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À l'approche de l'élection présidentielle - Greenspan met la Maison-Blanche en gardecontre la tentation du protectionnisme

21 novembre 2003  Actualités économiques
Washington - Le président de la Fed, Alan Greenspan, a mis en garde hier contre tout protectionnisme, à l'heure où Washington est tenté par un durcissement des barrières douanières.

«Il est impératif de minimiser et d'inverser le protectionnisme qui se profile», a assuré le patron de la Réserve fédérale américaine (Fed), en regrettant que «des nuages de protectionnisme émergents deviennent de plus en plus visibles aujourd'hui à l'horizon».

Cette tendance constituerait un «bémol majeur» à la mondialisation qui est un élément clé si les États-Unis veulent réduire leurs déficits commerciaux records, a-t-il ajouté.

M. Greenspan s'exprimait alors que les États-Unis viennent d'afficher leur volonté d'imposer des quotas à certains produits textiles chinois, au nom de la protection de l'industrie américaine. Il rejoignait dans ses critiques le Fonds monétaire international qui a condamné la semaine dernière les surtaxes sur l'acier imposées l'an dernier par Washington, là aussi pour voler à l'aide d'une sidérurgie mal en point.

Une critique claire

C'est la première fois depuis le début de l'année que le très respecté Alan Greenspan critique de façon aussi claire l'administration américaine. En février, c'étaient les baisses d'impôts qui avaient attiré ses foudres, jetant un froid dans les relations avec la Maison-Blanche qui s'était terminé avec l'offre d'un nouveau mandat pour M. Greenspan à la tête de la Fed.

Aujourd'hui, ce sont les entorses au libre-échange qui sont dans le collimateur, alors que les analystes jugent l'administration largement guidée dans sa démarche par des impératifs politiques à un an de l'élection présidentielle, en novembre 2004. À l'heure des délocalisations massives d'emplois vers des pays à bas coût de main-d'oeuvre, il est en effet tentant de vouloir fermer la porte aux produits accusés de voler le travail des Américains.

De plus, «l'idée du protectionnisme a gagné du terrain parce que les États-Unis ont un énorme déficit commercial et doivent maintenant emprunter deux milliards de dollars par jour», souligne l'économiste Sung Won Sohn de la banque Wells Fargo. Le déficit courant — celui qui donne la plus large idée du commerce avec le reste du monde — a atteint le niveau record de 503,4 milliards en 2002, c'est-à-dire 5 % environ du PIB.

Mais ce déficit pourrait bien pâtir de barrières douanières car «le coût de toute nouvelle mesure protectionniste pourrait éroder de façon significative la flexibilité de l'économie mondiale», a averti M. Greenspan. Le risque est que, avec des quotas et surtaxes, des mesures de rétorsion ne soient mises en place ou que les investisseurs étrangers ne boudent les avoirs libellés en dollars.

La dette

La question est sensible: fin septembre, la dette nette détenue par des étrangers représentait 25 % du PIB américain.

Déjà mardi, la Chine a vigoureusement protesté contre la perspective des quotas et une délégation d'acheteurs qui devait se rendre mercredi aux États-Unis a ajourné son voyage.

Le Trésor américain a annoncé que les étrangers ont acheté pour 4,2 milliards $US de dette et de titres boursiers américains en septembre, un montant très maigre si on le compare aux 49,9 milliards d'août.

M. Greenspan s'est portant efforcé de rassurer. Il y a pour le moment «peu de signes de tensions dans le financement des comptes courants américains», selon lui.

La valeur du dollar a baissé de 20 % face aux autres grandes monnaies depuis le début de l'année 2002, mais «l'inflation, un symptôme typique des monnaies faibles, semble inerte», a-t-il ajouté. Cependant, «il fait peu de doute que des ajustements se feront» à l'avenir, estime le patron de la Fed.
 
 
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