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    Manifeste pour une économie pluraliste

    Il faut renouveler l’enseignement de l’économie

    Un mouvement étudiant lance un appel mondial pour sortir cette discipline de la crise

    5 mai 2014
    De étudiants, chercheurs et praticiens en économie souhaitent que, partout à travers le monde, l’enseignement de l’économie intègre un plus grand pluralisme en matière théorique et méthodologique. L’économiste français Thomas Piketty, ci-dessus lors d’une présentation au King’s College de Londres, en avril dernier, est l’un de ceux qui soutiennent ce manifeste.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Leon Neal De étudiants, chercheurs et praticiens en économie souhaitent que, partout à travers le monde, l’enseignement de l’économie intègre un plus grand pluralisme en matière théorique et méthodologique. L’économiste français Thomas Piketty, ci-dessus lors d’une présentation au King’s College de Londres, en avril dernier, est l’un de ceux qui soutiennent ce manifeste.

    L'économie mondiale n’est pas seule à être en crise. L’enseignement de l’économie l’est également. Les conséquences de cette crise-là vont bien au-delà des murs de l’université. Ce qui est enseigné aujourd’hui façonne la pensée des décideurs de demain et influence ainsi les sociétés dans lesquelles nous vivons. Nous, 22 associations et collectifs étudiants de 18 pays, croyons qu’il est grand temps de renouveler l’enseignement de l’économie.

     

    Nous sommes particulièrement préoccupés par l’étroitesse croissante des cursus. Ce manque de diversité intellectuelle limite non seulement l’enseignement et la recherche, mais aussi notre capacité à penser les enjeux nombreux et divers du XXIe siècle — de l’instabilité financière à la sécurité alimentaire en passant par le réchauffement climatique. Le monde réel doit revenir dans les salles de classe, de même que le débat et le pluralisme des théories et des méthodes. Cela est nécessaire pour renouveler la discipline et permettra de créer l’espace de discussion où pourront émerger les réponses aux défis des sociétés contemporaines.

     

    Unis par-delà les frontières, nous appelons à un changement de cap. Nous ne prétendons pas avoir la solution parfaite, mais nous ne doutons pas que les étudiants en économie profiteront de l’accès à des perspectives et idées diverses. Le pluralisme n’aide pas seulement à dynamiser la discipline, à féconder recherche et enseignement, il porte la promesse d’une discipline économique utile à la société. Trois formes de pluralisme doivent être au centre des cursus d’économie : le pluralisme des théories, des méthodes et des disciplines.

     

    Le pluralisme théorique met l’accent sur la diversification des écoles de pensée enseignées dans les cursus. Il ne s’agit pas de rejeter une tradition établie ni de choisir un camp. Il s’agit d’encourager les débats fertiles et la confrontation critique des idées. Là où les autres disciplines embrassent la diversité et enseignent différentes théories même lorsque celles-ci sont incompatibles entre elles, l’économie est trop souvent présentée comme un corpus de savoirs unifiés.

     

    Bien sûr, la tradition dominante a sa propre diversité. Néanmoins, il ne s’agit que d’une façon de pratiquer l’économie et donc d’analyser le monde. Cela serait inconcevable pour les autres disciplines : personne ne prendrait au sérieux un cursus de psychologie qui n’enseignerait que la tradition freudienne ou un cursus de science politique se focalisant uniquement sur le socialisme. Un cursus d’économie complet devrait favoriser la structuration intellectuelle des étudiants dans une variété de cadres théoriques, des approches néoclassiques largement enseignées aux écoles classique, postkeynésienne, institutionnaliste, écologique, féministe, marxiste et autrichienne — entre autres — toutes largement exclues. L’énorme majorité des étudiants en économie obtiennent leur diplôme sans avoir été exposés à cette diversité intellectuelle.

     

    Aussi, il est essentiel que les cursus incluent des cours obligatoires fournissant une contextualisation et un regard réflexif sur la discipline économique et ses méthodes. Ces cours incluent particulièrement la philosophie et l’épistémologie économique, soit l’analyse de la construction des savoirs. En outre, parce que les théories économiques d’hier et d’aujourd’hui ne peuvent jamais se comprendre indépendamment de leur contexte historique d’élaboration, les étudiants devraient être systématiquement exposés à l’histoire de la pensée, aux textes fondamentaux ainsi qu’à l’histoire des faits économiques. Actuellement, de tels cours sont inexistants, ou relégués aux marges des cursus.

