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Un devoir de générosité

Richard Pound est implacable : l’élite d’affaires montréalaise néglige de retourner à la communauté dont elle est issue une partie des bénéfices qu’elle en retire

Richard Pound: «Montréal, malgré ses atouts extraordinaires, ne se développe pas à son plein potentiel. »
Photo : La Presse canadienne (photo) Jeff McIntosh Richard Pound: «Montréal, malgré ses atouts extraordinaires, ne se développe pas à son plein potentiel. »

Montréal «ne va pas mal» en matière de développement économique, social et culturel, mais « Montréal pourrait aller tellement mieux » si sa communauté d’affaires s’impliquait plus, notamment financièrement, estime Richard Pound.


L’avocat montréalais et ancien vice-président du Comité international olympique était l’invité d’honneur, mardi, de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), à titre de président du conseil d’administration de la Fondation du Grand Montréal. Il y a présenté un rapport de son organisme de bienfaisance dressant le portrait des « signes vitaux » de la métropole.


« On revient toujours à un même constat, a-t-il noté devant environ 150 personnes venues l’entendre pour leur petit-déjeuner dans un hôtel du centre-ville. Montréal, malgré ses atouts extraordinaires, ne se développe pas à son plein potentiel. »


Prenant à témoins ces hommes et femmes habitués de parcourir l’Amérique du Nord, il les a mis au défi de nommer cette « différence importante entre Montréal et les autres grandes villes du Canada et des États-Unis […] qui affaiblit notre développement. Vous me voyez venir. C’est l’implication des gens d’affaires dans la communauté ».


Ailleurs, a-t-il dit, cette participation financière et sociale est « extrêmement valorisée ». Souvent même considérée « comme un devoir moral ». « À Montréal, ce n’est pas encore comme ça. » Ce n’est pas que les Québécois ne soient pas généreux et prêts à aider les autres, a précisé Richard Pound. « Ce que nous devons apprendre à faire comme communauté d’affaires, c’est canaliser cette générosité individuelle dans des projets d’entraide. »

 

Plus de 120 millions


Créée en 1999, la Fondation du Grand Montréal recueille et gère des fonds de dotation permanents destinés à soutenir des organismes locaux dans différents secteurs, dont la santé, les services sociaux, la culture, l’éducation et l’environnement. Des successions, des dons individuels, des campagnes de souscription dans des entreprises et d’autres formes de collectes de fonds ont permis d’amasser jusqu’à présent environ 120 millions répartis dans quelque 340 fonds différents. Les revenus générés par ces fonds ont été reversés en subventions à différents projets et organismes communautaires de la grande région de Montréal pour un total de 9 millions en 13 ans.


Le montant des subventions versées dépend du rendement des actifs, qui est anémique ces temps-ci. Il dépend aussi de l’importance des actifs sous gestion qui, à 120 millions, restent bien en deçà à Montréal des actifs d’autres fondations communautaires du même genre et qui existent depuis plus longtemps au Canada, notamment à Toronto (256 millions d’actifs après 30 ans d’histoire), Calgary (396 millions après 60 ans) et Vancouver (750 millions après 70 ans).

 

L’État et l’aide privée


L’appel de Richard Pound semble avoir été plutôt bien reçu, mardi matin. Il n’en a pas moins amené certaines personnes présentes à soulever quelques réserves, à commencer par l’hôte du petit-déjeuner.


« Les Québécois payent déjà plus d’impôts qu’ailleurs en Amérique du Nord parce qu’on a confié à l’État de nombreuses missions sociales, a rappelé au Devoir le président de la CCMM, Michel Leblanc. On nous dit maintenant qu’il faudrait donner autant que les autres sur une base privée. On ne peut que souhaiter, évidemment, que les gens se montrent plus généreux. Mais je serais porté à reconnaître que les individus et les entreprises font déjà leur part. »


La Fondation du Grand Montréal lui apparaît, néanmoins, comme un « outil à long terme » à construire petit à petit durant les bonnes années en vue des mauvaises.


Réalisé chaque année en coordination avec les 180 organismes membres de Fondations communautaires du Canada, le rapport intitulé « Signes vitaux du Grand Montréal » note des avancées dans plusieurs domaines. Sur le plan économique, on voit, par exemple, que la construction résidentielle est en hausse, que le nombre de faillites diminue, que le revenu familial moyen avant impôt a plus augmenté en dix ans à Montréal (+ 34 %) qu’à Toronto (+ 25 %), que la population montréalaise vieillit moins vite que dans les autres grandes villes canadiennes. On constate aussi que Montréal a dépassé les autres en matière de diplomation postsecondaire, qu’elle compte moins de nouveau-nés de faible poids et qu’on s’y dit généralement plus heureux qu’ailleurs.


D’autres résultats sont plus préoccupants. Bien que chef de file dans plusieurs domaines technologiques, Montréal enregistre moins de brevets depuis cinq ans. Le nombre de familles qui ont du travail, mais qui doivent quand même avoir recours aux banques alimentaires, a bondi de 65 % en trois ans. La protection des espaces verts est un parent pauvre. Si la proportion de familles et d’enfants vivant sous le seuil de faible revenu a plus reculé à Montréal en dix ans que n’importe où ailleurs au pays, elle reste la plus élevée.


« Non seulement pouvez-vous faire quelque chose, a lancé Richard Pound à son auditoire en guise de conclusion. Mais vous devez faire quelque chose. Ce sera bon pour vous, pour vos employés et pour votre entreprise. Une communauté en santé est une communauté qui fait plus d’affaires. »

 
 
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