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Perspectives - Austère erreur

Le texte a fait jaser. L’économiste en chef du Fonds monétaire international reconnaît que les paramètres retenus ont largement sous-estimé l’impact négatif des politiques d’austérité budgétaire. Mardi, les statistiques sociales officielles sont venues rappeler au FMI que, derrière cette application mécanique erronée des chiffres, se profile un nombre record de chômeurs : 18,8 millions dans la zone, 26 millions dans l’Union. Et la récession ne fait que commencer là-bas !

Selon le FMI, l’histoire enseigne que chaque dollar de compressions budgétaires devrait retrancher 50 ¢ à la croissance économique des pays développés. Mais la réalité, avec cette forte crise en 2008, a fait ressortir un impact sur la croissance passant du simple au double, probablement du simple au triple. Cette petite erreur économétrique pourrait faire la différence entre récession et… dépression.


Le continent de l’austérité budgétaire croule sous le poids de ses chômeurs. Plus de 18,8 millions de personnes étaient au chômage en novembre dans la zone euro, 26 millions dans l’Union européenne. Pour les pays partageant la monnaie unique, le taux de chômage moyen atteignait un nouveau record en novembre, à 11,8 % (à 24,4 % chez les jeunes), se situant au-dessus des 10 % pour un 16e mois consécutif. Il est désormais attendu qu’il dépassera les 12 % cette année.


Il y a plus. Trois ans après le déclenchement de la crise de la dette souveraine, le quart de la population européenne, soit 120 millions de personnes, est aujourd’hui menacée de pauvreté. Et la récession ne fait que commencer ! Du moins, selon une première estimation d’Eurostat, la contraction du PIB au troisième trimestre viendrait confirmer l’entrée officielle de la zone euro en récession. Cette Europe des 17 serait ainsi confrontée à une deuxième récession depuis la crise financière de 2008.


Une récession plutôt atypique, qui s’amorce avec un taux de chômage déjà record et avec un endettement public également à un sommet, ayant pris le chemin inverse à celui que souhaitaient les farouches partisans de l’austérité budgétaire sans croissance.


Au chapitre de l’endettement public, les données d’Eurostat ont confirmé l’effet pervers de cette politique d’austérité. Dans la zone, la dette publique par rapport au PIB s’établissait à 90 % à la fin du deuxième trimestre de 2012, contre 87,1 % un an plus tôt. Les ratios les plus élevés ont été observés en Grèce (150,3 %), en Italie (126,1 %), au Portugal (117,5 %) et en Irlande (111,5 %), là où l’austérité imposée a frappé le plus durement. À la fin de 2009, avant que la crise de l’endettement ne secoue la Grèce pour ensuite s’étendre aux pays du Sud, le ratio dette/PIB de la zone (qui comprenait alors 16 pays) s’établissait à 78,7 %. Il était de 66 % à la fin de 2007.


Les adeptes de la rigueur budgétaire quel que soit l’état de la conjoncture économique estiment que les plans d’austérité successifs commencent à porter fruits en Grèce, qui regagne des points au chapitre de la productivité et de la compétitivité économique. Mais dans les faits, la Grèce, qui a vu son PIB chuter de 22 % depuis 2008, s’engage en 2013 dans sa sixième année de récession, avec un taux de chômage de 26 %, de 57,6 % chez les jeunes, avec près du tiers de sa population se retrouvant en situation de « privation matérielle sévère », avec un ratio d’endettement public stratosphérique, attendue à 170 % du PIB, contre 120 % lors de son entrée en crise.


Ces mêmes adeptes ont aussi le réflexe de citer le Canada en exemple. De rappeler qu’au sortir de la récession de 1990-1992, le Canada, avec un ratio d’endettement public gravitant autour des 100 % du PIB, se voyait reléguer au rang des pays du tiers-monde, avec le FMI à ses trousses. La pilule de l’austérité a été imposée avec, pour résultat, un retour à l’équilibre en 1997. Mais faut-il rappeler que ce retour en forme des finances publiques fédérales s’est fait au prix d’un généreux pelletage dans la cour des provinces ? Il est survenu dans un contexte inflationniste, avec un rebond de l’inflation autour de 4 % en 1994-1995, et de reprise économique digne de ce nom, avec une progression du PIB oscillant entre 5 et 6 %. La vigueur économique des partenaires commerciaux apportait aussi ses effets bénéfiques à une économie fortement tournée vers l’extérieur, disposant de ressources naturelles abondantes, disposant de ses propres leviers monétaires et comptant sur une devise s’échangeant autour de 70 ¢US. D’ailleurs, il appert que, sans les coupes massives appliquées alors aux dépenses fédérales, le retour aux excédents budgétaires aurait été plus rapide.

 
 
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