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    Oléoduc 9B - Pas question de se mettre la tête dans le sable

    Les villes demandent à Québec d’obliger Enbridge à faire preuve de plus de transparence

    Les installations de Suncor à Fort McMurray, en Alberta. La raffinerie montréalaise Suncor pourrait éventuellement traiter du pétrole synthétique issu des sables bitumineux.
    Photo: La Presse canadienne (photo) Jeff McIntosh Les installations de Suncor à Fort McMurray, en Alberta. La raffinerie montréalaise Suncor pourrait éventuellement traiter du pétrole synthétique issu des sables bitumineux.

    Marquées au fer rouge par la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic, les municipalités traversées par l’oléoduc 9B appellent le gouvernement du Québec à pallier les carences de la réglementation fédérale du transport de matière dangereuse notamment en contraignant Enbridge à améliorer ses pratiques en matière de transparence.

     

    L’Union des municipalités du Québec (UMQ) ne dispose toujours pas du portrait complet des risques liés à l’augmentation de la capacité de transport et à l’inversion du flux de la canalisation demandées par la compagnie albertaine, et ce, à quelques mois d’un probable feu vert de l’Office national de l’énergie (ONE), a déploré la mairesse de Sainte-Julie, Suzanne Roy.« L’histoire récente démontre qu’en matière d’accidents, de fuites, de déversements, Enbridge affiche une feuille de route plutôt longue », a-t-elle souligné vendredi devant la commission parlementaire chargée d’étudier l’« acceptabilité pour le Québec » du projet d’Enbridge.

     

    L’UMQ presse le gouvernement du Québec de fixer des « mécanismes automatiques » favorisant la transmission instantanée de nouvelles informations entre Enbridge et les municipalités à l’égard de l’intégrité du pipeline parcourant tout près de 640 km, dont environ 110 km à l’intérieur des frontières québécoises« Il faut que chacune des municipalités fasse la démarche, aille faire des recherches sur Internet pour aller trouver, à l’intérieur du site de l’Office, quand est-ce qu’il y a eu une inspection, s’il y a eu des problèmes à cette inspection-là. Donc, ça n’a pas de bon sens », a lancé Mme Roy, qui est également trésorière de l’UMQ. D’ailleurs, les petites municipalités ne disposent pas de ressources humaines suffisantes pour « tous les matins aller vérifier si, au niveau du pipeline, il y a eu effectivement une déficience ».

     

    En plus de ne pas avoir l’heure juste sur l’état du segment de la canalisation traversant de bout en bout leur territoire, les élus municipaux « n’ont pas non plus été consultées avant que les plans d’intervention [en cas d’urgence] leur soient transmis », a déploré la porte-parole de l’UMQ. L’UMQ craint qu’un bris majeur de la ligne 9B entraîne un déversement important de pétrole dans la rivière des Outaouais qui « mettrait en péril » les sources d’approvisionnement en eau potable de deux millions de Québécois. À cet égard, les élus des régions des Laurentides, de Lanaudière, de Laval et de l’île de Montréal « attendent toujours à ce jour un plan d’intervention d’urgence détaillé en cas de déversement », a spécifié Mme Roy.

     

    Selon elle, Enbridge, « le générateur de risques », doit « offrir les garanties nécessaires à la remise en état des sites » souillés par un déversement. La catastrophe de Lac-Mégantic pousse l’UMQ à croire que le gouvernement fédéral n’a « sans doute pas été suffisamment exigeant à cet égard ».

     

    Le projet d’Enbridge de faire couler chaque jour 300 000 barils de pétrole de l’Ouest à Montréal consoliderait les activités des deux dernières raffineries québécoises, Suncor à Montréal et Valero à Lévis, considérées comme des maillons essentiels à l’industrie pétrochimique, a rappelé le maire de Montréal-Est, Robert Coutu. N’empêche, l’entreprise sous autorité fédérale est tenue de respecter les règlements municipaux, y compris sur la qualité de l’air, la qualité de l’eau et sur les rejets industriels, a-t-il insisté. « Les membres de l’Union se questionnent sur le respect de ces différents cadres réglementaires par les entreprises de juridiction fédérale, en général, et celles qui sont propriétaires de l’oléoduc, en particulier », a déclaré M. Coutu.


    Sans limites

     

    Pour sa part, le vice-président de Suncor Énergie, Jean Côté, a été appelé vendredi à nuancer les propos tenus par le représentant de Suncor lors des audiences publiques de l’ONE, selon lesquels la viabilité de la raffinerie de Montréal dépendait en partie de l’absence de limite au volume de pétrole lourd transporté dans la canalisation 9B.

     

    La raffinerie située à Montréal-Est traite à l’heure actuelle quelque 137 000 barils de pétrole par jour, soit 15 % de pétrole lourd et 85 % de pétrole léger. « Avec un renversement éventuel de la ligne 9, qu’est-ce qu’on recherche, c’est d’avoir le même type de pétrole », a fait savoir M. Côté, expliquant avoir dans la mire des pétroles en Alberta, en Saskatchewan et aux États-Unis.

     

    Un raffinage d’un plus grand volume de pétrole lourd nécessiterait des travaux de mise à niveau, dont les coûts avoisinent le milliard de dollars. « Pour l’instant, on n’en est pas là », a indiqué M. Côté, ajoutant toutefois un peu plus tard: « Si jamais, dans le futur, on voulait investir dans la raffinerie […], on pourrait peut-être à ce moment-là avoir un intérêt pour transformer ce pétrole-là. »

     

    Malgré cela, la porte de la raffinerie Suncor est toute grande ouverte au pétrole issu des sables bitumineux ayant « subi une première valorisation à Fort McMurray, dans l’Ouest ». « Celui qu’on pourrait recevoir des sables bitumineux, c’est un pétrole qu’on appelle “ synthétique ”. »













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