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    Perspectives - L’autre démocratie

    Le régime chinois prévient qu’il n’est pas à la veille d’adopter les institutions démocratiques occidentales. Mais il n’aura peut-être pas le choix de procéder plus rapidement qu’il ne le croit à une autre sorte de démocratisation.

    Le contraste entre les deux superpuissances n’a échappé à personne la semaine dernière. Un internaute anonyme l’a résumé ainsi dans le microblogue chinois Weibo : « Élection américaine : on ne sait qu’au dernier moment qu’Obama a gagné et Romney le félicite. Élection chinoise : un an avant, on sait qui va gagner et qui a perdu, et la famille de celui qui a perdu est en prison. »


    Le régime chinois a fait clairement savoir qu’il n’avait aucune intention que cela change « La Chine n’adoptera jamais le modèle politique occidental », a martelé le secrétaire général sortant du parti communiste chinois, Hu Jintao, en lever de rideau de son 18e congrès. Ses compatriotes avaient de toute façon probablement déjà compris en voyant, ces dernières semaines, tous les dissidents réels ou potentiels assignés à résidence ou envoyés aux confins de campagnes reculées, le contrôle d’Internet encore resserré, les effectifs policiers augmentés à Pékin, et même les pigeons domestiques interdits de vol dans le ciel de la capitale de peur qu’on leur attache des tracts subversifs aux pattes.


    L’équipe dirigeante qui s’apprête à céder les rênes du pouvoir normalement pour deux mandats de cinq ans n’a pas manqué de se vanter du chemin parcouru sous sa gouverne. L’économie chinoise a, en effet, quadruplé en dix ans, grimpant du sixième au deuxième rang mondial. La proportion de Chinois vivant en ville est passée, au même moment, du tiers à plus de la moitié de la population totale, et leur revenu disponible moyen a triplé, passant de l’équivalent de 1000 $ par année à 3000 $.

     

    Réformes nécessaires


    Cette extraordinaire croissance économique atteindra probablement bientôt ses limites, à moins d’en modifier la recette. On ne peut pas éternellement augmenter ses exportations à l’étranger (30 % de l’économie) surtout quand ses principaux clients (les pays riches) tardent à se remettre de la dernière crise. On ne peut pas non plus continuer de faire pleuvoir des milliards (40 % de l’économie) sur son secteur immobilier, ses routes, ses villes, ses usines et ses ports sans multiplier les cas de gaspillages, de corruption et de bulle spéculative, et ce, sans parler de la pollution et des inégalités.


    Le régime chinois l’admet volontiers. « La croissance chinoise reste déséquilibrée, mal coordonnée et insoutenable », a déclaré dans son discours d’adieu Hu Jintao ajoutant qu’il fallait s’attaquer au problème de la corruption, des inégalités croissantes et de la pollution. Il avait dit la même chose en prenant le pouvoir il y a 10 ans. Depuis, le nombre officiel « d’incidents de masse » au pays - c’est-à-dire de troubles impliquant chaque fois au moins 500 personnes - a grimpé à 180 000 l’an dernier.


    Tout le monde semble convenir que la nouvelle recette du succès chinois doit passer par une transition vers une économie à plus grande valeur ajoutée et développer sa consommation intérieure. Une telle transition requerrait, entre autres choses, l’augmentation de dépenser des ménages en relevant les salaires, en améliorant le filet social et en leur offrant de meilleurs services financiers. Pour le moment, moins du tiers des Chinois disposent d’une assurance maladie et le cinquième d’un régime de retraite; aussi, ils préfèrent économiser leur argent en cas de coup dur. Cette prudence n’ira pas en diminuant avec le vieillissement rapide de la population.


    Pour que les entrepreneurs chinois se tournent vers leur propre économie, il faudrait leur offrir les mêmes règles de droit que celles dont ils profitent dans leurs échanges avec les pays développés. Il faudrait aussi que les autocrates chinois acceptent que l’information et les opinions circulent librement dans le pays et que l’État ne contrôle pas tout dans l’économie et la société, à commencer par les taux de change.

     

    Épilogue


    Il n’y a pas qu’en Chine que l’on se fait du souci pour la démocratie. La victoire de Barack Obama à l’élection présidentielle américaine a eu l’effet d’un baume aux États-Unis.


    Malgré toutes les horreurs que l’on entend parfois sur la capacité de discernement des électeurs, ils en ont assez compris sur les multiplicateurs budgétaires, la recapitalisation des banques, la trappe de liquidité et autre assouplissement quantitatif pour rejeter les accusations du camp républicain voulant que les mesures de relance de l’administration sortante aient aggravé la situation, a observé The Economist. « Ils se sont entendus pour dire que l’économie était dans un mauvais état, mais que la faute en revenait bien plus à George Bush qu’à Barack Obama. »


    La victoire de ce dernier est d’autant plus remarquable que les « super riches » n’ont ménagé aucun effort ni moyen financier pour le faire défaire, ont observé des politologues américains dans les pages économiques du Globe and Mail vendredi. « Cela montre que vos votes comptent, a déclaré un expert de l’Université Yale, Jacob Hacker. Si vous parvenez à mobiliser vos électeurs, vous avez un puissant antidote pour contrer le pouvoir de l’argent en politique. »

     
     
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