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    Une terre bien de chez nous

    «La ferme familiale est un projet de société en soi»

    Au Québec, qui parle d’agriculture parle de produits laitiers, le premier secteur en nombre en termes de production.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Au Québec, qui parle d’agriculture parle de produits laitiers, le premier secteur en nombre en termes de production.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Des vaches ? Oui ! Car qui parle au Québec d’agriculture parle de produits laitiers, le premier secteur en nombre en termes de production. Et qui parle au Québec d’agriculture parle d’agriculture familiale, car 95 % des 29 072 entreprises agricoles sont de ce type. Aussi, il ne faut pas se surprendre si l’Union des producteurs agricoles, l’UPA, mène présentement campagne, associée avec les Nations unies, pour promouvoir l’année déclarée, celle de 2014, comme Année internationale de l’agriculture familiale. Bienvenue dans la ferme d’ici et d’ailleurs.


    Le monde agricole québécois aurait trouvé un fier défenseur avec l’arrivée d’un nouveau ministre à l’Agriculture, aux Pêcheries et à l’Alimentation.

     

    Primo : « Écoutez,nous dit Pierre Paradis, je représente une région qui est très diversifiée sur le plan de l’agriculture, avec une industrie laitière ainsi que de petites entreprises familiales qui sont davantage axées sur des productions non contingentées. Je parle, par exemple, de jardiniers maraîchers et de produits du terroir. »

     

    Et de deux : « Je pense que les trois ministres à caractère économique de notre gouvernement sont conscients de l’importance du secteur agroalimentaire, qui représente 10 % des emplois au Québec. Écoutez, c’est le principal secteur manufacturier. »

     

    Et le président de l’UPA, Marcel Groleau, de parler de cette nomination en termes fort favorables : « C’est un député qui siège à l’Assemblée nationale depuis plus de 30 ans, il possède une bonne connaissance du milieu politique et aussi du fonctionnement d’un ministère ; pour nous, c’est un atout d’avoir un homme d’expérience qui en est également un des régions : sa circonscription de Brome-Missisquoi est l’un des endroits où l’agriculture est la plus diversifiée, étant située en Estrie, à la limite des Appalaches et de la Montérégie ; c’est un coin de pays qui fait place à l’innovation agricole. Dans sa région, il possède un bon portrait de ce qu’est l’agriculture du Québec. »

     

    Un Québec agricole

     

    Le Québec agricole, son avenir du moins, ne serait donc pas en danger, et ce, malgré tous les cris d’alarme qui se font régulièrement entendre.

     

    Car il serait devenu impossible de devenir propriétaire d’une ferme : en termes d’actifs, la valeur moyenne d’une entreprise agricole s’établissait en 2011 à 1 675 429 $. Il est aussi difficile de garder sur la « terre » la jeune génération, l’appel de la ville comme les longues journées de travail et la difficulté d’obtenir comme d’autres des plages régulières de vacances étant souvent des incitatifs à quitter la région pour trouver ailleurs un emploi « normal ». Et, ce qui n’est pas rien, la distribution alimentaire dépend de plus en plus de multinationales ou de grandes entreprises qui ont plus en bouche le mot profit que celui d’alimentation locale.

     

    Pourtant, parlant des régions, il faudra admettre que l’agriculture est une composante majeure de l’activité économique : hors grands centres, 10 % des emplois proviennent de ce seul secteur. Et toujours, statistique économique à l’appui, pour tout le Québec, de la production à la transformation et à la distribution, ce sont 471 100 emplois ou 12 % de l’emploi total qui sont directement reliés à l’activité agricole.

     

    Une agriculture des familles

     

    La ferme québécoise est une PME particulière, car normalement, famille et entreprise sont ici des termes équivalents pour décrire ceux qui y oeuvrent. D’ailleurs, sommes-nous au Québec, où 95 % des fermes sont dites familiales, qu’il ne faudra donc pas se surprendre pour définir en ces termes ce type d’agriculture : « une ferme possédée et exploitée en tant qu’entreprise familiale, les membres de la famille prenant les décisions d’affaires ».

     

    Aussi, l’UPA se faisait fière d’accueillir à Québec en ce début d’avril, le premier jour de la rencontre étant d’ailleurs journée d’élection sur le reste du territoire, soit un 7 avril, un Dialogue sur l’agriculture familiale en Amérique du Nord.

     

    Et les gens de la FAO étant présents, le discours a débordé sur l’aventure agricole mondiale et sur le fait d’assurer la sécurité alimentaire sur une planète dont la population augmente de façon exponentielle.

     

    Une planète fermière

     

    Dans le monde, l’agriculture est l’activité économique première. Ce dont nous informe Jean-Michel Sourisseau, socioéconomiste français rattaché au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement : « 40 % de la population active mondiale travaillent dans l’agriculture, et l’immense majorité oeuvre dans une exploitation agricole familiale. »

     

    Aussi, en regard planétaire, la ferme agricole québécoise apparaît presque comme une entreprise à taille démesurée, car serions-nous au Mexique que là, nous dit notre expert, une ferme familiale est celle « de petits agriculteurs, éleveurs, forestiers et pêcheurs aux ressources limitées, qui possèdent un accès réduit aux ressources de la terre et du capital, qui utilisent de façon prédominante le travail familial, et dont le chef de famille est directement impliqué dans le processus de production ».

     

    Et dire que jusqu’à maintenant, nous n’avons pas encore rejoint l’univers de la paysannerie, là où le souci n’est pas la mise en marché des produits, mais plutôt là où la priorité est de nourrir les populations locales, de survivre dans un monde en symbiose où l’activité économique est limitée au territoire immédiat.

     

    Une année internationale

     

    2014 est donc l’Année internationale de l’agriculture familiale. Et on voudra alors défendre, par exemple, les producteurs de riz haïtiens, dont la survie est souvent mise à mal par les politiques texanes de dumping, contrer les exodes vers les centres urbains, prêcher contre la mise en place de politiques où, pour reprendre le modèle occidental, les fermes sont vues comme des entreprises qui nécessitent d’énormes investissements financiers et, surtout, empêcher que des multinationales comme Monsanto prennent le contrôle de la fourniture des grains et autres semences.

     

    Au Québec, le débat sera autre : on voudra que les politiques publiques soutiennent ce qui est en place (et alors les ententes internationales seront mises au pas), et surtout, on rappellera que dans l’imaginaire collectif, le Québec est un pays de la « terre ». Comme dit l’anthropologue Serge Bouchard, parlant de la ferme québécoise, « de par sa taille et ses valeurs communautaires, elle s’oppose à la désincarnation de la très grande économie, à l’obligation de performance, au gigantisme des opérations. La ferme familiale est un projet de société en soi. Il s’y joue un ensemble de grands enjeux : l’environnement, le développement durable, la quête identitaire, la diversité culturelle, la qualité de vie, le maintien de la communauté, la sécurité alimentaire, l’occupation du territoire. C’est énorme, et le gouvernement doit le comprendre. »

     

    Qu’on s’en souvienne !













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