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    UPA DI - Compter sur les productions de proximité

    22 mai 2013 |Claude Lafleur | Actualités économiques

    « Notre conviction profonde, c’est que, si on veut assurer la sécurité alimentaire dans le monde, il faut compter sur l’agriculture locale. Malheureusement, le système économique dans lequel nous évoluons est centré sur le commerce international et non sur les circuits locaux. » Voilà le constat que dresse André Beaudoin, secrétaire général d’UPA DI, l’organe voué au développement international de l’Union des producteurs agricoles du Québec.


    André Beaudoin est formel : il est vraiment plus facile d’acheminer une tonne de blé du Québec jusqu’à Bamako, au Mali, qu’à partir de Diré, une ville pourtant située à seulement 600 km de cette dernière. La raison est simple : les routes commerciales sont souvent internationales et non locales. « Partout, on a des infrastructures qui permettent le commerce entre les grandes villes du monde,dit-il, mais dans les pays en développement, il y en a souvent peu qui permettent d’acheminer des aliments à l’intérieur même du pays. »


    UPA Développement international ne se consacre pourtant pas à la confection d’infrastructures, mais tente plutôt d’organiser la mise en marché des produits agricoles de manière à ce que les petits producteurs locaux aient accès à leur marché. « Essentiellement, nous cherchons à renforcer la capacité des organisations paysannes avec lesquelles nous travaillons pour qu’elles positionnent leurs produits sur le territoire qu’elles occupent », indique M. Beaudoin.

     

    Réussite au Burkina Faso


    Par exemple, il y a vingt ans au Burkina Faso, UPA DI a soutenu la naissance d’une organisation de petits paysans qui n’avait aucune notion de mise en marché ni de commerce : « Or, aujourd’hui, cette organisation commercialise bon an mal an de deux à trois mille tonnes de céréales. »


    De surcroît, la qualité de cette production correspond aux normes internationales, de sorte que ces paysans peuvent répondre aux appels de la Croix-Rouge internationale, du Programme alimentaire mondial (PAM) ou du Commissariat de la sécurité alimentaire du Burkina, aussi bien que vendre au détail dans les marchés locaux. « C’est dire qu’ils jouent à présent un rôle majeur dans la sécurité alimentaire de leur pays », résume M. Beaudoin.


    UPA DI assiste ainsi des organisations paysannes au Mali, au Sénégal, en Guinée-Conakry, au Burkina Faso, etc.


    Une première


    C’est ainsi que le travail accompli sur le terrain par cet organisme a attiré l’attention de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), si bien que, l’automne dernier, il a signé un mémorandum avec elle. « Une première pour la FAO ! », dit-il fièrement.


    Ce mémorandum comporte deux volets. D’une part, la FAO et l’UPA proclament l’une et l’autre qu’elles partagent les mêmes valeurs, à savoir le soutien de l’agriculture familiale partout dans le monde. D’autre part, elles s’entendent pour travailler conjointement sur des projets concrets.


    « Le mémorandum reconnaît que pour faire émerger l’agriculture familiale, il faut disposer d’organisations agricoles qui jouent le rôle de consolidation, qui offrent des services aux producteurs, aussi bien au niveau de la mise en marché que des services-conseils, précise M. Beaudoin. Et la FAO reconnaît en cela notre expertise. »


    Il constate aussi que « maintenant, lorsque nous nous présentons aux côtés de la FAO pour discuter avec un gouvernement, on a une tout autre écoute ! C’est quelque chose de fort intéressant et de fort stimulant ».

     

    De multiples obstacles


    Le secrétaire général d’UPA DI ajoute que l’assistance qu’apporte son organisme aux pays en développement se bute à plusieurs obstacles. Il y a d’abord le fait que le secteur agricole des pays en développement est souvent très peu développé, alors même que les politiques commerciales ne favorisent nullement l’émergence d’une agriculture locale.


    En fait, déplore-t-il, les efforts des 25 dernières années ont plutôt porté sur le développement de l’agriculture d’exportation, notamment pour la production d’ananas, de bananes, de pois mange-tout, etc. « Quant à s’assurer que les locaux puissent manger trois fois par jour des produits de leur pays, il y a eu très peu d’effort, lance M. Beaudoin. C’est dire que l’organisation du commerce est un problème réel. »


    En outre, il dénonce le fait que les pays industrialisés subventionnent allégrement leur agriculture. « Les pays riches financent leurs agriculteurs quelque 360 à 370 milliards par année, dit-il, alors que les efforts pour soutenir l’agriculture des pays en développement avoisinent les 20-25 milliards. On ne parle vraiment pas de la même chose ! Or, cela empêche l’agriculture locale d’émerger. »


    M. Beaudoin n’en est pas moins optimiste… modérément. « Je pense que nous observons une légère amélioration de la situation, dit-il, puisqu’il y a eu une prise de conscience depuis la crise de 2008. »


    Cette année-là, des spéculateurs ont fait gonfler le prix des denrées de base, créant une grave crise alimentaire dans les pays en développement. André Beaudoin constate que ces derniers « ont [enfin] réalisé que ce n’est pas le commerce qui leur permettra de nourrir leur population, mais plutôt leur agriculture locale qui assurera la sécurité alimentaire de leur population. »


    Notamment, le gouvernement du Niger a pris conscience qu’il ne peut se fier au commerce pour régler son problème structurel d’alimentation et vient par conséquent de lancer l’initiative des trois « N » - les Nigériens nourrissent les Nigériens -, que soutiennent justement la FAO et l’UPA.


    « Il y a donc une volonté de faire les efforts nécessaires pour structurer l’agriculture locale, déclare avec satisfaction André Beaudoin. C’est un phénomène récent et on sent que ça fait bouger les choses… Et ça consolide justement ce que nous faisons ! »














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