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    Lyndon B. Johnson, il y a 50 ans

    «Ce gouvernement déclare une guerre inconditionnelle à la pauvreté en Amérique»

    Les États-Unis ont mené et gagné des batailles, certes, mais il reste tant à faire

    Un sans-abri sur un banc de parc à New York, ville où la richesse côtoie l'extrême pauvreté.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Spencer Platt Un sans-abri sur un banc de parc à New York, ville où la richesse côtoie l'extrême pauvreté.
    Il y a 50 ans, le président américain, Lyndon B. Johnson, déclarait une « guerre contre la pauvreté » qui a permis de remporter quelques victoires, mais qui est encore loin d’avoir été gagnée. Graduellement négligé, le problème des inégalités de revenu a repris une telle ampleur aux États-Unis qu’il semble en voie de s’y réimposer dans le débat politique.

    Le premier discours sur l’état de l’Union de Johnson à titre de successeur du président assassiné John F. Kennedy avait marqué les esprits. « Ce gouvernement déclare une guerre inconditionnelle à la pauvreté en Amérique », avait-il déclaré le 8 janvier 1964. « Nous ne devrions pas nous reposer tant que cette guerre ne sera pas gagnée. »

    Le taux de pauvreté a effectivement baissé en 50 ans, passant de 26 % en 1964 à 16 % aujourd’hui, grâce, en particulier, aux divers programmes d’aide alimentaire et de crédits d’impôt du gouvernement, constate le Center on Budget and Policy Priorities. « Certaines batailles ont été gagnées », comme la malnutrition extrême, ou ont fait l’objet de « victoires partielles », comme l’assurance-maladie des plus démunis (Medicaid) ou des personnes âgées (Medicare), observe James P. Ziliak, le directeur du Centre de recherche sur la pauvreté de l’Université du Kentucky.

    Le problème est toutefois encore loin d’avoir été éradiqué. Si la pauvreté touche beaucoup moins les personnes âgées qu’auparavant, elle continuait en 2012 de frapper quelque 47 millions d’Américains, dont 13 millions d’enfants. La refonte de certains programmes d’aide en 1996 a entraîné une progression de « l’extrême pauvreté », notamment dans les familles monoparentales, selon une récente étude de l’Université du Michigan. À New York, qui est la ville qui compte le plus de milliardaires au monde, plus de 20 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté et plus d’un enfant sur cinq vit dans une famille qui n’a pas assez à manger, relevait cet automne la Coalisation contre la faim.

    « Bien que distincte, la question des inégalités de revenu est liée à celle de la pauvreté parce que les pays les moins inégalitaires sont aussi les pays où il y a le moins de pauvreté. Ça vient ensemble », a expliqué mardi au Devoir le professeur de sciences politiques de l’Université de Montréal et président du Centre d’étude sur la pauvreté et l’exclusion (CEPE), Alain Noël. Dernier de classe des pays développés en cette matière, les États-Unis en sont d’ailleurs un bon exemple.

    Nouvel enjeu politique

    Dénoncé de plus en plus souvent sur la place publique, notamment dans le cadre du mouvement Occupy Wall Street, le fossé grandissant entre riches et pauvres semble en voie de se réimposer comme un enjeu central du débat politique américain.

    « Les 10 % des plus riches n’obtiennent plus seulement un tiers de nos revenus. Ils en obtiennent la moitié », a déploré au début du mois dernier Barack Obama. On s’attend à ce que le président américain, qui a qualifié cette tendance de « dangereuse », aborde prochainement la question lors de son prochain discours sur l’état de l’Union. Son administration en appelle, entre autres, à une autre prolongation des prestations d’assurance-chômage pour les chômeurs de longue durée et le relèvement de la loi fédérale sur le salaire minimum.

    L’opposition républicaine ne voudrait pas être en reste, rapportait mardi le Financial Times. Accusés depuis longtemps d’être complètement insensibles à ce problème, certains de ses ténors voudraient aujourd’hui tirer profit du mécontentement populaire en accusant le président Obama d’avoir regardé les écarts se creuser sans rien faire depuis son élection.

    Notre propre guerre

    Les États-Unis n’ont pas été les seuls à se lancer en guerre contre la pauvreté au cours des années 60, rappelle Alain Noël. C’est aussi à cette époque que le Canada et le Québec ont mis en place toutes sortes de nouvelles politiques sociales qui, sans être explicitement placées sous le couvert d’une grande stratégie d’éradication de la pauvreté, visaient sensiblement les mêmes objectifs et ont aussi obtenu de bons résultats.

    En 1989, la Chambre des communes a adopté à Ottawa une résolution unanime sur l’éradication de la pauvreté infantile pour 2000. En 2002, c’était au tour de l’Assemblée nationale d’adopter à l’unanimité une loi contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

    « Les deux démarches étaient très différentes, note l’expert. L’une n’était qu’une vague résolution, alors que l’autre était une loi issue d’un mouvement citoyen et pourvue de mécanismes d’encadrement et de suivi. »

    Parti de plus loin que les autres provinces, le Québec a d’ailleurs un peu mieux fait que le reste du Canada avec un taux de faible revenu de 9,4 % en 2010, contre une moyenne canadienne de 9,9 %. Attribuable entre autres aux programmes d’allocation aux familles et aux garderies à 7 $, ce progrès a été réalisé en dépit d’un contexte généralement défavorable où les revenus de marché sont de plus en plus inégalitaires et que la mode est à la réduction des programmes sociaux au nom de l’équilibre budgétaire et par peur d’encourager, chez les prestataires, une culture d’assistés.

    « Il n’y a évidemment pas de recette miracle. L’une des conditions de succès est toutefois de ne pas voir ces politiques comme des dépenses, mais comme des investissements sociaux en santé, en éducation, en intégration à l’emploi, au même titre qu’on investit dans les infrastructures physiques ou dans le privé. » Une autre condition incontournable, dit-il, est une meilleure redistribution de la richesse grâce à l’impôt. « Ce genre de politiques profite à tout le monde, non seulement en terme de revenus, mais parce que nous portons tous, d’une façon ou d’une autre, le fardeau économique et social de la pauvreté et des inégalités. »


    Avec l’Agence France-Presse
    Un sans-abri sur un banc de parc à New York, ville où la richesse côtoie l'extrême pauvreté. Lyndon B. Johnson












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