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Climat d’affaires - Le Québec champion?

Les Québécois se font habituellement dire que le sort fait aux entreprises est déplorable, ce que contredisent certaines études.
Photo : François Pesant - Le Devoir Les Québécois se font habituellement dire que le sort fait aux entreprises est déplorable, ce que contredisent certaines études.

Le Québec serait, pour les entreprises étrangères, l’un des meilleurs endroits au monde où investir, à en croire les classements internationaux. Ce point de vue n’est, malgré tout, pas partagé par tout le monde.



KPMG a dévoilé cette semaine une étude plaçant Vancouver, Toronto et Montréal au sommet d’un classement des grandes villes présentant la fiscalité la plus avantageuse pour les entreprises sur la scène internationale, tout juste derrière deux métropoles indiennes et une chinoise.


L’étude était tirée d’une enquête plus large que la firme de consultants réalise tous les deux ans sur la compétitivité globale des pays et des villes et dont la dernière édition, cet hiver, avait aussi accordé une excellente note aux villes canadiennes, notamment au Québec. Établie en fonction de 26 éléments de coûts de fonctionnement pour les entreprises - tels que la fiscalité, les salaires, l’immobilier, le transport et les services publics -, mais aussi d’autres facteurs - comme la disponibilité de la main-d’oeuvre, l’état des infrastructures, la nature du cadre réglementaire ou encore la qualité de vie -, cette grande enquête avait accordé à Montréal le premier rang parmi les 30 agglomérations canadiennes et américaines comptant deux millions d’habitants ou plus.


La métropole québécoise devançait ainsi, notamment, Toronto (2e), Vancouver (7e), Miami (14e), Chicago (21e), Boston (27e), New York (29e) et San Francisco (30e). Montréal y faisait mieux aussi que 14 grandes villes d’Europe de l’Ouest et d’autres pays développés, à la seule petite exception de Manchester, au Royaume-Uni.


Montréal n’avait pas été la seule ville québécoise à bien faire dans ce classement. Septième sur 16 villes au Canada, elle y avait même été devancée par Trois-Rivières (4e) et Québec (6e). Les seules villes à faire encore mieux que ces trois-là se trouvaient toutes dans les provinces maritimes.

 

Rien de neuf


Tous ces résultats n’ont rien de tellement surprenant pour ceux qui ont l’habitude de ce genre de classement international. Le Québec et ses villes, comme le reste du Canada en général, y ont l’habitude de très bien s’en tirer.


Les principaux atouts, du point de vue des investisseurs étrangers, que l’on reconnaît habituellement au Québec sont de différents ordres. On y salue notamment le faible taux d’imposition sur le revenu des entreprises ainsi que les généreuses subventions et autres avantages fiscaux accordés à des secteurs économiques particulièrement mobiles, comme la production numérique, la recherche et développement et l’industrie pharmaceutique. On se félicite aussi de la proximité d’importants marchés, notamment celui des États-Unis, et de ses grandes voies de communication, aussi bien maritimes et routières que ferroviaires et aériennes. On note également son coût de la vie généralement plus faible que chez ses voisins ainsi que son réservoir de main-d’oeuvre qualifiée, bilingue et multiculturelle. On vante aussi, à l’occasion, sa stabilité politique et économique, la sécurité de ses rues, sa qualité de vie et sa proverbiale « joie de vivre ».


Tous ne souscrivent cependant pas à ce portrait flatteur de la réalité. Le Conseil du patronat du Québec, par exemple, accorde à l’environnement d’affaires de la province systématiquement la note C depuis la création de son Bulletin de la prospérité du Québec, qui se base parfois sur une comparaison avec trois autres provinces, parfois avec d’autres pays développés. Le CPQ donne d’ailleurs la même note au Québec en matière de disponibilité, de qualité et de coût de la main-d’oeuvre, ainsi qu’en matière de fardeau fiscal, alors que son contexte réglementaire lui vaut un D.

 

Perceptions et maraudage


Ici comme ailleurs, cette question de l’attrait relatif de son économie a toujours revêtu une grande importance. Cela apparaît encore plus vrai dans un contexte de morosité économique et de forte concurrence entre les pays pour attirer et conserver les investisseurs chez soi.


La Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) observait en juin qu’on assiste depuis quelques années à des campagnes intensives de « maraudage » de la part de certains gouvernements, notamment américains, prêts à tout pour attirer chez eux les entreprises installées ailleurs. Elle donnait l’exemple de l’usine d’Electrolux de L’Assomption qui a annoncé, à la fin de 2010, son départ et la mise à pied de 1300 employés après que les gouvernements de la Ville de Memphis et du Tennessee lui eurent offert plus de 135 millions en subventions directes. « On tenait cette usine pour acquise parce qu’elle était productive et concurrentielle », avait alors rappelé le président et chef de la direction de la Chambre de commerce.


La perception, en ce domaine, est aussi importante que la réalité, constatait-on. Les études ont beau répéter que Montréal est l’un des meilleurs endroits où vivre et investir, il faut encore que les dirigeants d’entreprise, particulièrement ceux des filiales internationales, en soient aussi convaincus.


