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    Les finances publiques ont un urgent besoin de soins intensifs

    Le Québec peut difficilement maintenir le même niveau de services avec les ressources actuelles, préviennent des économistes

    Le Québec pourrait améliorer sensiblement l’état de ses finances publiques en augmentant un tant soit peu la productivité dans les services qu’il offre, notamment dans le secteur de la santé.
    Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Le Québec pourrait améliorer sensiblement l’état de ses finances publiques en augmentant un tant soit peu la productivité dans les services qu’il offre, notamment dans le secteur de la santé.
    Pour consulter le document La soutenabilité budgétaire des finances publiques du gouvernement du Québec (pdf)

    L’impact du vieillissement de la population au Québec rend bien vaines les promesses du gouvernement de retour à l’équilibre budgétaire d’ici deux ans et « assez improbable » la perspective d’offrir les mêmes services publics sans hausse d’impôt aux prochaines générations, concluent des économistes.

     

    Même en acceptant l’hypothèse que le déficit zéro soit atteint en 2015, ce déficit annuel sera revenu au même point où il se trouve aujourd’hui (soit à 3,7 milliards ou l’équivalent à 0,8 % du produit intérieur brut) au plus tard en 2020, puis aura doublé en 2025 (à 8,3 milliards ou 1,5 % du PIB), avant de presque doubler encore (à 17,1 milliards ou 2,7 % du PIB) cinq ans plus tard en 2030, projette une étude de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université Sherbrooke dévoilée mercredi. Déjà comparable à ce qui ne se produit normalement que lors de crises économiques, ce déficit budgétaire aurait encore grossi (à 1233 milliards ou 5,1 % du PIB) en 2050 s’il n’était pas certain que les pouvoirs publics seraient forcés de réagir, d’une manière ou d’une autre, bien avant cela, y disent les économistes Luc Godbout, Suzie St-Cerny, Mathieu Arseneau, Ngoc Ha Dao et Pierre Fortin.

     

    Leur étude de 66 pages se pose la question de « la soutenabilité budgétaire des finances publiques du gouvernement du Québec » et de l’équité intergénérationnelle dans une société où les tendances démographiques annoncent, d’ici 25 ans, une forte augmentation (+ 87 %) du nombre de personnes âgées de 65 ans et plus en même temps qu’un recul de 4 % de la population en âge de travailler (15 à 64 ans), pour un ratio, des uns par rapport aux autres, qui passera de 1 pour 9,4, en 1971, à 1 pour 4,1, actuellement, et à 1 pour 2,1, en 2050.

     

    Leur scénario de référence présume, entre autres, que le niveau d’immigration nette restera stable (+ 30 000 personnes par an), que la productivité de l’économie québécoise passera d’une croissance historique de 1 % par année à 1,25 %, que le poids de la fiscalité dans l’économie restera le même, que les dépenses en santé croîtront un peu moins vite que les dernières années (1,7 % de croissance réelle par habitant hors inflation par année plutôt que 1,9 %), que les coûts de l’éducation et des autres services augmenteront au même rythme ou moins vite que les recettes et que le gouvernement respectera la loi prévoyant le retour de la dette sous la barre des 45 % du PIB d’ici 2025.

     

    On a tenu compte aussi d’autres phénomènes, comme l’augmentation du taux d’emploi des travailleurs plus âgés, l’amélioration de la santé des aînés et l’impact budgétaire net des régimes de retraite fiscalisés (comme les REER). Si les déductions fiscales accordées aux cotisations dépassent encore aujourd’hui de 400 millions par an les impôts perçus auprès des retraités qui en encaissent, ce report dans le temps de charges fiscales devrait bientôt valoir au gouvernement des recettes nettes positives qui s’élèveront à 3,6 milliards en 2050.

     

    Pessimiste, optimiste

     

    Il suffirait de peu de choses pour que le portrait soit beaucoup plus sombre, observent les auteurs de l’étude. S’il fallait, entre autres, que la croissance de la productivité et des dépenses en santé reste la même et que le poids de la dette et les taux d’emploi par tranche d’âge ne bougent pas, le déficit annuel du gouvernement ne serait plus équivalent à 2,7 % du PIB en 2030, mais de 5,7 %, et même de 11,3 % à l’horizon de 2050, rapporte l’étude dans un scénario alternatif qualifié de pessimiste.

     

    À l’inverse, note l’étude dans un autre scénario alternatif, optimiste celui-là, on peut espérer que la croissance annuelle de la productivité bondisse de 1 % à 1,5 % que celle des dépenses en santé passe de 1,9 % à 1,5 % en même temps que le poids de la dette fonde de moitié, à 25 % du PIB. Dans ce cas, le gouvernement ferait quand même un déficit chaque année, mais plus modeste, soit l’équivalent d’environ 0,3 % du PIB en 2020, et de 0,9 %, en 2030, tout juste un peu plus que celui qu’il a aujourd’hui.

     

    En résumé, « il est assez improbable que le gouvernement parvienne à annuler complètement l’effet financier de la transition démographique attendue », a observé mercredi Luc Godbout, en conférence au campus de Longueuil de l’Université de Sherbrooke. Le simple maintien du rythme de croissance économique des dernières années constituerait, selon lui, un « exploit colossal ».

     

    Les nombreux économistes venus assister à la présentation de l’étude se sont montrés assez d’accord avec lui. « Le Québec vit dans une bulle qui va bientôt éclater », a observé l’un d’eux.

     

    Ne plus attendre

     

    Plusieurs voix ont souligné que le portrait dressé par l’étude aurait été bien plus sombre encore, mais plus fidèle à la réalité, si ses auteurs avaient porté à la dette les déficits annuels projetés plutôt que de faire comme s’ils étaient épongés chaque année par quelques généreux milliardaires. Ce procédé, a expliqué Luc Godbout, se voulait une façon de mettre en lumière l’ampleur des défis budgétaires en cause et d’éviter « de faire peur à tout le monde avec des déficits cumulés qui auraient rapidement pris toute la place ».

     

    Le calcul a malgré tout été fait dans l’étude. On y trouve que, dans le scénario de référence, la dette totale projetée serait passée de 210 milliards en 2015 à 429 milliards en 2030, et à 2 2000 milliards en 2050, c’est-à-dire de 53 % à 178 % du PIB d’ici à 2050.

     

    Ces chiffres, qui donnent le tournis, ne servent qu’à mesure l’ampleur du défi à venir, répètent les auteurs de l’étude. Il est à craindre que les gouvernements s’y adaptent en sabrant tous les services qui ne sont pas jugés absolument essentiels ou en augmentant « de manière démesurée le fardeau fiscal des générations futures ».

     

    Et pourtant, plaident-ils, il suffirait, par exemple, que le gouvernement trouve des façons d’offrir les mêmes biens et services à moindre coût et réduise ainsi leur croissance annuelle d’un demi-point de pourcentage pour faire passer le déficit projeté de 2,7 % du PIB, à 1,2 %.













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