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    Québec économique - «Si le Fonds n’existait pas, il faudrait l’inventer!»

    Le défi consiste maintenant à assurer la relève

    23 février 2013 |Claude Lafleur | Actualités économiques
    Rémi Marcoux, fondateur de TC Transcontinental<br />
    Photo: Fonds de solidarité Rémi Marcoux, fondateur de TC Transcontinental

    En trente ans, non seulement le Fonds de solidarité de la FTQ a joué un rôle majeur dans la préservation des emplois au Québec, mais il a également servi de levier économique aux entreprises d’ici et a permis de sensibiliser les travailleurs, les syndicats et les patrons aux besoins des uns et des autres.


    Pour Rémi Marcoux, fondateur des imprimeries TC Transcontinental, Michel Nadeau, directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations publiques et privées, et Raymond Legault, président de l’Union des artistes, le Fonds était une invention nécessaire.


    Quand le Fonds s’implique


    M. Marcoux est l’un de nos plus grands entrepreneurs. En quelques décennies seulement, il a transformé un petit atelier d’impression (comptant une trentaine d’employés) en l’un des plus importants imprimeurs d’Amérique du Nord (qui emploie aujourd’hui plus de 10 000 personnes). En 1976, il prenait en main un atelier fermé à la suite du décès de son fondateur. « J’ai vu là une occasion d’affaires, dit-il. Nous avons donc rouvert l’usine en janvier 1976 en la spécialisant dans l’impression des circulaires… » C’est ainsi que s’est amorcée la grande aventure de Transcontinental.


    En 1989, l’entreprise désirait ouvrir une usine en Californie. Toutefois, le syndicat bancaire avec lequel elle faisait d’ordinaire affaire refuse de lui avancer les fonds nécessaires. (M. Marcoux glisse au passage que son entreprise avait alors cumulé plus d’un milliard en emprunts !)


    « J’ai donc fait appel au Fonds de solidarité et j’ai été très bien reçu, poursuit-il. Ça a été assez facile de négocier avec eux pour obtenir 100 millions - même si on ne m’a pas fait de cadeau… - en me prêtant l’argent à 8 % d’intérêt par année. » Fort de cet appui, le patron de Transcontinental décroche ensuite un autre 100 millions auprès de la Caisse de dépôt et placement du Québec. « Et par la suite, les banques se sont mises à “courir” après moi ! lance-t-il en riant. C’est dire que le Fonds a joué un rôle déterminant en étant le déclencheur de notre projet californien », résume-t-il avec satisfaction.


    De son côté, Michel Nadeau illustre un autre rôle joué par le Fonds alors qu’il participait au sauvetage de SSQ Groupe financier, l’une des grandes compagnies d’assurance-groupe au Canada. « J’arrive donc à la SSQ en 1990, raconte-t-il, et c’est la panique. La compagnie perd de l’argent ; elle est en fait en faillite… Desjardins et les grandes compagnies de Toronto nous convoitent, mais il n’est pas question pour nous de vendre à des firmes torontoises. Et c’est là qu’arrive le Fonds avec un investissement de 40 millions. » Et M. Nadeau de clamer sans hésiter : « La SSQ n’existerait pas aujourd’hui sans l’intervention du Fonds de solidarité ! »


    Pour sa part, Raymond Legault n’a pas à proprement parler profité d’un coup de pouce du Fonds. Il observe néanmoins l’important rôle joué par celui-ci dans la sensibilisation et la formation des travailleurs à l’administration de leurs avoirs.


    Pour avoir longtemps participé aux comités de négociation de l’Union des artistes, il a pu ainsi observer le travail de sensibilisation du Fonds auprès d’un peu tout le monde aux besoins de chacun. « Lorsque tu négocies et que tu vois les défis que l’entreprise a à relever, ça relativise les choses, dit-il. Et je pense que le Fonds a créé globalement une paix sociale et syndicale. »


    Ce que confirme Rémi Marcoux, qui considère d’ailleurs que, grâce à ses programmes de formation, « le Fonds a beaucoup fait évoluer les travailleurs en leur faisant comprendre comment ça se passe dans une entreprise, quelles sont les conditions de réussite. C’est pour moi le plus grand apport du Fonds ».


    Le grand défi de l’avenir


    Depuis 2005, Michel Nadeau se préoccupe de la gouvernance des entreprises, ce qui lui a permis de découvrir l’expertise développée au Fonds. « Depuis quelques années, je m’occupe de l’évaluation des placements, dit-il, en particulier de déterminer comment on évalue la valeur des placements privés. » Or, étant donné que 60 % des placements réalisés par le Fonds de solidarité sont de cette nature, M. Nadeau a cru bon s’associer à l’équipe du Fonds qui évalue ce type de placements. « Je pensais alors que j’allais leur montrer comment nous, nous faisons cela à la Caisse, lance-t-il. Or, je me suis trompé ; c’est plutôt eux qui m’en ont montré… J’ai été ébloui par leur savoir-faire ! »


    Il fait en outre ressortir que partout ailleurs au Canada, les fonds de travailleurs qui ont été mis sur pied dans les années 1980-1990 ont échoué. « Ils ont tous fermé leurs portes, fait faillite ou été privatisés, dit-il, alors qu’au Québec, le Fonds a prospéré. »


    Pourquoi ? À cause de la rigueur des administrateurs, observe-t-il. « Je pense qu’au Québec, nous sommes rigoureux en matière de placements comme dans le monde coopératif, dit-il. On suit toujours une démarche rigoureuse… » Il observe d’ailleurs que le Fonds de solidarité a toujours su concilier deux missions, à savoir maintenir et créer des emplois tout en obtenant de bons rendements de placement. « C’est là la preuve de la qualité de leur gestion », résume-t-il. Rémi Marcoux estime quant à lui que « lorsqu’on regarde le bilan du Fonds sur une période de trente ans, l’évaluation en termes de capital de risque est remarquable ».


    En conséquence, Michel Nadeau estime que « la meilleure idée qu’on a eue au Québec dans le domaine de la finance a été justement la création du Fonds de solidarité de la FTQ. Si le Fonds n’existait pas, il faudrait l’inventer ! », lance-t-il joyeusement.


    Selon MM. Marcoux, Nadeau et Legault, le grand défi du Fonds, comme de la société québécoise en général, consiste à présent à assurer la relève de nos entrepreneurs. Il faut que nous aidions nos jeunes à prendre en main nos entreprises, disent-ils en substance, et le Fonds peut jouer un rôle majeur en cette matière. « C’est le grand défi de l’avenir, le défi qui se présente à nous tous dès aujourd’hui ! »



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