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Gestion - Les mouvements sociaux imposent aux entreprises de modifier leurs façons de faire

L’École de Montréal décrit une responsabilité sociale renouvelée

Les nouveaux mouvements sociaux économiques, comme celui des écologistes, ne s’adressent plus seulement à l’État et à la société civile, mais aussi aux acteurs économiques.
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir Les nouveaux mouvements sociaux économiques, comme celui des écologistes, ne s’adressent plus seulement à l’État et à la société civile, mais aussi aux acteurs économiques.
Depuis quelques années, les chercheurs de l’École de Montréal participent au renouvellement du concept de responsabilité sociale. Attentifs aux dimensions sociologiques et institutionnelles de l’entreprise, ils se distancient de l’approche dominante pour se pencher sur les nouveaux foyers de régulation, telle la société civile. Un ouvrage collectif sera lancé le 8 mai à Québec.

La responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) est d’abord un concept anglo-saxon, rappelle Mme Corinne Gendron, titulaire de la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable à l’École des sciences de la gestion de l’UQÀM. Longtemps ancrée dans un courant managérial, reposant essentiellement sur une perspective volontariste, sa définition est aujourd’hui remise à jour. « Très tôt, nous nous sommes dit que la RSE, c’était plus que ça. Nous nous sommes distanciés de l’approche dominante pour participer au renouvellement du concept », dit-elle en parlant d’elle et de ses collègues. L’ouvrage collectif qu’elle a codirigé, Repenser la responsabilité sociale. L’École de Montréal, témoigne de cette démarche.


L’École de Montréal se situe quelque part au confluent des traditions de pensée anglo-saxonne et européenne. En raison de son identité métissée, notre métropole était toute désignée en 2006 pour accueillir des chercheurs issus des deux continents, dans le cadre d’un atelier international sur la RSE. Ce dialogue a stimulé le développement de cette nouvelle perspective de la responsabilité sociale, présentée ce printemps à travers la vingtaine de textes que propose l’ouvrage. Elle est principalement le fruit d’une collaboration entre des chercheurs québécois et européens. « Nous aurions bien pu la nommer “ École Montréal-Paris ” », ajoute la titulaire, à propos de cette nébuleuse universitaire.


« Entre le moment où nous avons commencé à travailler et aujourd’hui, note-t-elle, un élargissement de la définition a eu lieu dans les milieux universitaire et institutionnel. La norme ISO 26 000 a notamment été adoptée. Cette ligne directrice affirme clairement que la RSE, ce ne sont pas seulement des mesures volontaristes et un dialogue avec les parties prenantes. Il s’est ainsi réalisé dans la pratique ce que nous avions établi sur le plan théorique. J’ai eu l’idée de rassembler certains travaux pour faire connaître aux gens ce courant et démontrer qu’il propose toutes sortes de questionnements. »


Le rôle de l’entreprise


Ces nobles travaux présentent la RSE non pas comme une simple stratégie d’entreprise, mais bien comme une réflexion sociale sur le rôle de l’entreprise dans une société démocratique. « Ça ouvre beaucoup plus largement l’éventail des questions qu’on peut poser à l’entreprise comme instance sociale », résume Mme Gendron. Plusieurs angles sont abordés dans les différents articles du livre, et nous tentons avec elle d’en résumer quelques-uns. La première partie est plus conceptuelle.


Sa contribution personnelle porte sur la définition théorique de l’entreprise et sur la façon dont celle-ci permet de penser ou non la RSE. Le texte de Jean Pasquero « offre une lecture originale de la responsabilité sociale et des différentes formes qu’elle a prises à travers l’histoire, pour conclure à un renouvellement du mode de régulation sociale ». Michel Capron se demande si le mouvement de la RSE aide à penser la démocratie ou si, au contraire, il lui nuit.


Kernaghan Webb suggère que, après une longue période de libéralisation de l’entreprise, s’amorce aujourd’hui un retour à sa responsabilisation, visible à travers l’émergence d’une série de dispositifs normatifs inédits. Rousseau et Tchotourian se penchent sur des jugements récents qui revisitent de façon importante le rôle de l’entreprise sur le plan juridique. « Il s’agit de voir le but ultime de l’entreprise : est-ce que ce n’est que de faire des profits ? La Cour suprême du Canada a temporisé cet objectif-là en affirmant que c’était plus complexe et que, dans sa mission commerciale, l’entreprise doit considérer non seulement les actionnaires, mais aussi les autres parties prenantes », résume la titulaire.

 

Nouveaux mouvements sociaux économiques


La seconde partie explore justement l’interaction du droit et de la responsabilité sociale. « On a souvent opposé les deux, tandis que nous, nous avons toujours affirmé que la RSE incluait le droit. Parce que, de toute façon, les mesures volontaires sont prises pour autant qu’on anticipe la loi. Une entreprise qui sait, par exemple, qu’une réglementation plus sévère sur le carbone se pointe à l’horizon pourra justifier des investissements visant à améliorer sa performance, sachant qu’elle sera ultérieurement mieux positionnée sur le marché. »


L’École de Montréal contribue aussi à l’analyse des interactions actuelles par l’élaboration de deux nouveaux concepts intéressants : les nouveaux mouvements sociaux économiques (NMSÉ) et la régulation hybride. « On entend souvent dire que l’économie envahit tous les domaines de la vie sociale, poursuit la chercheuse. Mais il est intéressant de saisir qu’il y a un phénomène inverse qui se déroule : le social envahit aussi les comportements économiques. »


De dire de la régulation qu’elle est hybride signifie que ses foyers sont désormais multiples et que les normes aujourd’hui ne proviennent plus seulement de l’État. Par exemple, des acteurs sociaux issus de la société civile définissent certaines normes qui viennent s’imposer dans le marché, car d’autres en font un prérequis dans leurs transactions économiques. On pense notamment au commerce équitable. Il s’agit de mieux informer les clients, mais également d’exercer directement des pressions sur les distributeurs ou les producteurs.


Le concept de NMSÉ, quant à lui, renvoie à la notion de nouveau mouvement social, qui a émergé dans les années 1970. Alors que ces mouvements (écologistes, féministes, etc.) n’agissaient plus uniquement au niveau de l’État, mais directement dans la société civile, par l’éducation et la mobilisation, les NMSÉ ne s’adressent plus seulement à l’État et à la société civile, mais aussi aux acteurs économiques. « Ils font pression sur eux en entrant dans les statuts économiques, tels l’actionnaire et le consommateur. C’est une nouvelle modalité de pression. »


Enfin, mentionnons que la dernière partie du livre propose une série d’études de terrain qui aident aussi à comprendre la responsabilité sociale sous ses différentes facettes. « J’espère que cet ouvrage pourra constituer un point de départ pour tous ceux qui voudraient creuser différents champs à partir de cette perspective. Ça se veut le début, et non la fin », de conclure la chercheuse.

Les nouveaux mouvements sociaux économiques, comme celui des écologistes, ne s’adressent plus seulement à l’État et à la société civile, mais aussi aux acteurs économiques. Corinne Gendron, titulaire de la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable à l’École des sciences de la gestion de l’UQÀM
 
 
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