     

    Le pluralisme méthodologique élargit les outils à la disposition de l’économiste. Il est évident que mathématiques et statistiques sont indispensables à la discipline. Néanmoins, les étudiants apprennent trop souvent à maîtriser ces techniques sans apprendre pourquoi et comment ils devraient les utiliser, sans discuter le choix des hypothèses d’un modèle ni l’applicabilité des résultats obtenus. Plus encore, des pans entiers de la réalité économique ne peuvent être appréhendés par l’utilisation exclusive de méthodes quantitatives : une analyse économique approfondie devra aussi s’approprier les méthodes des autres sciences sociales. Par exemple, la compréhension des institutions et des cultures serait largement améliorée si l’analyse qualitative jouissait du même statut que l’analyse quantitative en économie. La majorité des étudiants en économie obtiennent leur diplôme sans avoir été formés aux méthodes qualitatives.

     

    Enfin, l’enseignement de l’économie doit inclure une perspective pluridisciplinaire et permettre aux étudiants de collaborer avec les autres sciences humaines et sociales. L’économie est une science sociale : les phénomènes économiques complexes ne peuvent se concevoir pertinemment s’ils sont présentés dans un vide sociologique, politique et historique. Pour discuter avec acuité des politiques économiques, les étudiants doivent comprendre l’impact social et les implications morales des décisions économiques.

     

    Bien que les modalités du renouvellement de l’enseignement de l’économie soient fonction des réalités locales et nationales, certaines mesures favoriseraient la mise en oeuvre concrète du pluralisme :

     

    L’octroi de postes aux enseignants et chercheurs susceptibles d’apporter une diversité théorique et méthodologique dans les cursus ;

     

    L’élaboration de supports pédagogiques tels que des manuels d’économie pluralistes ;

     

    L’institutionnalisation de la coopération entre unités de formation et de recherche en différentes sciences sociales et la création d’unités interdisciplinaires mêlant l’économie avec ses disciplines soeurs.

     

    Le changement sera difficile, il l’est toujours. En réalité, il est déjà en marche. Partout dans le monde, nous, étudiants, avons commencé à le mettre en oeuvre pas à pas. Nous remplissons des amphithéâtres entiers lors de cours hebdomadaires sur des sujets exclus de nos cursus, nous organisons des séminaires, des ateliers, des conférences ; nous analysons les cursus actuels et proposons des alternatives concrètes ; nous nous administrons à nous-mêmes et à d’autres les cours nouveaux que nous souhaitons voir apparaître dans les curricula officiels. Nous avons créé des groupes dans des universités du monde entier et construit des réseaux nationaux et internationaux, tels que l’Initiative étudiante internationale pour l’économie pluraliste.

     

    Le changement viendra d’origines multiples. Nous appelons les étudiants, les économistes confirmés, les non-économistes, à nous rejoindre pour créer la masse critique nécessaire. Le site de l’Initiative étudiante internationale pour l’économie pluraliste (pluralisme.economieautrement.org) permet de se renseigner et de nous contacter. Le pluralisme en économie est une condition nécessaire d’un débat public honnête et ouvert. Le pluralisme en économie est une question de démocratie.




    Les membres fondateurs de l’Initiative Étudiante Internationale pour l’Économie Pluraliste :

    Sociedad de Economía Crítica Argentina y Uruguay
    Argentina
    Society for Pluralist Economics Vienna
    Autriche
    Nova Ágora
    Brazil
    Mouvement étudiant québécois pour un enseignement pluraliste de l'économie
    Canada
    Det Samfundsøkonomiske Selskab (DSS)
    Denmark
    Post-Crash Economics Society Essex
    England
    Cambridge Society for Economic Pluralism
    England
    Rethinking Economics
    England
    Better Economics UCLU
    England
    Post-Crash Economics Society Manchester
    England
    Pour un Enseignement Pluraliste de l'Economie dans le Supérieur (PEPS-Economie)
    France
    Netzwork for Pluralistic Economics
    Germany
    Economics Student Forum - Haifa
    Israël
    Rethinking Economics Italia
    Italy
    Oeconomicus Economic Club MGIMO
    Russia
    Glasgow University Real World Economics Society
    Scotland
    Movement for Pluralistic Economics
    Slovenia
    Lunds Kritiska Ekonomer
    Sweden
    PEPS-Helvetia
    Switzerland
    Rethinking Economics New York
    United States
    Sociedad de Economía Crítica Argentina y Uruguay
    Uruguay

