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    Les entretiens Concordia - Protéger le territoire… et les communautés

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	Monica Mulrennan veut des aires protégées qui ne servent pas seulement à « avaliser le développement économique ».</div>
    Photo: Marie-Hélène Tremblay Le Devoir
    Monica Mulrennan veut des aires protégées qui ne servent pas seulement à « avaliser le développement économique ».
    La protection du territoire doit précéder le développement économique, et non le contraire, croit la professeure au département de géographie de l’Université Concordia, Monica Mulrennan. Témoin privilégié d’un projet de création d’aires protégées lancé il y a une dizaine d’années par une communauté crie du Nord québécois, elle est convaincue que l’atteinte d’un équilibre entre exploitation et conservation est possible.


    « Ma préoccupation, c’est que les aires protégées soient simplement utilisées pour cautionner ou avaliser le développement économique, explique cette femme dont l’accent trahit les origines irlandaises. La protection du territoire est considérée comme faisant partie intégrante du développement, mais les deux ne sont pas toujours compatibles ! »

    Présidente d’un groupe de travail de l’Association canadienne des géographes sur les peuples autochtones, Mme Mulrennan a achevé ses études à Dublin, puis s’est installée en Australie pour y analyser les environnements côtiers. C’est là qu’est née sa passion non seulement pour les territoires physiques, mais également pour l’interaction avec ceux qui les occupent. « Mon intérêt initial concernait l’environnement, mais les communautés autochtones occupent souvent des territoires précieux et la manière dont elles interagissent avec cet environnement me fascine ! »

    Il y a une vingtaine d’années, c’est une histoire de cœur qui l’amène au Québec, où elle finira par tomber amoureuse d’une communauté autochtone établie sur la côte est de la baie James.

    En 2001, les Cris de Wemindji mettent en branle un projet d’aires protégées sur leur territoire. Au départ, cette initiative née d’un partenariat avec plusieurs universités canadiennes, puis avec le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs et Parcs Canada, est essentiellement une belle occasion d’observer la relation entre une communauté autochtone et son environnement. Mais il y aura plus.

    « En tant que chercheurs, nous croyions que nous allions simplement procéder à une évaluation de ce qu’il était possible de faire, des différents modèles applicables. Que nous allions discuter avec des chasseurs, cartographier la région, écouter les histoires qu’on nous raconterait, résume la professeure, un sourire en coin. Jamais nous n’aurions cru que nous deviendrions ceux qui feraient passer ce projet à un palier supérieur. »
     
    Fructueuse collaboration

    C’est à l’invitation de la communauté de quelque 14 000 habitants que l’équipe de chercheurs et d’étudiants au doctorat se met en route vers le village cri de Wemindji. Après de nombreuses discussions avec le chef Rodney Mark, ils constatent rapidement qu’au cœur du projet de protection du territoire se trouvent deux bassins hydrographiques (Paakumshumwaau et Maatuskaau) dont la conservation est jugée prioritaire. Ceux-ci regroupent bon nombre des grandes rivières de la région encore épargnées par le développement hydroélectrique et les conséquences de l’exploitation minière.

    La collaboration entre la communauté, les chercheurs et le gouvernement porte fruit, puisque quelques années plus tard, en 2008, ce dernier attribue à la région le statut de « réserve de biodiversité projetée ». Selon Mme Mulrennan, le statut de protection permanent, en voie d’obtention, ne serait qu’une formalité.
     
    Trouver un équilibre

    Dans un article publié récemment et coécrit avec, entre autres, le chef Mark, Monica Mulrennan explique que l’utilisation d’une approche participative comme celle employée dans le cadre du projet Wemindji permet de renforcer les capacités de gestion des communautés. On y lit par ailleurs qu’en identifiant précisément leurs besoins, les membres peuvent contribuer à la protection de leur mode de vie et de leur culture, souvent étroitement liés au territoire qu’ils occupent.

    « Les aires protégées ne sont pas seulement une façon de conserver intact un territoire. Pour la communauté, c’est aussi une occasion de développer un sentiment d’appartenance », estime-t-elle. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un coup d’œil sur le nouveau musée qui a vu le jour dans la foulée du projet, ou encore de se joindre aux expéditions organisées chaque année sur une rivière qui traverse l’aire protégée pour permettre à des dizaines de jeunes autochtones de découvrir leur environnement et d’en apprécier la richesse.

    « Nous sommes allés au-delà de la simple recherche en participant à l’implantation concrète du projet », se félicite la chercheuse, en espérant que le cas Wemindji puisse être reproduit à d’autres territoires du Nord québécois. « Je crois qu’avec un exemple comme celui-là, nous assistons à un virage dans la relation entre les gouvernements et les communautés autochtones. »

    Rien n’est toutefois acquis, prévient-elle. Selon une mise à jour du ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs datant du 18 octobre dernier, 8,52 % de la superficie de la province est protégée. Au printemps, le ministre de l’époque, Pierre Arcand, avait annoncé vouloir élever cette proportion à 50 % d’ici 2035. Le critique du Parti québécois en matière d’environnement, Scott MacKay, avait alors déploré le fait que le projet de loi libéral fasse abstraction de l’expertise des communautés nordiques.

    Monica Murennan retire de son expérience auprès de la communauté crie de Wemindji des relations fortes qu’elle entretient encore aujourd’hui — sa famille et elle rendent visite au chef Rodney Mark chaque année —, mais elle jette également un regard lucide sur la réalité qu’impose le développement économique.

    « Il est très difficile pour les communautés de dire non au développement, en raison des richesses des territoires où elles habitent et des pressions qu’elles subissent, mais je pense que les aires protégées peuvent leur permettre de trouver un équilibre, une solution au dilemme qui oppose la protection au développement économique, insiste la géographe, avant de marquer une pause. Je crois que si les autochtones peuvent contrôler le programme et avoir plus d’emprise sur les décisions, le Plan Nord peut être une bonne chose. »












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