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Bras de fer entre Hollywood et l'Association des producteurs de films et de télévision du Québec - Trois importants tournages américains pourraient échapper à Montréal

Montréal pourrait perdre trois grandes productions cinématographiques américaines qui devraient être tournées au Québec l'an prochain, principalement à cause du bras de fer qui oppose les studios hollywoodiens et l'Association des producteurs de films et de télévision du Québec (APFTQ) sur la reconnaissance de l'organisme québécois comme seul interlocuteur de la province auprès des producteurs étrangers.

Si ces productions majeures utilisent les quartiers d'une autre ville comme décor, le manque à gagner pour Montréal oscillerait entre 60 et 120 millions de dollars, puisque l'investissement direct de chaque film serait de 20 à 40 millions, selon Daniel Bissonnette, commissaire au Bureau du cinéma et de la télévision de Montréal, actuellement en mission à Los Angeles pour rencontrer l'industrie américaine du film.

Georges Bossé, responsable du Développement économique à la Ville de Montréal, lui aussi présent dans la capitale américaine du film, confirme l'hésitation des studios. «Des décisions doivent être prises dans les prochains jours pour une production et dans quelques semaines pour les deux autres, a-t-il expliqué lors d'un appel conférence. Les échos qu'on a eus, c'est que le conflit en cours avec l'APFTQ, c'est la wild card, ça pourrait tout faire échouer. Dans toutes les rencontres avec les producteurs, c'est la première préoccupation citée.»

La Ville de Montréal a d'ailleurs l'intention de s'impliquer dans le dossier pour éviter de perdre non seulement ces tournages, mais également les projets à venir. «Nous allons rencontrer l'APFTQ dès la semaine prochaine pour éclaircir ça, souligne Georges Bossé. On ne va pas laisser aller les 10 années de travail qui ont été nécessaires pour bâtir la notoriété de Montréal. Avec les problèmes des Expos et du Grand Prix, c'est l'image de la ville sur le plan international qui est sur la table avec les tournages américains.»

Requête de reconnaissance

Rappelons qu'il y a deux semaines, un avocat représentant plusieurs studios d'Hollywood, dont Paramount, Sony, Disney et MGM, a demandé le rejet de la requête de reconnaissance juridique déposée en 1997 par l'APFTQ. Les studios américains menacent de ne plus venir au Québec si cette reconnaissance était accordée et s'ils devaient dorénavant passer par l'APFTQ pour négocier les contrats de travail avec les syndicats d'artistes. La commission chargée d'accorder la reconnaissance est actuellement en délibération.

L'APFTQ ne comprend pas la position des producteurs américains et soutient que cette reconnaissance juridique ne ferait qu'officialiser une situation qui dure depuis des années, puisque les conditions de travail négociées avec les différents syndicats tiennent déjà compte des paramètres de l'APFTQ.

Pour Georges Bossé, la situation de New York guette Montréal si rien n'est fait. «New York avait proposé quelque chose de semblable il y a quelques années et depuis, les grands studios ne vont presque plus à New York, dit-il. Avec la concurrence internationale, il n'en faut pas beaucoup pour irriter les producteurs américains et les inciter à aller ailleurs.»

L'APFTQ se dit prête à discuter avec la Ville ou les producteurs américains, mais ne voit pas ce qu'elle peut faire en ce moment. «Le statu quo est pratiquement impossible, explique Céline Pelletier, directrice des communications de l'association. En 1987, le gouvernement a passé une loi qui oblige les associations du milieu artistique à se faire reconnaître comme interlocuteur principal d'un secteur. L'Union des artistes a ouvert le bal et toutes les associations se sont fait reconnaître à tour de rôle. Maintenant, c'est à notre tour, il faut être reconnu, c'est une obligation. Et cette loi existe seulement ici, alors comparer avec New York, c'est un peu bizarre. Ce n'est pas le même contexte.»

L'APFTQ accuse Toronto et Vancouver de profiter de la situation en faisant courir la rumeur que Montréal deviendrait alors une destination où les tournages sont plus compliqués qu'ailleurs. «Il faut expliquer aux studios américains que même si l'APFTQ est reconnue, ça ne changera rien, explique Céline Pelletier. Il y a de la désinformation actuellement.»

Série de problèmes

Ce conflit s'ajoute à une série de problèmes qui touchent la réputation de Montréal comme ville de tournage, souligne Georges Bossé. Le dollar est en forte hausse, les producteurs américains ont l'impression qu'ils devront parler en français, la compétence des techniciens est remise en doute... Sans compter que des endroits comme l'Australie, la Nouvelle-Zélande et les pays d'Europe de l'Est offrent des conditions très avantageuses.

La Ville de Montréal veut donc conserver les 400 millions de dollars en investissement direct injectés l'an dernier au Québec par les producteurs étrangers. Depuis trois ans, 35 films américains ont utilisé la province comme décor.

Impliquer Québec

Pour ne pas perdre ces retombées importantes, Georges Bossé et Daniel Bissonnette veulent non seulement rencontrer l'APFTQ pour démêler le dossier, mais également le gouvernement du Québec pour qu'il s'implique davantage. «La compétition internationale est très forte, tous les pays s'arrachent les productions américaines, soutient Georges Bossé. Il faut réagir. Le temps est propice pour s'asseoir avec le gouvernement et voir comment rester compétitif. Plusieurs choses peuvent être faites, comme diminuer le temps requis pour recevoir un permis de travail. Il n'y a pas juste le côté financier à considérer, même si c'est important.»

La décision d'un studio américain tient à très peu de choses, explique Daniel Bissonnette. «Il faut éliminer les problèmes, même mineurs, qui pourraient inciter les tournages à aller à Toronto ou à Vancouver, dit-il. Il faut s'assurer d'avoir des conditions stables. Si la perception que les producteurs ont de Montréal se détériore, l'impact à long terme pourrait être dramatique.»
 
 
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