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    Commerce international - La solution passe par les exploitations familiales

    22 mai 2013 |Claude Lafleur | Actualités économiques
    Environ 70 % de la population du Sénégal vit de l’agriculture.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Georges Gobet Environ 70 % de la population du Sénégal vit de l’agriculture.

    Depuis des décennies, on tente par tous les moyens de porter secours aux populations des pays d’Afrique, sans grand succès. La raison de nos échecs pourrait bien être tout bonnement le fait que nos programmes d’aide et de coopération sont souvent réduits à néant par nos politiques de commerce international ! C’est du moins ce qu’observe sur le terrain Nathalie McSween, candidate au doctorat en sciences sociales appliquées à l’Université du Québec en Outaouais.


    «Nous avons des program-mes de coopération et d’aide internationales qui visent à aider les agriculteurs d’Afrique à développer et à améliorer leur productivité, explique Nathalie McSween. Par exemple, on fait de la recherche sur les semences, on développe de meilleurs produits et on aide les agriculteurs africains à développer leur marché, mais d’un autre côté, on exige d’eux qu’ils appliquent les règles internationales du commerce. »


    Or, le plus souvent, ces règles de libre concurrence imposent les prix les plus bas possible, l’absence de toute barrière de protection tarifaire, etc., favorisant de la sorte les économies les plus fortes. « Les mécanismes régissant les prix internationaux agricoles font en sorte que ce sont ceux qui vendent le moins cher qui déterminent souvent les prix sur les marchés, rappelle Mme McSween. Or, la productivité agricole n’est pas la même partout. On produit par exemple dix tonnes de céréales par hectare au Brésil, alors qu’on n’obtient peut-être qu’une tonne par hectare en Afrique de l’Ouest. Difficile d’avoir des prix compétitifs ! »


    Les Africains sont incapables de concurrencer les producteurs étrangers non seulement sur les marchés internationaux, mais même sur leur propre marché. C’est ainsi que la chercheuse observe que les riziculteurs du Sénégal ne sont pas en mesure de concurrencer les produits importés de Thaïlande, par exemple.


    Le cas du coton est pire encore, puisque les subventions que les Américains accordent à leurs producteurs font en sorte que les producteurs africains, qui ont pourtant les coûts de production les plus bas (avant subventions), ne sont pas concurrentiels sur les marchés internationaux !


    On se retrouve donc avec une situation pour le moins étonnante, alors que 75 % des personnes les plus pauvres du globe sont les producteurs agricoles, rapporte Mme McSween. « Ce sont les paysans agricoles d’Afrique qui souffrent de sous-alimentation, ce qui est tout un paradoxe ! »


    Le plus ironique, peut-être, c’est qu’on ne se rend pas compte de la contradiction qu’on impose aux Africains avec, d’une part, nos programmes d’aide et, d’autre part, nos politiques de commerce. « C’est l’incohérence des politiques ; on fait une chose d’un côté sans regarder de l’autre côté, dit-elle, et j’ai l’impression qu’on ne s’en rend même pas compte ! »


    Étonnant parcours


    Au départ, Mme McSween était infirmière et oeuvrait en coopération internationale. « À un moment donné, je travaillais en Suisse, alors que celui qui allait devenir mon mari travaillait pour la Croix-Rouge. Il était alors posté en ex-Yougoslavie, à Belgrade, durant la guerre du Kosovo. Pendant qu’on se parlait [au téléphone], j’entendais les bombes éclater autour de lui ! », se rappelle-t-elle.


    Par la suite, elle est allée travailler avec son conjoint en Albanie. Là aussi, elle a eu l’occasion d’observer l’incohérence qui marque l’aide internationale en pays défavorisés, « le free for all comme on l’observe à Haïti », laisse-t-elle filer.


    « De retour au Canada, comme je ne comprenais pas grand-chose aux pays communistes ni à la coopération internationale, j’ai entrepris des études en sciences politiques, poursuit-elle. Puis, petit à petit, j’ai commencé à m’intéresser à l’économie sociale ; j’ai fait une recherche en Afrique sur le commerce équitable et j’ai observé les mouvements paysans sur place. C’est donc à partir des sciences politiques et de l’étude des mouvements sociaux que j’ai commencé à m’intéresser aux mouvements paysans. »


    Sa thèse de doctorat porte justement sur la construction d’un mouvement paysan à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest et la façon dont celui-ci remet en question le modèle de développement agricole implanté depuis que les pays africains ont obtenu leur indépendance. « J’ai donc poursuivi mes recherches au Sénégal et au Ghana, comme étude de cas sur la construction du mouvement paysan, dit-elle. Je m’intéresse donc à l’agriculture et au développement durable, mais par la bande, car c’est le mouvement paysan qui m’intéresse. En effet, cela constitue une belle fenêtre pour comprendre tout le reste. »


    La solution est simple


    Plus de 40 % de la population d’Afrique de l’Ouest vit de l’agriculture, observe Mme McSween, soit quelque 135 millions de personnes sur 317. « Et dans certains pays, au Burkina Faso notamment, cette proportion va même jusqu’à 92 % ! note la chercheuse. Au Sénégal, c’est 70 %, au Ghana, c’est plus de 50 %, et ainsi de suite. » (En comparaison, au Québec, cette proportion ne représente guère plus de 2 % de la population.)


    Par conséquent, le type d’exploitations agricoles dominant dans cette région d’Afrique est la petite exploitation familiale. Or, curieusement, l’essentiel des politiques et des investissements faits en agriculture vise plutôt le développement des grandes entreprises agricoles, « ce qui a plus ou moins fonctionné », constate-t-elle.


    Parallèlement, depuis les années 1990, les petits producteurs agricoles s’organisent afin de prendre part aux débats publics. « Que demandent-ils ?Que désormais les investissements soient dirigés vers les exploitations familiales… qui constituent 95 % des exploitations agricoles de l’Afrique de l’Ouest ! Ce que nous disent les paysans est pourtant simple : “Si vous voulez soutenir l’agriculture et qu’on soit plus productif, soutenez les exploitations familiales au lieu de l’agro-industrie !” »


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