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    Le Plan Nord risque d’être peu rentable pour le Québec

    Un débat sur le chantier industriel s’est tenu mercredi à l’UQAM

    Jacques Fortin, professeur de sciences comptables à HEC Montréal : « Il serait temps de prendre une pause et de réfléchir. »
    Photo : Pedro Ruiz - Le Devoir Jacques Fortin, professeur de sciences comptables à HEC Montréal : « Il serait temps de prendre une pause et de réfléchir. »
    Tel qu’il a été conçu, le Plan Nord risque fort de s’avérer peu rentable pour le Québec. En fait, c’est tout le développement de cette vaste portion du territoire qu’il faudrait revoir. C’est du moins ce qui se dégage d’un débat sur le chantier industriel lancé par les libéraux, qui s’est tenu mercredi soir à l’UQAM.

    Bien que le gouvernement du Québec ait déjà engagé des centaines de millions de dollars dans divers projets liés au Plan Nord, le plan sur lequel s’appuie le « chantier d’une génération » ne permet absolument pas de s’assurer que toute la démarche ne représentera pas un fiasco pour les finances publiques. « On ne peut pas savoir si le plan sera rentable », a lancé Jacques Fortin, professeur de sciences comptables à HEC Montréal.


    Selon lui, de sérieuses questions se posent sur le financement des infrastructures au nord du 49e parallèle, mais aussi sur le rythme d’exploitation de ressources non renouvelables et sur le système de redevances. « On s’apprête à s’engager dans un projet aux impacts environnementaux considérables et qui ne profitera qu’à quelques personnes. Je suis angoissé par le sort qu’on réserve à nos ressources naturelles depuis 50 ans, pour cause de précipitation. Il serait temps de prendre une pause et de réfléchir. Pour moi, le débat sur les ressources est aujourd’hui aussi important que celui qu’on a fait sur la souveraineté dans les années 70 », a-t-il insisté.


    Manque de planification

    Christian Simard, directeur général de Nature Québec, a pour sa part soutenu que le projet industriel défendu par l’ancien gouvernement a été lancé « sans planification écologique et sans réflexion ». On ne sait pas, par exemple, quelle proportion de ce territoire essentiellement vierge devrait être protégée de toute activité minière, alors que les entreprises acquièrent des droits d’exploration. La très vaste majorité du territoire québécois est ouverte à l’exploration. N’importe qui dans le monde peut, sur le Web, se procurer des « claims » miniers pour quelques dizaines de dollars.


    M. Simard a aussi dit redouter les impacts environnementaux liés à ce développement accéléré en rappelant que le Québec compte déjà des dizaines de sites miniers abandonnés dont la restauration revient aujourd’hui à l’État. La facture pourrait dépasser 1,25 milliard de dollars. « Ce qui se faisait avant ne se fait plus maintenant. Les mines en tant que telles ont une empreinte environnementale très faible », a répliqué Jean-Marc Lulin, président de l’Association de l’exploration minière du Québec.


    Le directeur général de Nature Québec a également rappelé que la réforme de la Loi sur les mines se fait toujours attendre, malgré les nombreuses lacunes constatées dans l’actuelle législation. Deux projets de loi sont morts au feuilleton au cours des dernières années. « Ça fait l’affaire de l’industrie », a-t-il laissé tomber.


    Les quatre experts présents au débat mercredi soir ont par ailleurs tous reconnu qu’il existe une grande méconnaissance de ce territoire de 1,2 million de kilomètres carrés où habite 2 % de la population du Québec. En fait, la vision serait très réductrice, selon Michel Jebrak, titulaire de la Chaire de recherche en entrepreneuriat minier UQAT-UQAM. « Le regard sur le Nord est similaire à celui des Européens sur l’Afrique au 19e. On le voit comme un immense territoire très riche à exploiter. »


    M. Lulin a toutefois rappelé que le développement minier en territoire éloigné s’inscrit dans un mouvement de migration des projets vers des zones qui, autrefois, auraient été trop coûteuses à explorer. Mais dans un contexte de croissance de pays comme la Chine, les gisements, quoique parfois difficiles d’accès, deviennent intéressants pour les investisseurs. Le gouvernement Charest comptait d’ailleurs aider les minières en investissant des milliards de dollars dans le développement de routes, de ports et de voies ferrées.


    Michel Jebrak a également fait valoir que le Québec devrait se donner les moyens de développer le secteur de la transformation des ressources minières. Actuellement, les plus importants projets d’extraction de fer sont conçus pour l’exportation directe du minerai à l’état brut. « Les ressources ne sont pas une fin en soi, mais la tête de pont de toute une industrie. Il y a urgence de bouger sur la question de la transformation. »

     
     
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