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L’exception scandinave

Plus syndiqués, moins inégalitaires et taxant davantage qu’ailleurs, la Suède, le Danemark et la Finlande montrent une voie… qui détonne!

Stockholm. On peut à la fois tendre vers une plus grande égalité entre les citoyens, notamment en favorisant la syndicalisation, et choisir de taxer la consommation plutôt que d’imposer lourdement les entreprises. Et que cela rapporte à tous, mondialisation ou pas, comme le montre l’exemple scandinave.
Photo : Agence France-Presse Jonathan Nackstrand Stockholm. On peut à la fois tendre vers une plus grande égalité entre les citoyens, notamment en favorisant la syndicalisation, et choisir de taxer la consommation plutôt que d’imposer lourdement les entreprises. Et que cela rapporte à tous, mondialisation ou pas, comme le montre l’exemple scandinave.
Consultez la note de recherche
Le Québec est (malheureusement) loin de ressembler autant aux fameux pays scandinaves qu’on le croit, constatent des chercheurs.

La Suède, le Danemark et la Finlande sont à la fois plus taxés, plus syndiqués et moins inégalitaires que le Québec, tout en étant aussi plus efficaces, plus compétitifs et moins endettés, conclut une note de recherche de 18 pages comparant de grands indicateurs socioéconomiques et signée par les chercheurs Stéphane Paquin, Jean-Patrick Brady et Pier-Luc Lévesque de l’École nationale d’administration publique (ENAP), ainsi que Luc Godbout, professeur et chercheur à la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke.


« Le langage commun, chez bien des économistes, est que les pays qui ont de hauts niveaux de taxation, de syndicalisation et d’interventionnisme étatique risquent de mal s’en sortir dans un contexte de mondialisation. Or, sur une période de 30 ans, les pays scandinaves s’en sont mieux sortis que les États-Unis et la plupart des pays d’Europe occidentale, ce qui ferait plutôt d’eux des modèles à suivre », a expliqué mardi au Devoir Stéphane Paquin, professeur et titulaire de la Chaire de recherche en économie politique internationale et comparée.


Depuis deux ans, les quatre chercheurs ont analysé plus de 150 indicateurs socioéconomiques, dont une quinzaine sont présentés dans cette première note de recherche d’une série à venir. On y constate, entre autres, que le produit intérieur brut (PIB) par habitant a généralement connu une plus forte croissance moyenne depuis 30 ans en Finlande (1,94 % par an), en Suède (1,84 %) et au Danemark (1,51 %) qu’au Québec (1,30 %), mais aussi qu’au Canada (1,38 %), aux États-Unis (1,66 %) ou en France (1,29 %). La productivité du travail et les surplus commerciaux y sont aussi plus élevés, alors qu’à l’inverse, les niveaux d’inégalités y sont parmi les plus faibles des pays développés et que leur niveau d’endettement public ne s’élevait qu’à environ la moitié de leurs PIB en 2009, contre 82 % au Canada, 77 % en Allemagne, 90 % aux États-Unis, 91 % en France et entre 85 % et 94 % au Québec selon la façon de compter.

 

Mais comment font-ils ?


Les prochaines notes de recherche, ainsi qu’un futur livre en chantier, tenteront d’expliquer cette performance remarquable de plus en plus citée en exemple à gauche comme à droite. Cette explication « est très difficile » à trouver, dit Stéphane Paquin, mais certaines hypothèses peuvent déjà être avancées, ou rejetées. Ces pistes d’explications prennent souvent le contre-pied des idées reçues sur le modèle scandinave ou sur le fonctionnement de l’économie.


« Mise à part la taille de sa population, on réalise, d’entrée de jeu, que la fameuse social-démocratie québécoise ressemble moins au modèle scandinave qu’à ce qui se fait dans des pays européens un peu moins interventionnistes, comme le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne. »


Pour plus ressembler à nos trois pays d’Europe du Nord, le Québec n’aurait pas, par exemple, à relever son taux d’imposition sur les entreprises, qui est très similaire au leur, mais plutôt ses taxes à la consommation afin de les porter de 15 % à 25 %, dit le chercheur. « Les pays scandinaves ont fait la démonstration qu’on peut avoir des taxes de vente très élevées tout en maintenant un niveau d’inégalités plus bas qu’ailleurs grâce aux mécanismes de transfert. Au tournant des années 90, on a même vu les Danois accepter d’augmenter leurs taxes de vente pour réduire les charges sociales des entreprises pour favoriser les exportations. »

 

Des modèles d’États solidaires, mais pragmatiques


Les années 80 et le début des années 90 ont été une période de grande remise en question pour la social-démocratie scandinave. Aux prises notamment avec une crise des finances publiques, on a su s’y réinventer en faisant preuve de rigueur et de pragmatisme, mais sans toutefois perdre de vue les objectifs fondamentaux, souligne Stéphane Paquin. « On a su, au fil du temps, s’inspirer des nouvelles idées en vogue - y compris celles émanant de la droite -, mais en les adaptant à ses objectifs et à sa réalité. »


Le système de santé suédois est ainsi devenu un modèle d’efficacité. « Pas tant en raison d’une augmentation de la présence du privé, qui reste plus forte au Québec, mais grâce surtout à une décentralisation du système et à la mise en concurrence des institutions publiques entre elles. » Les médecins y sont aussi moins payés et plus nombreux qu’au Québec, et cela fait des années qu’on a accordé aux infirmières plus de pouvoirs d’intervention.


Flirtant avec les 70 %, le fort taux de syndicalisation dans les trois pays d’Europe du Nord est loin d’avoir été le handicap que certains disent au Québec (où ce taux est de 40 %), au Canada (29 %) ou aux États-Unis (11 %). « Le fait que la présence syndicale soit aussi forte, particulièrement dans les secteurs d’exportation, semble, au contraire, rendre les syndicats plus sensibles aux impératifs de compétitivité et de productivité de leurs entreprises », observe le professeur de l’ENAP.


La Suède, le Danemark et la Finlande font ainsi « la démonstration de la fausseté de la thèse sur l’inéluctabilité du déclin des petits États interventionnistes, concluent les quatre chercheurs dans leur article. En fait, ils confirment leur capacité de s’adapter dans une économie mondiale de plus en plus concurrentielle. » Pourquoi le Québec ne pourrait-il pas s’en inspirer ?

***

Ce texte a été modifié après publication.

 
 
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