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Le mariage réussi de l’économique et du social

«Nous sommes présentement le plus gros investisseur de capital de risque au Québec»

Yvon Bolduc et Michel Arsenault
Photo : Fonds de solidarité Yvon Bolduc et Michel Arsenault
Le Fonds de solidarité FTQ annonce ses couleurs dans son appellation même : les mots « fonds » et « solidarité » traduisent à la fois une réalité économique et un concept social. Rencontre à ce sujet au siège social de cette organisation Cendrillon avec le p.-d.g. du Fonds, Yvon Bolduc, et le président de la FTQ et du conseil d’administration du Fonds, Michel Arsenault.
 
Les résultats sont probants 30 ans plus tard, comme le démontrent ces chiffres : l’actif net est passé à près de 9 milliards en 2013 et le nombre d’actionnaires avoisine aujourd’hui les 600 000. Alors, comment expliquer que la fusion de l’économique et du social soit devenue une telle réussite ? Faut-il remonter à ce précurseur et visionnaire que fut Louis Laberge pour en trouver la raison ?
 
Michel Arsenault se remémore cette époque : « Au départ, la FTQ, c’est 60 % de gens qui viennent du secteur privé. Il faut se reporter au contexte économique du début des années 1980 pour comprendre. J’étais alors à Sept-Îles : on s’affairait à fermer Schefferville et Gagnon pendant que des pans entiers de l’économie tombaient par terre, par exemple l’industrie manufacturière dans l’est de Montréal. On se souviendra que les taux d’intérêt étaient au-dessus de 20 %, ce qui veut dire qu’il y avait dans les banlieues de la métropole des rues complètes de maisons à vendre. »
 
Tel se présentait le début des années 1980, au moment où les emplois se perdaient en très grand nombre : « À plusieurs reprises, on s’est dit : si les entreprises où nos membres travaillent avaient accès à un capital plus patient, on pourrait sauver des emplois, parce qu’une crise, à un moment donné, elle prend fin. C’est cyclique, cette affaire-là. » Voilà d’où l’idée d’un fonds est venue en ces années difficiles où Louis Laberge répétait souvent : « Si seulement la banque était pas si pressée de tirer la plogue. » Le temps était venu de passer de l’attentisme à l’action.
 
Les dirigeants de la FTQ vont donc rencontrer les gouvernements et fédéral et provincial : « On voulait obtenir un crédit d’impôt en raison du fait que nos membres réalisaient peu d’économies, ce qui représentait un autre problème. Au moment de la création du Fonds, il y avait moins de 5% de ceux-ci qui contribuaient à un REER. On a donc voulu faire d’une pierre deux coups : inculquer une notion d’économie chez ces derniers et avoir accès à un capital un peu plus patient tout en répartissant le risque sur l’ensemble du Québec. » Preuve à l’appui du succès obtenu et fait qui échappe à la connaissance du grand public, il signale que 56 % des actionnaires du Fonds sont aujourd’hui des syndiqués tandis que 44 % émanent de la population québécoise non syndiquée. Il mentionne en outre que 60 % des membres de la FTQ souscrivent présentement à un REER : « En 30 ans, on a inculqué une notion d’économie. »
 
Cohésion et mutualisation

Il en arrive au dilemme auquel fait face quotidiennement Yvon Bolduc, le grand boss du Fonds : « Il faut maintenir et créer des jobs, mais, en même temps, il faut aller chercher du rendement. » M. Bolduc intervient : « Il y a une façon philosophique d’agir derrière le Fonds de solidarité. Je me sers pour illustrer cela d’une expression utilisée à l’époque par M. Laberge : “On est passés du face à face au coude à coude.” Dans une économie, ça prend des entrepreneurs, des patrons, des employés et du capital. Si on fait en sorte que tous ces éléments-là sont conjugués de façon cohérente, il en résulte plus d’efficacité que si chacun tire sur la couverte de son côté ; c’est le résultat que le Fonds a réussi à obtenir. » Il sort une autre clé du succès du trousseau : « Si on ajoute là-dedans les valeurs syndicales sur le plan du bilan social et de la formation économique, on voit que tout cela a aidé à transformer presque complètement les relations de travail au cours des 30 dernières années. »
 
