Budget fédéral - Contrer le ralentissement
La croissance de l’économie canadienne étant anémique, la Banque du Canada maintiendra son taux d’intérêt directeur au niveau plancher de 1 % pendant encore plusieurs mois, voire plus d’une année. Cette bonne nouvelle pour les gens endettés comporte un revers qui devrait faire réfléchir le ministre fédéral des Finances à quelques semaines de la présentation de ce qui s’annonce comme étant un autre budget d’austérité.
Huit fois par année, la Banque du Canada décide de l’orientation que prendront les taux d’intérêt au pays. Dans le communiqué publié mardi pour expliquer le maintien à 1 % du « taux cible de financement à un jour », la banque centrale se montre modérément optimiste, notamment au chapitre de l’endettement des ménages. À n’en pas douter, les mesures prises par Ottawa pour resserrer les conditions d’emprunt hypothécaire ont commencé à porter leurs fruits. Aujourd’hui, c’est la faible croissance de l’économie qui préoccupe la banque centrale.
Si des taux d’intérêt peu élevés ont l’avantage de soulager les emprunteurs, dont les gouvernements, le ralentissement de l’économie qui les justifie inquiète. Sur le plan de l’emploi d’abord, puisqu’à 2 % de croissance en 2013, l’économie canadienne suffira à peine à contenir le chômage au niveau actuel ; sur le plan budgétaire ensuite, puisque, si les taux très bas allègent le service de la dette, une croissance anémique a le même effet dépressif sur les revenus des gouvernements.
Or tant Ottawa que les provinces tiennent à atteindre l’équilibre dans les délais prévus. Si tous gardent le cap sur cet objectif exigeant, il va sans dire que la croissance s’en ressentira.
Avec un déficit de 12 milliards cette année, l’Ontario ne peut pas faire davantage sans aggraver une situation déjà impossible. En Alberta, la chute imprévue des recettes pétrolières vient de forcer l’inscription d’un important déficit au budget présenté hier par le ministre des Finances, Doug Horner, malgré des compressions douloureuses dans les dépenses.
Quant au Québec, le budget Marceau de novembre dernier y prévoit un manque à gagner de 1,5 milliard cette année, suivi d’un budget équilibré l’an prochain. Ce sont deux échéances fixées par le gouvernement précédent auxquelles le duo Marois-Marceau pouvait difficilement échapper pour des raisons politiques… et financières, étant donné la dette de 193 milliards qui prive l’État de 8,6 milliards en 2013 et menace de faire sauter la caisse à la moindre hausse des taux. Aucun gouvernement du Québec ne doit se permettre de déroger à l’obligation d’équilibrer les revenus et les dépenses sur un horizon raisonnable sans devoir en payer le prix fort sous forme de compressions massives à la moindre hausse des taux. Les milliards empruntés annuellement pour les infrastructures sont là pour agir comme accélérateur.
La situation est différente à Ottawa. Vendredi dernier, le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, a réitéré l’intention du gouvernement conservateur d’atteindre le déficit zéro avant les élections de 2015. Pour ce faire, il entend comprimer les dépenses davantage que prévu. Ce serait une erreur puisqu’en agissant ainsi, ce gouvernement, dont c’est la responsabilité première de veiller à la stabilité économique du Canada, accentuerait le ralentissement en cours au lieu de stimuler la croissance. Ottawa tient à ce rôle régulateur ? À lui de jouer !








