriarche de Seagram.
Arrivés à Montréal pour fuir les pogroms de la Russie des tsars, les Bronfman sont devenus l'une des plus riches familles juives du monde grâce à la prohibition américaine des années 20, fournissant en alcool le marché noir de l'autre côté de la frontière.
Pendant que son père faisait du Chivas ou de la vodka Absolut des succès mondiaux, Edgar menait une jeunesse insouciante à l'abri des responsabilités que son frère aîné Samuel semblait destiné à hériter.
Après ses études secondaires à New York, Edgar file à Londres pour se livrer à une passion qui ne le quittera jamais: le show-business. Doué pour la musique, il écrit des chansons. Dionne Warwick et Celine Dion peuvent se targuer d'avoir du Bronfman à leur répertoire.
Encore aujourd'hui, alors qu'il jongle avec les milliards pour financer son offre, il produit aussi un spectacle à Broadway.
Mais c'est le cinéma qui le fascine, au point d'en perdre le sens des affaires, disent ses détracteurs. Il prend des petits boulots sur les plateaux de tournage. Il a 26 ans quand il produit son premier film, Police Frontière, un flop malgré la présence de Jack Nicholson.
Cette vie de rebelle aux poches pleines s'arrête quand Edgar Senior juge que son aîné n'a pas l'étoffe d'un homme d'affaires et choisit son deuxième fils comme dauphin.
Les deux hommes étaient longtemps restés en froid après qu'Edgar avait épousé à 24 ans une actrice noire, Sherry Brewer, avec qui il aura trois enfants. Mais la famille s'était ressoudée lors du kidnapping de Samuel en 1982, qui avait fait la une des médias.
Edgar Junior fait son chemin au sein de Seagram, qui a déjà commencé de se diversifier dans le pétrole ou le jus d'orange. Mais l'héritier voit dans les médias des profits bien plus confortables et un moyen de se raccrocher à ses rêves de paillettes: sous ses conseils, Seagram prend près de 15 % de Time Warner en 1993. Deux ans plus tard, Edgar convainc le clan de revendre ses 24 % dans le géant de la chimie DuPont pour racheter MCA et les studios Universal.
Bien sûr, Edgar en prend la tête. Il fréquente enfin les stars, mais multiplie les navets, comme Meet Joe Black, un des pires échecs de Brad Pitt.
Universal est trop petit et, à Paris, Edgar rencontre l'homme qu'il aimerait être: Jean-Marie Messier, patron d'une compagnie d'eau transformée en géant des médias. Fasciné, Edgar vend Seagram contre près de 9 % de Vivendi, une transaction qui rend les Bronfman richissimes. Mais sur le papier seulement, et quand le titre Vivendi s'effondre avec les rêves de son Pdg, le clan perd des sommes folles et poursuit Messier de sa vindicte.
De fils prodige, Edgar devient fils indigne et la célèbre collection d'art Bronfman part aux enchères.
Remarié, père de sept enfants, Edgar est loin d'être à la rue et mène toujours grand train, mais il veut reconquérir un empire. Sa première tentative est un échec, il est supplanté par GE pour racheter les activités américaines de divertissement de Vivendi Universal. Et on l'a vu prenant l'avantage dans Warner Music.
Il lui reste à réussir son rêve, et à prouver qu'il a l'étoffe d'un vrai magnat.
Visionnaire qui a fait basculer l'empire familial de spiritueux vers les médias ou incompétent qui a multiplié les bourdes à Hollywood et fait perdre au clan des milliards dans l'aventure Vivendi: à 48 ans, le Canadien Edgar Bronfman Junior doit encore faire ses preuves. Le verbe mesuré, élégant et tiré à quatre épingles, le visage juvénile malgré la barbe impeccable sous les lunettes, il a, jusqu'ici, passé sa vie à être comparé à son père, Edgar Senior, patriarche de Seagram.
Arrivés à Montréal pour fuir les pogroms de la Russie des tsars, les Bronfman sont devenus l'une des plus riches familles juives du monde grâce à la prohibition américaine des années 20, fournissant en alcool le marché noir de l'autre côté de la frontière.
Pendant que son père faisait du Chivas ou de la vodka Absolut des succès mondiaux, Edgar menait une jeunesse insouciante à l'abri des responsabilités que son frère aîné Samuel semblait destiné à hériter.
Après ses études secondaires à New York, Edgar file à Londres pour se livrer à une passion qui ne le quittera jamais: le show-business. Doué pour la musique, il écrit des chansons. Dionne Warwick et Celine Dion peuvent se targuer d'avoir du Bronfman à leur répertoire.
Encore aujourd'hui, alors qu'il jongle avec les milliards pour financer son offre, il produit aussi un spectacle à Broadway.
Mais c'est le cinéma qui le fascine, au point d'en perdre le sens des affaires, disent ses détracteurs. Il prend des petits boulots sur les plateaux de tournage. Il a 26 ans quand il produit son premier film, Police Frontière, un flop malgré la présence de Jack Nicholson.
Cette vie de rebelle aux poches pleines s'arrête quand Edgar Senior juge que son aîné n'a pas l'étoffe d'un homme d'affaires et choisit son deuxième fils comme dauphin.
Les deux hommes étaient longtemps restés en froid après qu'Edgar avait épousé à 24 ans une actrice noire, Sherry Brewer, avec qui il aura trois enfants. Mais la famille s'était ressoudée lors du kidnapping de Samuel en 1982, qui avait fait la une des médias.
Edgar Junior fait son chemin au sein de Seagram, qui a déjà commencé de se diversifier dans le pétrole ou le jus d'orange. Mais l'héritier voit dans les médias des profits bien plus confortables et un moyen de se raccrocher à ses rêves de paillettes: sous ses conseils, Seagram prend près de 15 % de Time Warner en 1993. Deux ans plus tard, Edgar convainc le clan de revendre ses 24 % dans le géant de la chimie DuPont pour racheter MCA et les studios Universal.
Bien sûr, Edgar en prend la tête. Il fréquente enfin les stars, mais multiplie les navets, comme Meet Joe Black, un des pires échecs de Brad Pitt.
Universal est trop petit et, à Paris, Edgar rencontre l'homme qu'il aimerait être: Jean-Marie Messier, patron d'une compagnie d'eau transformée en géant des médias. Fasciné, Edgar vend Seagram contre près de 9 % de Vivendi, une transaction qui rend les Bronfman richissimes. Mais sur le papier seulement, et quand le titre Vivendi s'effondre avec les rêves de son Pdg, le clan perd des sommes folles et poursuit Messier de sa vindicte.
De fils prodige, Edgar devient fils indigne et la célèbre collection d'art Bronfman part aux enchères.
Remarié, père de sept enfants, Edgar est loin d'être à la rue et mène toujours grand train, mais il veut reconquérir un empire. Sa première tentative est un échec, il est supplanté par GE pour racheter les activités américaines de divertissement de Vivendi Universal. Et on l'a vu prenant l'avantage dans Warner Music.
Il lui reste à réussir son rêve, et à prouver qu'il a l'étoffe d'un vrai magnat.
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