«La crise était grave»
Élargir le coffre à outils des syndicats pour défendre les travailleurs : tel était l’objectif du Fonds de solidarité FTQ lors de sa création en 1983. Depuis le début des années 1980, la récession frappait le Québec de plein fouet et les temps étaient durs pour l’emploi.
« La crise était grave, des centaines de milliers d’emplois ont été perdus au Canada et les syndicats vivaient de l’impuissance face aux fermetures d’usine qu’on annonçait chaque jour », se souvient Jean-Guy Frenette, qui était alors directeur de recherche à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) depuis 1967.
« C’était quelque chose de nouveau parce que les syndicats avaient toujours vécu dans un contexte de croissance jusqu’aux années 1970, marquées par la crise du pétrole », précise-t-il.
Les syndicats avaient mis sur pied des initiatives ponctuelles pour aider la relance d’entreprises ou de secteurs en difficulté, mais on sentait le besoin de créer une structure permanente.
« La goutte qui a fait déborder le vase : les entreprises en difficulté se sont mises à demander aux travailleurs d’investir en elles pour sauver leurs emplois, et lorsqu’elles faisaient faillite, les travailleurs perdaient tout, raconte M. Frenette. Nous avons discuté de solutions possibles avec Louis Laberge [président de la FTQ de 1964 à 1991] et il a décidé d’aller de l’avant avec un fonds pour intervenir directement afin de sauver des emplois. »
Jean-Guy Frenette avait développé une expertise en relance d’entreprises et en capital de risque. C’est donc à lui qu’on a confié la préparation de la documentation pour démarrer le Fonds.
« On avait créé un comité consultatif très compétent avec notamment Claude Blanchet, qui était directeur général de la Société de développement des coopératives, et Paul-Arthur Fortin, alors président d’Entrepreneurship Québec [aujourd’hui la Fondation de l’entrepreneurship] », explique Jean-Guy Frenette, aujourd’hui à la retraite.
Le Fonds était créé pour tous les travailleurs, peu importe qui était leur employeur ou leur syndicat.
« C’était évident depuis le départ puisque nous allions avoir une contribution en fonds publics, explique M. Frenette. Jacques Parizeau, qui était ministre des Finances, n’a d’ailleurs pas hésité à nous accorder le crédit d’impôt pour les cotisations. »
Pour les travailleurs, par les travailleurs
Une fois le Fonds fonctionnel sur papier, il fallait susciter l’adhésion des travailleurs. « Nous devions collecter [des cotisations] travailleur par travailleur, indique M. Frenette. Nous avons monté un réseau de responsables locaux. Dans chaque usine, un responsable expliquait aux travailleurs le fonctionnement du Fonds et leur demandait de participer»
Il est convaincu que si le Fonds a réussi à traverser l’épreuve du temps, c’est en grande partie grâce à son mode de fonctionnement. « Le Fonds appartient aux travailleurs, il est pris en charge par la base. L’institution ne leur est pas étrangère et elle est axée sur leur besoin de protéger les emplois. »
Au-delà de toute attente
« Nous avions préparé différents scénarios à l’époque qui montaient jusqu’à 500 millions de dollars, mais Louis Laberge avait mentionné 200 millions en conférence de presse. Tout le monde pensait que c’était une grosse farce », se souvient M. Frenette.
Le Fonds gère maintenant un actif net de 8,8 milliards de dollars.
Collaboratrice
***
NDLR: Ce texte a été modifié après la mise en ligne.







