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    Merkel adopte le salaire minimum à contrecoeur

    La chancelière a consenti à ce compromis afin de former un gouvernement de coalition

    4 juillet 2014 | Marie Julien - Agence France-Presse à Berlin | Actualités économiques
    Angela Merkel était tout sourire en déposant son bulletin de vote, mais ce n’est pas sans quelques grincements de dents qu’elle et plusieurs de ses députés ont adopté la Loi sur le salaire minimum en Allemagne.
    Photo: Clemens Bilan Agence France-Presse Angela Merkel était tout sourire en déposant son bulletin de vote, mais ce n’est pas sans quelques grincements de dents qu’elle et plusieurs de ses députés ont adopté la Loi sur le salaire minimum en Allemagne.

    Les députés allemands ont entériné une petite révolution en adoptant jeudi à une écrasante majorité le principe du salaire minimum, mesure phare d’un gouvernement Merkel III se voulant plus social, mais qui comprendra toutefois des exceptions.

     

    Condition majeure posée par le Parti social-démocrate (SPD) pour former une coalition gouvernementale avec les conservateurs d’Angela Merkel après les législatives de septembre 2013, l’instauration à compter de 2015 d’un salaire plancher de 8,50 euros bruts l’heure a été adoptée par 535 députés du Bundestag allemand, sur 601 suffrages exprimés.

     

    « Ce que nous décidons aujourd’hui est d’une signification exceptionnelle pour des millions de travailleurs et travailleuses de ce pays, qui vont enfin recevoir un salaire décent », a déclaré le maître d’oeuvre de ce projet, la ministre du Travail, Andrea Nahles. « Maintenant, il [le salaire minimum] est décidé, nous devons le mettre en oeuvre », a commenté laconiquement quelques heures plus tard Mme Merkel, évoquant « un compromis douloureux ». Mais « neuf Allemands sur dix veulent un salaire minimum », a-t-elle reconnu.

     

    Selon les estimations du SPD, quatre millions de salariés, sur les 42 millions d’actifs que compte l’Allemagne, devraient voir gonfler leur fiche de paie au 1er janvier 2015, quand le salaire minimum s’appliquera aux secteurs non régis par un accord de branche, et un million de plus en 2017, quand il s’étendra à tous.

     

    « Nous posons un jalon dans la politique sociale de l’Allemagne », a insisté Mme Nahles, tandis que le vice-chancelier Sigmar Gabriel a parlé, à l’agence dpa, d’un « jour historique pour l’Allemagne », qui rejoint les rangs des 21 pays du Vieux Continent déjà dotés d’un salaire minimum.

     

    Nombreuses exceptions

     

    Avec toutefois de nombreuses exceptions, comme les apprentis en formation, les chômeurs de longue durée pendant six mois ou les livreurs de journaux et les saisonniers agricoles, ajoutés à la liste peu avant le vote. Ces dérogations ont été négociées pied à pied afin d’assurer le soutien le plus large possible au projet de loi, que nombre de conservateurs ont accepté du bout des lèvres, Angela Merkel la première.

     

    Dans l’opposition, ces exceptions, dont Mme Nahles s’est efforcée de minimiser l’ampleur et la portée, ainsi que le niveau de départ du salaire minimum, ont été l’objet de nombreuses critiques. Le député d’extrême gauche, Klaus Ernst, a jugé « urgemment nécessaire un salaire minimum sans exception », lors des discours précédent le vote, tandis que la députée verte Brigitte Pothmer demandait un système « meilleur, plus complet et plus juste ».

     

    Mais au final, seuls cinq députés se sont prononcés contre la loi et 61 se sont abstenus, les Verts ayant voté pour, tandis que l’extrême gauche de Die Linke ne s’est pas prononcée. Dans l’attente du détail du vote, il n’est pas impossible que la majorité ait connu, dans les rangs conservateurs, quelques infidèles, ne supportant pas l’idée que l’État s’immisce dans la fixation des salaires, et craignant des effets néfastes sur l’emploi.

     

    Coté employeurs, la fédération de Bavière a estimé que ce plébiscite parlementaire ne marquait « pas une bonne journée pour l’Allemagne, avec des conséquences imprévisibles sur la croissance et l’emploi ».

     

    Victoire syndicale

     

    Bouleversement dans les relations sociales allemandes, qui s’appuient traditionnellement sur des négociations directes entre patronat et syndicat par branche, ce salaire minimum est aussi un grand succès des syndicats, a jugé Mme Nahles, devant les responsables de fédérations syndicales présents dans l’Hémicycle. Dans un communiqué, le puissant syndicat de la métallurgie IG Metall y voit « enfin une limite au dumping salarial vers le bas ».

     

    Fixé au départ à 8,50 euros bruts l’heure, un niveau dans la moyenne des autres pays développés, le salaire minimum national allemand sera réévalué par une commission dédiée et composée de représentants des entreprises et des syndicats, « et non par les politiques », a insisté Mme Nahles. La réévaluation, possible à partir de 2017, ne se fera toutefois que tous les deux ans, autre concession de dernière minute au camp conservateur faisant grincer des dents à gauche.

     

    Dernière étape du processus parlementaire, le projet de loi doit encore être approuvé par la chambre haute du Parlement allemand, le Bundesrat, le 11 juillet, une adoption qui devrait relever de la simple formalité.













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