    Professeurs:
    Geoffrey Harcourt
    Marc Lavoie
    Mario Seccareccia
    Geoffrey M. Hodgson
    Sheila Dow
    Thomas Piketty
    John Komlos
    Thomas Palley
    Paul Davidson
    James Galbraith
    Engelbert Stockhammer
    Victoria Chick
    John Lodewijks
    Colin Richardson
    Siobhan Austen
    Tim Thornton
    Robert Dixon
    Jakob Brøchner Madsen
    Bruce Littleboy
    Alan Duhs
    Frank Stilwell
    Susan Schroeder
    Adam David Morton
    Jeremy Walker
    Bill Lucarelli
    Jakob Kapeller
    Rubens Sawaya
    Louis-Philippe Rochon
    Mogens Ove Madsen
    Poul Thøis Madsen
    Emil Urhammer
    Ole Bjerg
    Finn Olesen
    Laura Horn
    Nils Enrum
    Inge Røpke
    Katarina Juselius
    Klaus Nielsen
    Yannis Dafermos
    Andy Denis
    Stefanos Ioannou
    Julian Wells
    Alan Freeman
    Grazia Ietto-Gillies
    Matt Davies
    Pritam Singh
    Molly Scott Cato
    Miguel Martinez Lucio
    Paul Hudson
    Lizbeth Perez Fuentes Aleman
    Steve Rolf
    Tom Barker
    Tony Lawson
    Mark G. Hayes
    Ha-Joon Chang
    Ozlem Onaran
    Malcolm Sawyer
    Jala Qanas
    Gary Dymski
    Guiseppe Fontana
    David Spencer
    Neil Lancastle
    Rod Cross
    Jo Michell
    Jonathan Bishop
    Robert Guttmann
    Gilles Raveaud
    Dirk Ehnts
    Arne Heise
    Jack Reardon
    Oleg Komlik
    Guglielmo Forges Davanzati
    Francisco Louçã
    Manuel Couret Branco
    Yulia Vymyatnina
    Man-Seop Park
    Rasigan Maharajh
    Jorge Garcia-Arias
    Alfonso Palacio Vera
    Carlos Rodriguez-Fuentes
    Peter Söderbaum
    Ilker Aslan
    Ken Binmore
    Michael Perelman
    Tanweer Ali
    Tae-Hee Jo
    Mark Setterfield
    George Demartino
    Robert Pollin
    MIchael Ash
    Hongkil Kim
    Mathew Forstater
    Korkut Erturk
    Stephen Fazzari


    Étudiants québécois: 
    Dominique Lejeune
    Gabriel Salathé-Beaulieu
    William Samson
    Vincent J. Painchaud
    Étienne Lamy
    Philippe Allaire
    Charles-Éric Landry
    Marie-Pier Bernard
    Émilie Guillot
    Dominique Gagnon
    Hélène Durocher
    Maxence Joseph Fontugne
    Bastien Beauchesne
    Cédric Lehoux
    Lysandre R.-Théberge
    Vincent Baillargeon
    Randy Bonin
    Charles-David Cossette
    Félix Brochu
    Francois Ouellet Castro
    Nicolas Célant
    Louis Bélanger
    Raphaël Langevin
    David Prud'Hommeaux-Jean
    Philippe Blais
    Josué Desbiens
    Marc-Antoine Lafrance
    Justine Demers-Poitras
    Sandrine Bureau
    Jean-Philip Guy
    Ariane Fréchette
    Camille Brochu-Hamel
    Étienne Racine
    Hugo Leblond
    Charlie Drapeau Robitaille
    Stephanie Brochu
    Virginie Allard Goyer
    Jean-Philippe Roy
    Pierre-Alexandre Caron
    Éléna Drouin
    Lukas Alfonsson
    Alexis Bureau-Thibault
    Joel Chevarie-tremblay
    Hugo Couture
    Catherine Gagnon
    Renaud Gignac
    Ingrid Giguère
    Justine Grandmont
    Frédéric Jean-Germain
    Louis-Maxime Joly
    Valentin Juglair
    Pierre-Luc Lacombe Brosseau
    Marc Antoine Lapierre
    Samuel Major
    Julien Mc Donald-Guimond
    Geneviève Morency
    Hugo Morin
    Oualid Moussouni
    Manuel Paquette-Dupuis
    Viviane Renard
    Martin St-Denis
    Valérie Tamine
    Marc-André Tourangeau
    Louis-Philippe Véronneau
    Mahamadi Iria
    Claudia Fontaine
    Billal Tabaichount
    Nicolas Synnott
    Mathieu Parizeau-Hamel













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