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    L'administration publique, facteur de réussite des nations

    ...plus encore que l'économie de marché et la démocratie, concluent certaines études

    23 novembre 2013 |Bo Rothstein - Professeur et directeur de l’Institut sur la qualité du gouvernement à l’Université de Göteborg | Actualités économiques
    M. Rothstein prononcera une conférence au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM) le 25 novembre prochain.
    Les classements de pays sont en vogue. Outre les indicateurs traditionnels mesurant la prospérité économique d’un pays ou la santé d’une population, on produit maintenant des classements relatifs à l’innovation, au niveau d’éducation, au degré de corruption, au bien-être, à l’égalité, à la tolérance, à la compétitivité économique, à l’égalité des sexes, ou encore aux politiques environnementales. Il est bien sûr possible d’étudier chacun de ces classements en détail, mais en réunissant ces données au sein d’un même tableau, il apparaît clairement que certains pays sont plus à même de procurer bien-être, prospérité et bonheur à leurs populations. Le Canada et les pays nordiques appartiennent incontestablement à cette catégorie.

    Pourquoi certains pays sont-ils plus prospères que d’autres ? La présence d’une économie de marché n’est pas une réponse suffisante, car nombre d’entre elles n’ont pas réussi à procurer aux individus un niveau de bien-être satisfaisant. Même quand l’État décide de libéraliser le marché, de nombreux agents économiques font tout leur possible pour saper la libre concurrence en abusant de leur influence politique. Tel est l’enseignement de la crise financière de 2009: les capitalistes ont paradoxalement tendance à détruire les économies florissantes.

    D’autres avancent que c’est la démocratie qui est à l’origine de la richesse et du bien-être. Le problème, c’est que le meilleur indicateur mesurant le degré de démocratie dans un pays donné n’est que faiblement corrélé avec les variables définissant le bien-être. Ceci peut surprendre dans la mesure où il est généralement accepté, précisément en matière de politique d’aide au développement, que la démocratie améliore nécessairement le bien-être des populations. Mais les faits démontrent une tout autre réalité : le degré de démocratie n’a que peu d’effets sur la prospérité économique, l’espérance de vie, la mortalité infantile et maternelle, l’accès à l’eau potable, ou encore le bonheur des individus. Si l’on choisit de faire la promotion de la démocratie, c’est pour ses valeurs intrinsèques et non pour ses prétendus effets bénéfiques sur le bien-être.

    Si ni la libéralisation des marchés ni la démocratie ne créent le bonheur d’une société, comment expliquer que certaines sociétés soient plus prospères que d’autres ? Les recherches menées depuis plus de dix ans au sein du Quality of Government Institute de l’Université de Göteborg en Suède apportent une réponse inattendue à cette question. En effet, nous montrons que la qualité de l’administration publique constitue le facteur décisif contribuant au bonheur des individus.

    Le terme « qualité » ne renvoie pas seulement à l’État de droit, mais doit être compris selon une acception plus profonde et plus large. En effet, il fait référence aux principes fondamentaux tels que les principes d’impartialité, de justice, de non-discrimination et d’intégrité. Ceux-ci constituent le socle de toute politique publique, à commencer par les services publics. Du point de vue de la bonne gouvernance, le défi principal est de réduire le risque de corruption ainsi que d’éviter les nominations politiques au sein de la fonction publique.

    Empiriquement, la qualité de l’administration publique est fortement corrélée avec le bien-être. Il est particulièrement intéressant de constater qu’une bonne gouvernance est une condition essentielle de la cohésion sociale, au « capital social » de confiance mutuelle entre les citoyens et leurs institutions qui engendre à son tour des effets vertueux.

    Malheureusement, de nombreux dirigeants et observateurs politiques, y compris dans les États les plus prospères, ne sont pas conscients de ce qui constitue l’atout majeur de leur pays. Comme le montrent les événements récents au Québec, celui-ci demeure fragile. En l’absence d’une perspective historique et comparée, il est difficile de prendre conscience que l’impartialité et l’intégrité demeurent l’exception et non la règle. Avant de constituer la pierre angulaire d’un État de droit, ces normes ont pris du temps à se mettre en place ; dès lors qu’elles sont mises à rude épreuve, leurs fondements s’affaissent rapidement et il devient très difficile de les ressusciter.












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