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    États-Unis

    La classe moyenne perd du terrain

    La répartition inégale de la richesse s’accentuant, l’Américain moyen, longtemps le plus riche au monde, a été rattrapé par le Canadien moyen

    Plusieurs pays développés, dont le Canada, n’ont pas connu le même coup de frein après 2000 et en ont profité pour rattraper une partie de leur retard, à ce chapitre, sur les Américains.
    Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Plusieurs pays développés, dont le Canada, n’ont pas connu le même coup de frein après 2000 et en ont profité pour rattraper une partie de leur retard, à ce chapitre, sur les Américains.

    La classe moyenne américaine n’est plus la plus riche du monde, conclut une étude.

     

    Tout indique, à ce chapitre, que les États-Unis se sont, au moins, fait damner le pion par le Canada, et qu’ils pourraient bientôt être rattrapés par d’autres pays, a rapporté lundi le New York Times sur la base de données inédite produite conjointement avec le centre de recherche Luxembourg Income Study Database (LIS) et vérifiée par des experts indépendants. Le géant américain continue pourtant de trôner en matière de revenu par habitant, le problème se situant dans le partage réel de cette richesse nationale.

     

    Selon les plus récentes statistiques comparables sur le sujet, le revenu médian (c’est-à-dire se trouvant exactement au milieu entre la moitié de la population la plus riche et la moitié de la plus pauvre) après impôt aux États-Unis s’élevait à 18 700 $ par personne en 2010. Cette somme marquait une augmentation de 20 % par rapport à 1980, une fois prise en compte l’inflation, mais une hausse de seulement 0,3 % depuis 2000.

     

    Plusieurs pays développés, dont le Canada, n’ont pas connu le même coup de frein après 2000 et en ont profité pour rattraper une partie de leur retard, à ce chapitre, sur les Américains. Le revenu médian par habitant a, par exemple, augmenté de presque 20 % au Canada et en Grande-Bretagne, d’un peu plus de 16 % en Irlande, de presque 14 % aux Pays-Bas et même de 4,1 % en Espagne entre 2000 et 2010, tant et si bien qu’à cette dernière date, la Norvège et les Pays-Bas n’accusaient plus qu’un retard d’environ 1500 $ par habitant sur les États-Unis, mais surtout que le Canada était arrivé exactement au coude-à-coude.

     

    Depuis, notent les chercheurs cités par le New York Times, tout porte à croire que la tendance est restée favorable au Canada ce qui signifierait que les États-Unis ont bel et bien perdu l’un des titres dont ils étaient le plus fiers. « Cette idée que l’Américain moyen gagne plus que les membres de la classe moyenne de n’importe quel autre pays au monde n’est plus vraie aujourd’hui »,y dit l’économiste de l’Université Harvard, Lawrence Katz. « Dans les années 60, nous étions massivement plus riches que n’importe qui d’autre. Dans les années 80, nous étions plus riches. Dans les années 90, nous étions toujours plus riches. » Mais ce n’est plus le cas.

     

    La situation n’est pas plus brillante pour la moitié de la population gagnant moins que le revenu médian, au contraire. Souvent déjà en retard par rapport aux autres pays au début de la période étudiée, la plus grande économie du monde se retrouve de plus en plus proche du dernier rang à mesure qu’on se rapproche des dernières tranches de revenu. En fait, elle ne conserve — et même creuse — son avance sur les autres qu’à l’autre extrémité du spectre des revenus, les 5 % d’Américains gagnant le plus d’argent disposant d’un revenu par personne après impôt de 58 600 $, soit 20 % de plus que leurs homologues canadiens, 26 % de plus qu’au Royaume-Uni et 50 % de plus qu’aux Pays-Bas.

     

    Ces tendances inquiétantes aux États-Unis sont principalement attribuables à trois grands facteurs, disent les experts. Le premier est que les États-Unis perdent petit à petit leur avantage en matière de qualité de l’éducation et taux de diplomation. Pas seulement parce que les autres pays font mieux à ce chapitre, mais aussi parce les Américains font pire qu’avant.

     

    Les entreprises américaines tendraient aussi à redonner moins de profit à leurs employés, en raison, notamment, de normes du travail et de syndicats plus faibles.

     

    Les gouvernements y feraient également un bien moins bon travail de redistribution de la richesse. Les inégalités de revenu avant impôts et transferts « sont élevées, mais pas tellement différentes qu’ailleurs »,observe la directrice du LIS, Janet Gornick. « Toutefois, les riches Américains ne payent pas autant d’impôt que les riches des autres pays, et les États-Unis ne redistribuent pas autant les revenus qu’ailleurs. Pas étonnant que les inégalités de revenu disponible soient tellement plus fortes. »

     

    Et le Québec

     

    « Je ne suis pas particulièrement étonné,a dit en entretien téléphonique au Devoir Nicolas Zorn, responsable du Rendez-vous sur les inégalités sociales de l’Institut du Nouveau Monde (INM). Cela correspond largement à la tendance qu’on connaissait déjà. Cela montre toutefois pourquoi de plus en plus de membres de l’establishment américain se préoccupent maintenant des questions de la stagnation des revenus de la classe moyenne et de la montée des inégalités. »

     

    Si l’on se fie à ce que l’on sait sur le revenu médian par habitant après impôt au Québec, ce dernier se situerait légèrement en deçà de la moyenne canadienne dans les chiffres utilisés par l’étude du New York Times,observe le chercheur de l’INM. « On serait loin de mal paraître. Surtout si l’on tient compte du coût de la vie qui est plus faible ici et du temps de loisir plus grand, et quand on sait, par ailleurs, à quel point nos politiques fiscales favorisent les familles avec enfants et les plus pauvres. »

     

    Cela n’empêche pas les revenus après impôts de croître plus vite ici aussi pour le 1 % des plus riches (+88 % de 1982 à 2011) que pour tous les autres (+14 %). Quant à l’important rattrapage économique qu’a connu le Québec depuis une quarantaine d’années, il a largement été attribuable à des phénomènes qui ne pourront plus avoir la même ampleur, telle que la démocratisation de l’éducation supérieure et l’augmentation massive de la participation des femmes au marché du travail.













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