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    Paul Desmarais fils

    Trop de gouvernance nuirait aux entreprises

    Permettre aux actionnaires de juger la rémunération des dirigeants est un exemple des abus que dénonce le patron de Power Corp.

    Paul Desmarais fils n’a jamais hésité à montrer du doigt les aspects de la gouvernance que Power n’aime pas. Lors de l’assemblée annuelle de 2002, par exemple, il a estimé que le modèle de réglementation fonctionnait bien, mais qu’il fallait éviter les excès. En 2005, il s’est inquiété de l’effet des nouvelles règles sur l’accès au marché pour les sociétés souhaitant s’inscrire en Bourse.

     

    Devant son auditoire d’actionnaires réunis cette semaine, le fils du fondateur a durci le propos.

     

    « Le pendule est allé trop loin et il faut revenir aux bases de la gouvernance », a laissé tomber M. Desmarais, qui dirige la compagnie avec son frère André. « Je dirais que la gouvernance d’entreprise souffre d’une inflation de règles et de directives qui absorbent le temps et l’énergie des conseils. »

     

    Power, contrôlée par la famille Desmarais, fait valoir depuis longtemps que toutes les entreprises ne sont pas pareilles. (Les dirigeants de Power détiennent des actions à droits de vote multiples, ce qui permet de maintenir le contrôle sur l’entreprise, comme c’est le cas chez Québecor, Couche-Tard et plusieurs autres.)

     

    « Beaucoup disent regretter aujourd’hui que les conseils d’administration soient obligés de consacrer le plus clair de leur temps à gérer des processus et des procédures qui en sont venus à définir une soi-disant “bonne” gouvernance, a ajouté Paul Desmarais fils. Cela ne leur laisse que peu de temps pour traiter des enjeux critiques comme la stratégie à long terme, l’évolution des besoins des clients et le contexte concurrentiel changeant. »

     

    Vint ensuite la déclaration percutante. « Bref, quand cocher des cases devient une priorité, le pendule a clairement oscillé trop loin et une correction s’impose. » Il s’en est pris notamment aux classements et au « lobby de la gouvernance », formé notamment des firmes de consultation.

     

    Power, qui a quand même appliqué plusieurs principes de gouvernance améliorée, notamment en réduisant la taille du conseil, enregistre des bénéfices avec la précision d’une horloge suisse.

     

    En 2013, par exemple, les revenus de 29,6 milliards ont généré un bénéfice net de 977 millions, en hausse de 20 %. La quasi-totalité de cela vient de sa filiale Financière Power, composée de sociétés comme Great-West, Groupe Investors et IGM. (Power contrôle aussi Gesca, propriétaire de plusieurs médias dont La Presse, Le Droit et Le Soleil.)

     

    Votes consultatifs

     

    Un des nouveaux modèles que la famille Desmarais n’apprécie pas prend de l’expansion : les votes consultatifs sur la rémunération des dirigeants. Encore cette année, la proposition du Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MEDAC) a reçu près de 18 %, un pourcentage perçu comme élevé car il vient d’actions en circulation libre.

     

    « La méfiance croissante envers la capacité de surveillance des conseils à la suite de la crise financière a conduit à un empiétement progressif par les actionnaires sur des questions que l’on percevait auparavant comme étant de la responsabilité exclusive du conseil, a dit M. Desmarais. Il n’y a pas de meilleur exemple de cette tendance que l’insistance sur le concept de vote consultatif sur la rémunération des dirigeants. »

     

    Ces votes sont obligatoires au Royaume-Uni depuis 2003 et aux États-Unis depuis 2011. « Ce vote est consultatif, a rappelé à M. Desmarais le représentant du MEDAC, Willie Gagnon. Toutes les grandes banques canadiennes le font. On vous invite à vous inscrire dans le contexte dans lequel vous évoluez, comme à peu près tout le monde dans votre industrie. » (L’organisme actionnarial SHARE a colligé une liste des sociétés qui le font.)

     

    « Les responsabilités respectives du conseil et des actionnaires… c’est un grand débat », dit Yvan Allaire, président de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques, qui est contre l’idée d’obliger la tenue des votes sur la rémunération. « Il y a une tendance à déplacer la gouvernance vers les actionnaires, c’est une dérive dangereuse. Est-ce qu’on s’en va vers une forme de gouvernance par référendums ? »

     

    Le hasard a voulu que les propos de M. Desmarais tombent la même semaine où les actionnaires de Chipotle — qui exploite aux États-Unis 1600 restos de burritos — ont exprimé le plus gros ras-le-bol de la dernière année. Forts de l’appui de fonds institutionnels et syndicaux de la Californie, de la Floride et de la Ville de New York, les actionnaires ont désavoué à 77 % les salaires de la direction.

     

    Chez Chipotle, les deux cochefs ont chacun gagné environ 25 millions l’an dernier, alors que les profits ont atteint 327 millions. Chipotle a dit qu’elle prend le résultat du vote « très au sérieux ».













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