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Canada et États-Unis - Le boom gazier et pétrolier redessine la carte géopolitique du monde

Les États-Unis pourraient devenir le premier producteur mondial de pétrole d’ici quatre ans.
Photo : Agence France-Presse Mandel Ngan Les États-Unis pourraient devenir le premier producteur mondial de pétrole d’ici quatre ans.
New York — Le boom du gaz et du pétrole de schiste en Amérique du Nord bouscule la donne énergétique planétaire en fournissant une manne d’hydrocarbures bon marché aux pays occidentaux, même si le Moyen-Orient va garder son rôle pivot.

«La révolution du gaz naturel est réelle. L’Amérique du Nord a soudainement 100 années d’approvisionnement en gaz au chaud et le monde en a 250 » et « ce boom redessine la carte géopolitique du monde », constatait Marvin Odum, un dirigeant de Shell, lors d’une récente conférence du cabinet spécialisé Platts.


Depuis 2007, la technologie décriée du « fracking », ou fracturation hydraulique, combinée à celle du forage à l’horizontale, a permis d’exploiter les immenses ressources en hydrocarbures des gisements de schiste aux États-Unis et au Canada.


Les États-Unis ont ainsi produit cette année 6,4 millions de barils de brut par jour : une hausse de 32 % en 5 ans et un record depuis 15 ans.


Cette manne génère des dizaines de milliards de dollars de revenus et crée des centaines de milliers d’emplois, une ruée vers l’or du XXIe siècle qui soulève de sérieuses craintes pour l’environnement et la santé des riverains.


L’Agence internationale de l’Énergie prévoit même que les États-Unis deviendront le premier producteur mondial de pétrole d’ici quatre ans, dépassant l’Arabie saoudite et la Russie et qu’ils parviendront à l’indépendance énergétique d’ici 2030.


«Pour le gaz naturel, l’indépendance est quasiment là », note Andrew Lipow, analyste indépendant interrogé par l’AFP.


Une situation encore impensable il y a quelques années, qui change surtout la donne pour les États-Unis, premier consommateur au monde, alors que le Canada est déjà très largement exportateur.


Si ces prédictions se confirment, « les États-Unis n’auront plus besoin du Moyen-Orient et de l’OPEP pour leur approvisionnement pétrolier », constate M. Lipow.


À l’inverse, le Moyen-Orient se retrouve « face à deux défis : la concurrence de la production nouvelle en provenance des États-Unis et l’essor de sa propre consommation », renchérit Kevin Massy, expert du Brookings Institute.


L’avantage gagné par les États-Unis avec le schiste est tempéré par la flambée de la consommation énergétique. Selon l’AIE, d’ici 2035, la demande mondiale de gaz devrait bondir de 50 % et celle de pétrole de 10 %, tirée par le développement des transports dans les pays émergents, ce qui va soutenir les prix du brut à des niveaux élevés.


«Dans un marché totalement mondialisé, les États-Unis restent vulnérables à toute perturbation de l’approvisionnement, susceptible de faire flamber le brut et de fragiliser l’économie américaine », insiste M. Massy.


Le Moyen-Orient « va donc rester crucial » pour l’approvisionnement énergétique, sans parler des questions de sécurité nationale, renchérit Michael Levi, du Council on Foreign Relations.


«C’est différent pour le gaz, car c’est un marché régionalisé, donc l’impact géopolitique du schiste est plus important », fait remarquer M. Massy.


Des pays comme l’Ukraine, la Hongrie, la Pologne, qui dépendent du gaz russe vont acheter de plus en plus de gaz naturel liquéfié venant d’Amérique du Nord. « Cela met la pression sur les prix » et diminue la suprématie du géant russe, souligne M. Massy.


Les autres pays sont loin d’imiter l’exemple américain.


En Europe, en France ou en Bulgarie, les inquiétudes environnementales bloquent l’exploitation. En Grande-Bretagne, celle-ci fait débat, mais en Pologne où le gouvernement y est favorable, le géant ExxonMobil s’est cassé les dents avec plusieurs essais improductifs.


La Chine de son côté recèle de très importantes réserves de schistes, mais dans des zones soit arides, alors que le fracking nécessite d’immenses quantités d’eau, soit très peuplées, et elle manque d’infrastructures.

 
 
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