Syndicaliste de carrière depuis 40 ans, M. Arsenault renchérit et démontre par la suite à quel point les relations de travail se sont améliorées au Québec depuis les années 1970 jusqu’à maintenant, ce qui le conduit sur le terrain de la formation économique : « Selon le libellé de la loi sur le fonds, on est tenus d’en faire. On ne veut pas à la FTQ que nos négociateurs syndicaux sur les comités de négociation soient des comptables agréés, mais on veut qu’ils soient capables de comprendre un bilan de compagnie, de savoir dans quel type d’industrie ils négocient et quels sont les facteurs incontrôlables qui existent là à cause de la concurrence, de la mondialisation, etc. » Cette formation est transmise depuis 1986 et, l’an dernier, plus de mille personnes l’ont reçue : « Je n’ai pas la prétention d’affirmer que celle-ci a réglé tous les problèmes de relations de travail ici, mais elle a eu une influence importante sur les changements de mentalité dans ce domaine à la FTQ. »
 
Yvon Bolduc abonde dans le même sens : « En agissant ainsi, la direction est impliquée elle aussi. Quand les employés sont au courant des enjeux et partagent les objectifs de l’entreprise, tout à coup, on obtient plus d’efficacité, de créativité et de collaboration. L’employeur se rend vite compte qu’il y a beaucoup de valeur à retirer quand on fait appel à l’intelligence des employés. Ça revient encore à constater qu’il est plus payant de travailler dans un esprit de cohésion. »
 
Ce constat le conduit à cerner un autre des secrets de la réussite du Fonds : « On a mutualisé le risque parmi tous les travailleurs au Québec. Pour faciliter cette mutualisation du risque, on donne un crédit d’impôt qui fait en sorte que les gens qui vont devenir actionnaires du Fonds et participer à sa croissance seront en mesure de réduire leur risque en obtenant ce crédit à court terme. Par la suite, l’équipe de professionnels du Fonds va procéder à des investissements qui vont profiter aux gens, à terme, pour retrouver un rendement raisonnable. »
 
Quelques facteurs déterminants

En 30 d’existence, est-ce qu’il existe des éléments ou des événements majeurs qui ont servi à guider le Fonds de solidarité vers les sommets atteints ? Outre la formation économique, Michel Arsenault soutient que, depuis 1984, les quelque 2000 responsables locaux (RL) bénévoles ont été et demeurent de précieux ambassadeurs du Fonds, eux qui en font la promotion dans leurs milieux de travail à travers tout le Québec ; ils ont ainsi contribué fortement à sa croissance. En outre, la création et le maintien de 500 000 emplois ont bien soutenu la cause du Fonds durant les trois dernières décennies : « Nous sommes présentement le plus gros investisseur de capital de risque au Québec, sans compter que nos équipes ont mis l’accent pour tenir compte du phénomène régional : 40 % de nos investissements se font dans le Grand Montréal et 60 % dans toutes les régions par l’intermédiaire des fonds locaux et régionaux. »
 
De son côté, Yvon Bolduc met en relief la démarche professionnelle du Fonds, qui lui procure crédibilité et croissance : « On est vraiment bien implantés à travers la province, ce qui est une des causes de notre succès à long terme, mais il y a un autre point qui a joué en notre faveur : c’est la mise en place des équipes multidisciplinaires et la spécialisation de celles qui se consacrent aux investissements. Nous sommes reconnus sur les marchés parce que nos équipes, quand elles parlent d’un secteur d’activités, elles le connaissent très bien puisqu’elles comptent des spécialistes dans 
ce domaine. On s’est montrés innovateurs sur ce plan. »

***

La mission du Fonds

Créer, maintenir ou sauvegarder des emplois

Investir dans des entreprises à impact économique québécois et leur fournir des ser- vices afin de contribuer à leur développe- ment et de créer, de maintenir ou de sauve- garder des emplois.
 
Former les travailleuses et les travailleurs

Favoriser la formation des travailleuses et travailleurs dans le domaine de l’économie et leur permettre d’accroître leur influence sur le développement économique du Québec.

Développer l’économie du Québec

Stimuler l’économie québécoise par des investissements stratégiques qui profiteront aux travailleuses et aux travailleurs, de même qu'aux entreprises québécoises.
 
Préparer la retraite

Sensibiliser et inciter les travailleuses et travailleurs à épargner pour leur retraite et à participer au développement de l’économie par la souscription d’actions du Fonds.
 

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