Un investisseur de proximité - «On ne doit pas jeter l’éponge au premier orage»
Le Fonds est toujours en mode vigie face aux 26 secteurs de l’économie québécoise
Depuis sa création il y a 30 ans, le Fonds de solidarité FTQ poursuit la même stratégie : devenir un partenaire à long terme des entreprises où il investit et ainsi contribuer à la croissance de l’économie du Québec
Les Montréalais connaissent bien son édifice en bordure de l’autoroute Métropolitaine, mais le Fonds de solidarité FTQ est présent dans toutes les régions du Québec et dans tous les secteurs de l’économie. En plus d’injecter des capitaux dans ses entreprises partenaires, il partage son expertise dans les différents secteurs d’activité québécois. Le Fonds s’enorgueillit également de rester présent aux côtés des entrepreneurs même durant les périodes difficiles.
On songe inévitablement au secteur de la construction, qui n’a pas bonne presse depuis quelques années, avec la multiplication des allégations de collusion. Le Fonds de solidarité maintient toutefois le cap.
« Il y a une tempête, mais en construction comme dans tous les secteurs de l’économie québécoise, il y a de très bons entrepreneurs honnêtes, et c’est sur ces gens que nous voulons capitaliser », affirme Gaétan Morin, premier vice-président développement corporatif et investissement au Fonds de solidarité FTQ.
Il précise que l’institution financière n’en est pas à sa première tempête.
« Le Fonds a été créé dans une tempête, la crise économique du début des années 1980. Puis on a traversé la crise du début des années 2000, la crise financière de 2008, et il y aura d’autres tempêtes à traverser. Dans les moments difficiles, les entreprises ont besoin de nous parce qu’il y a peu de capitaux disponibles, et pour nous, ce sont des occasions d’investissement. On ne doit pas jeter l’éponge au premier orage. »
Mode vigie
Le Fonds est donc toujours en mode vigie face aux 26 secteurs de l’économie québécoise et il s’ajuste en fonction des tendances.
« Par exemple, les cinq ou six dernières années ont été très difficiles pour les entreprises de l’industrie forestière, indique M. Morin. Nous avons alors travaillé sur des stratégies pour arriver à une sortie de crise avec une vision à long terme. Nous avons investi dans les entreprises qui n’avaient pas peur de moderniser leur équipement et qui allaient vers des produits à valeur ajoutée. Maintenant que nos entreprises partenaires du secteur ont retrouvé la rentabilité, nous devons les appuyer à court terme pour qu’elles puissent réaliser leurs projets. »
Le secteur de l’aérospatial est aussi à surveiller.« C’était très difficile, mais depuis un an, on voit que les grands avionneurs ont des carnets de commandes plus garnis. De plus, les grands donneurs d’ordre veulent limiter le nombre de fournisseurs avec qui ils font affaire, donc les entreprises devront se regrouper. Nous regarderons donc qui sont les joueurs qui ont les capacités et la volonté de faire des acquisitions. Em plus, ça tombe pile, parce que plusieurs entrepreneurs voudront passer le flambeau. »
Des équipes spécialisées
C’est au milieu des années 1990 que les analystes du Fonds se sont spécialisés par secteurs d’activité. Gaétan Morin est d’ailleurs arrivé à l’institution comme analyste financier il y a une vingtaine d’années. Comme il avait une formation en géologie, il s’est spécialisé dans le secteur minier.
« La spécialisation a permis au Fonds de se rapprocher énormément des enjeux des entreprises et de mettre à profit l’intelligence de ses équipes pour appuyer le développement, explique-t-il. Puis, au début des années 2000, on a créé des équipes multidisciplinaires pour se pencher sur les différents défis des entreprises. Par exemple, nous avons des experts du marché américain, de la fiscalité, etc. »
Expertise utile
C’est ce genre d’expertise qu’est venue chercher l’entreprise Les Bois de plancher PG auprès du Fonds. Celui-ci vient d’y injecter deux millions de dollars. « Nous ne demandions pas de financement pour soutenir un projet particulier, mais nous cherchions un partenaire pour nous aider à mettre en place un processus de relève », affirme Claude Garneau, président de Les Bois de plancher PG.
L’entreprise familiale de Saint-Édouard-de-Lotbinière, qui transforme les essences nobles en lattes de parquet, est aussi heureuse de voir que quelqu’un du Fonds siège maintenant à son conseil d’administration.« C’est un atout parce que ça apporte une vision externe, autre que fami
« Lorsque nous faisons un investissement dans une entreprise, nous devenons partenaires à long terme, précise Gaétan Morin. Notre spécialiste qui siège au conseil d’administration vient appuyer l’entreprise dans ses enjeux. »
En général, le Fonds accompagne les entreprises pour sept ou huit ans, mais le partenariat peut se poursuivre. « Nous avons dans notre portefeuille des entreprises pour lesquelles nous sommes partenaires depuis 20 ans. Chaque réinvestissement fait l’objet d’une analyse, mais si l’entreprise donne du rendement, qu’elle a des projets intéressants, nous réinvestissons », explique M. Morin.
Il précise que le Fonds de solidarité FTQ n’est pas obnubilé par les profits à très court terme. « Souvent, en raison de la pression des actionnaires, les entreprises se sentent obligées d’avoir une vision annuelle, mais c’est une grave erreur de penser comme ça. Il faut regarder à long terme. »
Des investissements diversifiés
Quel est le genre d’entreprise idéale pour le Fonds lorsque vient le temps d’investir ? Difficile de dresser un portrait-robot, puisque l’institution financière s’appuie sur un réseau de 85 fonds locaux, de 16 fonds régionaux et de plus de 70 fonds spécialisés. Les fonds locaux font des investissements d’un maximum de 200 000 $, les fonds régionaux investissent de 200 000 à deux millions de dollars et le siège social à Montréal s’occupe des investissements de plus de deux millions de dollars.
« On retient souvent nos investissements dans les entreprises publiques connues du grand public, mais notre pain quotidien est les PME québécoises », affirme Gaétan Morin.
Les entreprises peuvent aussi aller chercher du soutien à leurs différents stades de développement.
« Que ce soit au démarrage, dans le lancement de nouveaux produits, pour aller en bourse ou faire des acquisitions, énumère Gaétan Morin. Aussi, maintenant, nous voyons plusieurs entreprises, peu importe la taille, attirées par les marchés étrangers. On ne voyait pas ça, il y a 25 ans. C’est très prometteur et ça crée beaucoup d’emplois ici. »
Collaboratrice







