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    Le Canada souffre du mal hollandais

    Les sables bitumineux profitent à l’Alberta mais nuisent à l’économie des provinces de l’Est, selon une étude de l’Institut Pembina et d’Équiterre

    Le Canada est régulièrement la cible de manifestants en raison de l’exploitation de ce qu’ils considèrent comme du «pétrole sale». Comme ici, devant l’ambassade canadienne à Londres.
    Photo : Agence France-Presse (photo) Carl Court Le Canada est régulièrement la cible de manifestants en raison de l’exploitation de ce qu’ils considèrent comme du «pétrole sale». Comme ici, devant l’ambassade canadienne à Londres.

    Une nouvelle étude sur les sables bitumineux suggère non seulement que cette industrie est en voie de s’essouffler, mais qu’elle a aussi contribué à la détérioration de l’économie des provinces de l’est du pays.

     

    Intitulé Risques bitumineux, le document de l’Institut Pembina, réalisé en collaboration avec Équiterre, estime qu’il est temps que le gouvernement fédéral comprenne que les bénéfices marginaux des sables bitumineux risquent de diminuer au fil du temps.

     

    L’étude dévoilée mercredi reconnaît que l’exploitation des sables bitumineux représente des avantages économiques, mais qu’ils pourraient devenir nuisibles si leur développement continu devait se poursuivre de façon exagérée. « Plutôt que d’être une meneuse de claque comme il l’est présentement pour le développement sans limites des sables bitumineux, le gouvernement fédéral devrait regarder cela de plus près », estime le directeur principal d’Équiterre, Steven Guilbault.

     

    Les auteurs formulent ainsi une série de recommandations à Ottawa, dont celle d’entamer une étude fédérale sur le maintien de la compétitivité de cette industrie en dépit d’un dollar canadien fort et instable.

     

    Citant le Canadian Energy Research Institute, le document souligne que c’est sans surprise l’Alberta qui profite de la majorité des retombées économiques de cette industrie. Cette province accaparerait ainsi 94 % du PIB en plus de conserver 86 % des emplois associés aux investissements et à l’exploitation dans ce domaine.

     

    M. Guilbault estime également que depuis le début des années 2000, les sables bitumineux ont contribué à l’appréciation du dollar canadien dans une proportion de 40 %. Il estime que cette situation a achevé le secteur manufacturier de l’est du pays, qui était déjà vulnérable, ce qui a entraîné d’importantes pertes d’emplois.

     

    « Les conditions requises d’un mal hollandais sont réunies au Canada », souligne le professeur au Département d’économie de l’Université d’Ottawa Serge Coulombe, qui signe l’avant-propos de l’étude. « L’étude montre bien que la manne pétrolière ne bénéficie pas à l’ensemble des Canadiens, ajoute-t-il. D’autres secteurs sont évincés. »

     

    Mal hollandais

     

    Le rapport rappelle que le dollar canadien s’est apprécié considérablement par rapport au billet vert, passant de 61 ¢US en 2001 à un sommet de 1,10 $ US en 2007.

     

    Risques bitumineux cite une étude du Mowat Centre pour expliquer comment le secteur manufacturier canadien a été affecté. « Les auteurs de ce rapport constatent que l’investissement dans le secteur manufacturier a radicalement diminué en Ontario depuis le début de l’appréciation du dollar en 2003 », peut-on lire.

     

    Le document de l’Institut Pembina souligne également que la volatilité des prix du brut peut placer certaines provinces du Canada dans une situation précaire. Ses auteurs rappellent qu’au début de l’année 2013, l’Alberta a annoncé qu’elle toucherait 6,2 milliards de moins que les revenus anticipés en provenance de l’industrie des sables bitumineux, ce qui a forcé la province à adopter un budget austère.

     

    « Les sables bitumineux, c’est une industrie de ‘‘boom’’, martèle M. Guilbault. Ça monte très rapidement. Toutefois, on ne peut pas toujours conserver le niveau maximum. Ça va toujours finir par redescendre. »

     

    La mise sur pied d’un fonds d’épargne fédéral figure également parmi les recommandations du rapport de l’Institut Pembina. « S’ils sont bien ciblés, les investissements en capital des recettes provenant de l’exploitation des ressources peuvent également soutenir les secteurs de l’industrie qui se voient désavantagés par un ‘‘boom’’ des ressources », écrivent les auteurs du document.

     

    Un fonds d’épargne pour les ressources naturelles existe déjà en Alberta. Créé en 1976, il n’a cependant amassé que 16,6 milliards, selon l’Institut Pembina. Ce montant est bien inférieur à un fonds semblable mis sur pied en Alaska la même année dont la valeur est actuellement estimée à 46,7 milliards $US.

     

    Enbridge

     

    Le document estime qu’Ottawa et le gouvernement albertain devraient s’inspirer d’administrations qui dépendent des revenus issus des ressources non renouvelables en s’efforçant d’augmenter le capital de son fonds d’épargne plutôt que d’utiliser cette richesse pour maintenir de bas taux d’imposition.

     

    D’après M. Guilbault, le rapport devrait éclairer les partisans du projet de l’oléoduc de la ligne 9B d’Enbridge, qui doit acheminer du pétrole albertain au Québec, ainsi que l’oléoduc Énergie Est, de TransCanada. « Ce que l’on souhaite, c’est que les élus du Québec en faveur de ces projets vont lire le rapport sur la base de ses mérites », souligne le directeur principal d’Équiterre.

     

    « J’espère que les représentants de l’élite économique québécoise des associations patronales et des chambres de commerce vont lire le rapport et peut-être se poser des questions sur leur soutien sans réserve à ces projets », ajoute M. Guilbault.

     
     
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