Développement régional - Et naissent des coops de solidarité
Il y a des coopératives d’épargne et de crédit, d’agriculture, de foresterie, d’alimentation, d’art, d’assurance, des coops d’enseignement, de loisir, de services à domicile et de services aux consommateurs, de services de garde à l’enfance et même des coopératives funéraires. Les coopératives de développement régional (CDR), quant à elles, représentent l’outil essentiel qui permet à toutes les autres d’exister.
La première CDR voit le jour en Outaouais en 1973 et celles de l’Estrie, de Québec-Appalaches et du Saguenay-Lac-Saint-Jean entre 1984 et 1985. Dès 1980, le projet se met en branle, et c’est en 1983 qu’une subvention de 15 000 $ est accordée pour le démarrage. Depuis cette époque et jusqu’à aujourd’hui, la CDR Estrie a toujours réussi à être reconnue par le gouvernement du Québec comme l’interlocuteur privilégié pour le développement coopératif de la région. Cette reconnaissance a permis à la CDR Estrie d’obtenir un financement et ainsi de remplir ses mandats de regrouper, d’accompagner et de soutenir les coopératives et d’en faire la promotion. Aujourd’hui, le réseau se compose de 11 CDR et couvre l’ensemble du territoire québécois.
« Au départ, il y a eu la grande période des coops de consommateurs, dont les caisses populaires. Aujourd’hui, on est plus dans les coops de solidarité qui sont dans des secteurs émergents, comme les marchés publics, les sources d’énergie renouvelables et notamment la biomasse, et les coops forestières sont très présentes dans ce secteur. On voit aussi beaucoup apparaître des coops de santé et de travail qui offrent des services. Ce sont les jeunes qui choisissent cette formule », précise Janvier Cliche.
Ces coops de services dans le domaine de la santé sont nombreuses en Estrie. Et c’est ici qu’on retrouve la première coop de services à domicile. Il existe aussi une coop de réhabilitation de personnes avec des multidépendances. De son côté, la coop Santé active se concentre sur les services offerts aux aînés pour se remettre en bonne forme. Elle regroupe des spécialistes en kinésithérapie et signe des ententes avec des résidences pour personnes âgées.
Des milliers d’emplois
Viennent ensuite les coops de services de proximité : « Avec la dévitalisation de plusieurs milieux ruraux, beaucoup de coops de solidarité voient le jour. On parle de Saint-Romain, qui a repris la gestion d’un dépanneur et d’une station-service qui avaient complètement disparu. Il y a aussi Saint-Étienne-de-Bolton, où on a ouvert un café-rencontre qui fait partie du réseau des Cafés de village des Cantons-de-l’Est », explique le président de la CDR de l’Estrie.
L’Estrie représente 4 % du territoire québécois avec à peine 300 000 habitants, ce qui en fait la plus petite des régions. C’est pourtant ici qu’on compte plus de 170 coopératives. « De 2002 à 2011, donc au cours des 10 dernières années, il s’est créé 117 nouvelles coopératives. Parmi celles-ci, on en voit une cinquantaine à Sherbrooke et toutes les autres sont réparties sur l’ensemble du territoire », dit Janvier Cliche. Pour la région, les coopératives représentent 2269 emplois, et c’est sans compter les coopératives financières dont font partie les Caisses Desjardins, qui embauchent plus de 1800 personnes. Ce sont donc plus de 4000 emplois qui garantissent un certain poids à la région.
« L’engouement qu’on connaît depuis les cinq dernières années, avec 15 nouvelles coops par année, s’explique par le bouche-à-oreille qui s’opère grâce aux coops existantes et aussi grâce à un gala coopératif tous les deux ans », renchérit M. Cliche. Ainsi, la coopérative funéraire et les coops d’habitation de l’Estrie sont très présentes sur le territoire et font leur propre communication. La Coop fédérée, avec ses magasins Unimat, est très active sur la scène régionale. Et M. Cliche nous dit en riant : « Sur le territoire, la présence coopérative, ça s’affiche ! »
Si le type de gestion démocratique induit par le mode coopératif plaît aux jeunes, c’est avant tout parce qu’ils en entendent beaucoup parler en Estrie par l’entremise de l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et les mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) : « C’est le précurseur dans le domaine. C’est l’IRECUS qui a permis au réseau de se développer. Ici, les employés y ont étudié, ainsi que le maire de Sherbrooke. C’est un facteur incontournable. »
On retrouvera Janvier Cliche à Québec en octobre, lors du Forum des régions, dans le cadre du Sommet international des coopératives. Qu’est-ce qu’on peut attendre de tels événements ? « Ma perception, c’est que, dans le mouvement coopératif, nous sommes à un tournant. Les études le démontrent ; là où les économies ont le mieux résisté dans les crises qu’on vient de traverser, c’est là où il y avait une plus grande diversité des types d’entreprise présents sur le territoire. Le Québec ne fait pas exception, il a bien résisté à la crise de 2008 et un des facteurs, c’est la présence des coopératives. »
Collaboratrice







