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OACI: Ottawa doit éliminer les irritants et améliorer son offre

Le Canada doit prendre au sérieux la menace du Qatar, selon un ancien dirigeant de l’organisation onusienne

Le siège social de l’OACI à Montréal
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir Le siège social de l’OACI à Montréal
Les délais de traitement des demandes de visa par les autorités canadiennes agacent un grand nombre des 191 États membres de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Pris à partie par le Qatar, le Canada doit aujourd’hui s’engager à aplanir cet irritant, fait valoir Assad Kotaite, figure majeure de l’institution spécialisée des Nations unies.

L’ancien secrétaire général (1970-1976) et président du Conseil de l’OACI (1976-2006) invite Ottawa à accélérer le pas afin de délivrer les visas « le plus tôt possible » à la fois aux délégués officiels qu’aux différentes personnes appelées à participer aux travaux de l’OACI à Montréal, et ce, sans pour autant laisser tomber le moindre contrôle de sécurité. « C’est très important », indique M. Kotaite dans une entrevue téléphonique avec Le Devoir. Parfois, « le visa est accordé une fois que la conférence a commencé, ce qui contraint les demandeurs à faire une croix sur leur visite professionnelle dans la métropole québécoise, fait-il remarquer. De mon temps, les délégués qui venaient à l’OACI pour une période limitée, afin d’assister à de grandes conférences ou à des ateliers qu’on appelle workshops en anglais obtenaient leur visa sans aucun problème. »


Le Canada doit profiter de l’entrée en scène de l’émirat du Moyen-Orient - même s’il aurait pu s’en passer - pour s’interroger sur les « facilités » accordées à l’agence. « Ce qu’il donne est-il assez pour que l’OACI continue sa mission [à Montréal] ? Y a-t-il des choses encore à faire ? »


Souhaitant ravir le siège de l’OACI au Canada, le Qatar a promis de construire un édifice ultramoderne pour accueillir l’organisation onusienne, en plus de payer la totalité de ses dépenses d’exploitation et d’exempter ses employés de taxes et d’impôts. M. Kotaite qualifie l’offre de la monarchie pétrolière et gazière de « très généreuse », pressant Ottawa, Québec et Montréal de la « prendre au sérieux ». « Il ne faut pas prendre l’offre qatarie à la légère. »


Toutefois, le Qatar fait fausse route en jouant la carte du climat rigoureux du Québec, selon l’ancien dirigeant de l’OACI, qui est originaire du Liban. « Je ne crois pas qu’il faut miser sur cette affaire. […] Je ne crois pas que la température est un élément important. D’ailleurs, dans d’autres pays, s’il n’y a pas de neige, il y a la chaleur ! », indique M. Kotaite. Il propose aux diplomates frileux, qui cherchent à mettre le nez à l’extérieur le moins souvent possible durant la saison froide, à emprunter les multiples « passages souterrains » aménagés dans le sous-sol du centre-ville de Montréal.


En effet, la localisation actuelle du siège permanent à Montréal présente certains inconvénients, notamment des hivers rigoureux, mais aussi une fiscalité lourde… sans compter les difficultés éprouvées par plusieurs dans leur démarche d’obtention de visas canadiens, a souligné à gros traits le Qatar dans sa présentation.

 

« L’OACI fonctionne bien »


« L’OACI fonctionne bien [au Canada] », prend soin d’affirmer M. Kotaite, qui habite toujours dans la métropole québécoise.


Les négociations de renouvellement du bail entre l’institution spécialisée des Nations unies chargée de promouvoir le développement sûr et ordonné de l’aviation civile internationale et le gouvernement canadien vont bon train, selon lui. « Il y aura un autre accord à signer qui donne encore plus de facilité de la part du Canada. Je ne peux pas en dire plus que ça. […] Le nouveau contrat est presque terminé. Il est prêt à être signé. », indique l’interlocuteur privilégié de l’actuel secrétaire général de l’OACI, Raymond Benjamin. « M. Benjamin me contacte de temps en temps […] pour des questions délicates et importantes », précise-t-il.


Malgré l’irruption du Qatar, le Canada et l’OACI poursuivent leurs pourparlers au sujet d’un arrangement concernant la location des locaux du siège de l’OACI, pour la période du 1er décembre 2016 au 30 novembre 2036.


« Si le Qatar ne met pas ça à l’avant-scène, l’entente est resignée avec l’OACI pour une période de 20 ans », a souligné le ministre fédéral Denis Lebel vendredi dernier.


Ainsi, Ottawa ne doit pas pour autant mettre un terme aux discussions entamées au cours des dernières semaines avec le Qatar, selon M. Kotaite.


Si l’émirat ne retire pas son offre, l’OACI n’aura d’autre choix que de soumettre la proposition du Qatar au vote des 191 pays membres, en septembre prochain.


M. Kotaite n’a jamais eu à faire face à une situation semblable durant ses 36 années dans les hautes sphères de l’Organisation des Nations unies. « Officiellement, non », se rappelle l’homme qui s’affaire à mettre la dernière touche à ses mémoires. En revanche, « de temps en temps », « certaines rumeurs » au sujet d’un État ou d’un autre souhaitant ravir le siège de l’OACI courraient, ajoute-t-il.

 

Motion unanime


Le ministre fédéral des Affaires étrangères, John Baird, le ministre québécois des Relations internationales, Jean-François Lisée, ainsi que le maire de Montréal, Michael Applebaum, rencontreront jeudi soir des membres des délégations internationales à l’OACI. « Vendredi matin, nous avons une réunion de travail de stratégie, nous allons rencontrer le secrétaire général [M. Benjamin] », a indiqué M. Lisée mardi à l’Assemblée nationale.


Le Québec a aussi mobilisé ses diplomates aux quatre coins de la planète pour « s’assurer de l’appui des pays principaux ». « Nous avons demandé à toutes nos délégations dans le monde d’entrer en contact avec les pays avec lesquels nous avons des relations », a précisé le membre du gouvernement Marois.


En sa présence, les députés ont voté en faveur de la motion présentée par le député de Saint-Jérôme, Jacques Duchesneau, afin d’appeler tous les acteurs concernés à se mobiliser et faire tout ce qui est en leur pouvoir afin de garder l’OACI dans la métropole québécoise.


Pour l’instant, les États-Unis, la France et la Belgique se sont dits pour le maintien du siège social de l’OACI à Montréal.


La porte-parole de l’opposition officielle en matière de Relations internationales, Christine St-Pierre, s’est dite « inquiète » devant « le peu d’effort que semble déployer le gouvernement du Québec [et] le ministre des Relations internationales, dans ce dossier ». « Le temps presse, […] 534 emplois sont en jeu ; 120 millions de dollars de retombées économiques », a-t-elle martelé.

 
 
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