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Endettement - Un pari risqué

Personne n’a été surpris d’apprendre cette semaine que la Banque du Canada maintenait son taux directeur à seulement 1 %. Coincée entre une phase d’expansion économique qui prend des airs de canard boiteux et un niveau d’endettement des ménages historiquement élevé, la banque centrale semble condamnée à prier pour que le navire traverse la tempête sans fendre en deux.

Lors de l’annonce de sa décision, mardi, la Banque du Canada déclarait qu’« au fil du temps, une réduction modeste de la détente monétaire sera probablement nécessaire ». Traduction : le moment approche où il faudra augmenter les taux. Mais mercredi, le gouverneur de la banque, Mark Carney, se faisait moins menaçant et réitérait son intention de maintenir les taux à leur niveau actuel pendant au moins une autre année.


Si cela peut paraître contradictoire, c’est que ce l’est ! Et cela s’explique par le fait que la banque est placée devant un dilemme : à cause de la conjoncture difficile aux États-Unis, de la récession européenne et du ralentissement observé en Chine, l’économie canadienne connaît une période d’expansion exceptionnellement lente marquée par un taux de croissance réelle d’à peine 2 % comparativement à 3 % en moyenne au cours des deux décennies précédentes.


Impossible donc de toucher aux taux d’intérêt sans nuire à la croissance et à l’emploi. Surtout qu’avec un dollar fort, toute augmentation des taux pousserait le dollar à la hausse, et les exportations à la baisse…


Mais voilà, en maintenant les taux à des niveaux aussi bas, aussi longtemps, la Banque du Canada alimente l’endettement des ménages, comme ce fut le cas aux États-Unis et en Europe avant 2008. D’où cette menace verbale de la banque d’augmenter ses taux bientôt, ce qui n’est pourtant pas dans ses intentions. Comme si de faire les gros yeux pouvait avoir quelque influence que ce soit sur les consommateurs !


Ce n’est pas nouveau que Mark Carney fasse allusion au risque de fait courir un niveau d’endettement aussi élevé. Mais ce discours a pris plus d’importance à chaque nouvelle sortie récente du grand patron de la banque. Au point où il en est venu à introduire l’idée que la banque devrait désormais tenir compte du phénomène dans la détermination de son taux directeur. Une histoire de Bonhomme Sept Heures, sans plus !


Faute de pouvoir augmenter les taux de façon progressive comme elle le ferait normalement, seul moyen vraiment efficace de ralentir le crédit, la banque centrale en est réduite à souhaiter que d’autres mesures, tel le resserrement des règles d’emprunt hypothécaire décrété par Ottawa, aient l’effet rêvé d’une douche froide sur les ménages.


Or, même si on observe un faible ralentissement du marché immobilier depuis septembre, il est bien trop tôt pour crier victoire, et les tours à condos continuent de pousser à un rythme affolant dans la plupart des grandes villes canadiennes. Au moindre coup de vent, les banques et la SCHL (donc Ottawa) seraient ensevelies sous des milliards de mauvaises créances.


Ce scénario, tant la Banque du Canada que le gouvernement fédéral l’ont sûrement envisagé dans le confort de leurs salles de conférence, mais ils préfèrent ne pas l’évoquer ouvertement de peur d’inviter les mauvais esprits au bal des financiers. Est-ce là la meilleure façon de conjurer le mauvais sort ou n’y aurait-il pas lieu d’adopter une série de nouvelles mesures encore plus restrictives pour calmer le jeu du crédit bon marché au pays ?

 
 
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