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    Pourquoi rien ne change

    Un bilan d’entreprise s’évalue maintenant en termes de gain financier, sociétal et environnemental

    2 mars 2013 |Claude Lafleur | Actualités économiques
    Malgré toutes les connaissances dont nous disposons, comment se fait-il que nos comportements ne changent pas?
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Malgré toutes les connaissances dont nous disposons, comment se fait-il que nos comportements ne changent pas?

    Nous savons que nos activités nuisent à l’environnement. Quantité de travaux scientifiques nous le montrent clairement depuis des décennies. Pourtant, nous tardons à changer nos comportements.


    « Si vous examinez tout ce qu’on rapporte à propos de l’environnement et du développement durable ces trente dernières années,explique Paul Shrivastava, vous constaterez que 98 % des recherches qui ont été faites à ce sujet sont de nature scientifique. Et bien que nous ayons acquis énormément de connaissances sur les dommages que nous infligeons à la nature, nous continuons de consommer et de polluer… et même davantage qu’auparavant. Regardez par exemple nos taux d’émission de gaz à effet de serre, et vous verrez que nous allons dans la mauvaise direction ! »


    Le professeur Shrivastava observe même qu’en Occident - « où nous avons de tout en abondance » -, nous gaspillons non seulement près de 50 % de la nourriture dont nous disposons, mais tout autant en termes de transport et d’habitation. « Par exemple, nous possédons souvent une maison et un chalet qu’on habite peu, et quantité d’espaces à bureaux et commerciaux sont inutilisés. »


    Comment se fait-il donc que, malgré toutes les connaissances dont nous disposons, nos comportements ne changent pas ? Voilà la grande question que se posent les chercheurs du Centre d’études David O’Brien sur la durabilité des entreprises de l’École de gestion John Molson de l’Université Concordia, que dirige Paul Shrivastava.


    Bon pour le profit, la société et l’environnement


    « Nous poursuivons nos recherches selon une stratégie en deux volets, poursuit M. Shrivastava. D’une part, nous menons des travaux scientifiques afin d’améliorer la performance des entreprises tout en tenant compte de l’environnement. D’autre part, nous réalisons des travaux de nature esthétique afin de stimuler la recherche de solutions novatrices et de favoriser l’engagement émotionnel de tout le monde vis-à-vis de la nature. »


    Sur le plan scientifique, les chercheurs de Centre O’Brien observent que les entreprises doivent désormais obtenir un triple résultat net (ce qu’on appelle un « triple bottom line »). « Bien sûr, les entreprises sont là pour faire des profits, admet sans réserve M. Shrivastava, mais elles réalisent à présent qu’elles doivent également tenir compte des résultats nets qu’elles obtiennent en matière de responsabilités sociales et écologiques, que ces trois résultats nets vont de pair. »


    Par conséquent, les chercheurs du Centre O’Brien proposent des stratégies d’entreprise bonnes pour ce trio de résultats nets. Paul Shrivastava donne l’exemple amusant et déconcertant d’une flotte de camions de livraison. « Nous savons que, dans la plupart des villes, au feu rouge, les véhicules ont le droit de tourner à droite, si la circulation le permet, alors qu’ils doivent attendre le feu vert pour tourner à gauche. Nous avons donc calculé qu’un camion qui suivrait un trajet où il n’aurait qu’à tourner à droite économiserait 75 000 $ d’essence par année ! Voilà une économie bonne pour les trois résultats nets. »


    Il estime en outre qu’avec tous les systèmes de cartographie et de navigation dont on dispose à présent, il est assez facile pour une entreprise de camionnage de planifier les trajets de sa flotte afin d’éviter autant que possible les virages à gauche. « C’est simple, dit-il. Ça ne requiert pas de gros investissements technologiques et c’est bon pour tout le monde. C’est le genre de recherches que nous faisons ici ! »


    Une autre gamme de travaux vise à favoriser le développement d’écosystèmes industriels. Le professeur Shrivastava cite l’exemple d’une ville allemande où la centrale de production d’électricité exploite les résidus d’entreprises locales qui, à leur tour, recyclent les résidus de cette centrale ! « Voilà ce qu’on appelle de la symbiose industrielle », lance-t-il amusé. Le Royaume-Uni a même mis sur pied un programme de symbiose industrielle à l’échelle nationale.


    Pourquoi ne pas partager davantage?


    Toutefois, Paul Shrivastava constate que même si on parvenait à optimiser tous nos procédés industriels, on ne parviendrait pas à équilibrer nos impacts sur l’environnement, « parce que nous consommons vraiment trop ».


    Pour y parvenir, il faudra aussi implanter ce que les chercheurs du Centre O’Brien appellent la consommation collaboratrice. « Dans bon nombre de domaines de notre vie, explique le chercheur, il est possible de se procurer des biens de consommation de façon collective pour se les partager. »


    C’est le cas notamment du partage d’autos comme le préconise la société Communauto. Il y a ainsi de nombreuses possibilités de mettre en commun des biens de consommation, dit-il, C’est le cas notamment des vêtements, qu’on peut partager, s’échanger, se prêter, recycler, etc. « Il y a toute une économie collaboratrice qui est en train de se développer, notamment grâce à Internet, une économie qui aura bientôt un impact non négligeable sur notre consommation. »


    Quant à expliquer pourquoi on tarde tant à changer nos comportements - malgré tout ce qu’on sait -, Paul Shrivastava a constaté que ce qui nous manque avant tout, c’est un lien émotif avec la nature. « Nous avons besoin d’aller par-delà ce que nous comprenons dans nos têtes, dit-il. Nous devons comprendre la nature avec notre coeur, tisser des liens émotifs avec elle, des liens du coeur. »


    Les chercheurs du Centre O’Brien ont observé que l’une des bonnes façons d’y parvenir, c’est par l’entremise des arts, notamment la peinture. « Avec les arts, nous créons des liens de beauté avec la nature, rapporte M. Shrivastava. Nous amenons les gens à être plus sensibles et plus créatifs, à imaginer des solutions vraiment novatrices. Voilà comment nous parviendrons à changer nos comportements de consommation ! »



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