Actionnariat - Il a fallu cinq ans pour élargir la base des actionnaires
La méthode la plus populaire de contribution est celle de la retenue sur la paie
En 30 ans d’existence, le Fonds de solidarité de la FTQ a beaucoup évolué. Si l’actif net du Fonds a augmenté, il en est de même pour le nombre de ses actionnaires, dont le profil et les habitudes se sont aussi modifiés. Entrevue avec Denis Leclerc, vice-président à l’actionnariat.
« Lors de la mise en vente de nos premières actions en 1984, le recrutement des membres s’est révélé plus ardu que prévu, raconte Denis Leclerc. Après une année de fonctionnement, nous avions seulement 50 000 membres. Et comme ces membres investissaient surtout des petits montants, la somme des actifs recueillis ne s’élevait qu’à 620 000 $. »
De plus, l’actionnariat de cette époque était principalement masculin, francophone de souche et syndiqué à la FTQ. Il a fallu environ cinq ans pour élargir la base des actionnaires et donner une certaine vitesse de croisière au Fonds. « Nous avons souffert pendant cette période d’une rumeur selon laquelle le Fonds de solidarité était réservé aux seuls syndiqués à la FTQ, mais en réalité, il était ouvert à tout le monde depuis sa création. Il a fallu d’abord commencer par corriger cette perception erronée. »
Le portrait a depuis changé. Des quelque 595 000 actionnaires que compte aujourd’hui le Fonds de solidarité, 35 % sont des syndiqués de la FTQ, 21 % sont des syndiqués d’autres syndicats et 44 % ne sont tout simplement pas syndiqués. Généralement masculin au départ, l’actionnariat s’est équilibré, puisque les femmes représentent aujourd’hui 45 % de l’actionnariat.
Mise en marché du produit
Dès le départ, le Fonds de solidarité a misé sur la présence de ses responsables locaux pour faire la mise en marché de son produit financier. « Les représentants locaux sont au sein des entreprises, ce sont des travailleurs comme les autres, et ceci leur permet d’établir plus facilement un lien de confiance avec leurs collègues de travail. Ils ne sont pas perçus comme des corps étrangers. De plus, leur rôle ne se borne pas à faire la promotion du Fonds. Ils ont aussi un rôle de sensibilisation et de pédagogie en matière de finances personnelles. »
Mais pour assurer le succès du Fonds de solidarité, il fallait ratisser plus large que les représentants locaux ne pouvaient le faire. « On a donc commencé à mettre de la publicité dans les journaux, ce que nous faisons toujours. Ensuite, nous avons rajouté la publicité à la télévision. Puis nous avons eu l’idée de faire de la publicité à la radio. Nous avons été les premiers à faire une campagne REER à la radio et cela a très bien fonctionné. D’une part, les coûts moindres de la publicité nous permettaient d’augmenter notre présence. Nous avions ciblé les émissions du matin et du retour du travail, un moment où de nombreuses personnes sont captives de leur voiture. La radio nous a aussi permis d’atteindre une clientèle plus jeune. C’est la stratégie que nous conservons aujourd’hui en ce qui concerne les médias traditionnels. Par exemple, nous avons annoncé cette année pendant le Super Bowl. »
La stratégie marketing du Fonds de solidarité se décline maintenant aussi sur Internet. « Nous avons mis récemment en place un site transactionnel où l’on peut acheter directement des actions en ligne. En moins d’un an, 13 000 personnes sont devenues actionnaires de cette façon. Nous offrirons bientôt ce même service pour les téléphones mobiles et les tablettes électroniques. »
Bien que la quincaillerie du marketing soit aujourd’hui plus sophistiquée, la personne humaine demeure au coeur de la mise en marché des actions du Fonds de solidarité. « Le rôle de nos représentants locaux demeure toujours essentiel, nous avons encore des bureaux où les gens peuvent venir nous rencontrer et nous avons toujours maintenu un service téléphonique où une personne répondra à vos questions. Le contact personnel demeure important pour nous car c’est ainsi que s’établit et se maintient le lien de confiance. D’ailleurs, les sondages auprès de nos actionnaires indiquent que le taux de satisfaction de ces derniers avoisine le 95 %. »
Les us et coutumes des actionnaires
Pour quelles raisons devient-on actionnaire du Fonds de solidarité ? « Selon nos sondages, la première raison pour laquelle une personne devient actionnaire du Fonds, c’est pour profiter du crédit d’impôt supplémentaire de 30 %. C’est le facteur déterminant. Vient ensuite l’épargne en fonction de la retraite. La troisième raison évoquée, c’est qu’en investissant dans le Fonds de solidarité, l’on investit aussi dans les entreprises québécoises et l’on contribue ainsi à renforcer l’économie québécoise. Le rendement que procure le Fonds arrive en dernier. »
Une autre raison qui motive les personnes, en particulier les jeunes, à contribuer à un REER du Fonds de solidarité est la possibilité d’utiliser les sommes déposées pour faire l’acquisition d’une première résidence, en vertu du régime d’accès à la propriété (RAP). « Pour nos jeunes actionnaires, dont la retraite est encore lointaine, c’est une façon d’obtenir une gratification immédiate pour leurs efforts d’épargne. Environ 8 à 9 % de nos actionnaires utilisent le RAP. Par exemple, l’an dernier, il y a eu 3700 demandeurs de RAP pour une somme de 30 millions de dollars. »
On peut contribuer à un REER du Fonds de solidarité de trois manières. D’abord, la manière classique, soit en un seul versement annuel. On peut aussi opter pour des prélèvements automatiques dans le compte bancaire. Mais la méthode la plus populaire aujourd’hui est celle de la retenue sur la paie. « C’est le choix de la majorité de nos actionnaires. D’abord, la somme retenue est plus petite, donc plus facile à absorber. Mais surtout, comme le remboursement d’impôt est immédiat, le montant d’impôt retenu sur la paie baissera d’autant. » Par exemple, si la somme investie est de 10 dollars par semaine, si l’on tient compte du remboursement d’impôt, c’est seulement 3 dollars par semaine qui seront réellement retirés de la paie.
Collaborateur
NDLR: Ce texte a été modifié après la mise en ligne.