Aussi, une enquête a été réalisée cet hiver auprès d’une centaine d’entre eux installés dans la métropole. On a été soulagé d’apprendre qu’entre les deux tiers et les trois quarts d’entre eux prévoyaient maintenir, voire augmenter, leur nombre d’employés, leurs dépenses en recherche et développement, leur production manufacturière ou encore leurs exportations au cours des cinq prochaines années. Particulièrement importantes, en raison de leurs fortes retombées économiques, mais de plus en plus forcées de justifier leur existence auprès de la haute direction de leur propre groupe en cette période de rationalisation, plus des trois quarts des filiales étrangères basées à Montréal s’estimaient aussi (48 %), sinon plus (29 %) concurrentielles que les autres filiales de leur groupe.


Parmi les points forts de la métropole, on notait la qualité et l’abondance de sa main-d’oeuvre, son potentiel de recherche et développement, et ses infrastructures de transport. Paradoxalement, les mêmes facteurs étaient aussi perçus comme de possibles points faibles, parce que la pénurie de main-d’oeuvre qualifiée n’est jamais bien loin - particulièrement dans un contexte de vieillissement de la population -, parce que l’appréciation du dollar canadien fait augmenter le coût relatif de tout, notamment des salaires, et parce que les routes montréalaises sont dans l’état que l’on sait.


La CCMM en concluait notamment qu’il fallait s’attaquer de toute urgence à la menace de pénurie de main-d’oeuvre, être prêt à adapter nos programmes visant à attirer les investisseurs étrangers, mais aussi redoubler d’effort pour faire connaître l’ampleur des avantages offerts par le Québec.

 

Le point de vue américain


S’il faut en croire Tom Creary, il faudra, dans ce cas, commencer auprès de nos premiers investisseurs étrangers : les États-Unis. « Je suis désolé de le dire, mais les conditions offertes par le Québec sont loin d’enthousiasmer nos entreprises », dit le président de la section montréalaise de la Chambre de commerce américaine au Canada.


Parmi les facteurs qui posent problème, il y a la langue, bien entendu, note ce consultant originaire du Kansas qui vit au Québec depuis plus de quarante ans et parle très bien français. Même si l’on n’a pas de mal à trouver des employés bilingues au Québec, il est toujours plus rassurant de s’installer dans une province anglophone. Les impôts sont aussi plus élevés qu’aux États-Unis ou dans le reste du Canada, dit-il, du moins pour les particuliers. L’élection d’un gouvernement péquiste qui promet de les augmenter encore, pour les plus riches, n’améliorera pas l’affaire. Le fort taux de syndicalisation, le faible taux de productivité du secteur manufacturier et l’appréciation du taux de change du dollar canadien font aussi partie des handicaps cités.


Une fois enlevés le secteur financier - dont la capitale canadienne est à Toronto - et le secteur pharmaceutique - où les programmes incitatifs québécois ont été depuis longtemps rattrapés par ceux des autres gouvernements -, il ne reste plus, selon lui, que trois domaines où les entreprises américaines s’intéressent encore au Québec.


Le premier est le développement minier généré par le Plan Nord. « C’est très alléchant, constate Tom Creary, mais à condition qu’on n’augmente pas trop les redevances. » Un autre est l’achat - souvent pour les déménager ensuite hors du Québec - de compagnies détentrices de technologies dans les secteurs des jeux numériques, de l’informatique, des télé

 

Le point de vue français


La langue parlée au Québec n’est pas un problème pour le pays qui y occupe toujours le second rang derrière les Américains en nombre d’entreprises installées, mais qui leur a volé la première place l’an dernier quant au volume total d’investissements. Au contraire. « Les quatre cinquièmes des entreprises françaises au Canada sont au Québec. C’est manifestement parce qu’elles y trouvent un climat d’investissement propice pour attaquer le marché canadien et américain. Le fait qu’on y parle la même langue est évidemment un avantage, surtout pour les plus petites entreprises », dit le chef du service économique à Montréal de l’ambassade de France au Canada, Fabrice Blazquez.


ll n’y a pas que la langue qui aide les entreprises françaises à s’intégrer « en douceur », note-t-il. Il y a aussi tous ces liens personnels qui se sont tissés à force de se rendre mutuellement visite d’un côté à l’autre de l’Atlantique, l’importante communauté de ressortissants français qui vit au Québec, mais aussi le vaste réseau d’échanges et de coopération établi au fil des ans par les agences de développement gouvernementales ou encore entre les grappes industrielles québécoises et les pôles de compétitivité français.


Venant d’un pays où les impôts peuvent être assez élevés, Fabrice Blazquez ne trouve pas le cadre fiscal québécois tellement répulsif.


La multinationale française du jeu vidéo Ubisoft a l’habitude de dire qu’elle ne serait pas venue au Québec n’eût été les généreux incitatifs offerts dans son secteur mais que, si elle y est restée et s’y est développée, c’est en raison de la qualité de la main-d’oeuvre. Plusieurs ont toutefois hâte, en ce domaine, que l’entente de reconnaissance des compétences professionnelles signée entre la France et le Québec commence à donner sa pleine mesure.


L’élection du gouvernement Marois ne fait pas peur non plus. « Nous avons, nous aussi, un nouveau gouvernement plus à gauche. Les deux ne devraient pas avoir trop de mal à se comprendre, dit le conseiller économique qui est arrivé depuis peu en poste. J’ai beau chercher, j’aurais du mal à trouver des choses qui ne vont vraiment pas dans le contexte d’investissement québécois. »

***

Les grandes villes canadiennes sont les plus compétitives en Amérique du Nord

Indice de coûts globaux de fonctionnement pour les entreprises. La moyenne des villes américaines équivaut à 100.

1- Montréal (Canada) 94.3
2- Toronto (Canada) 95.7
3- Cincinnati (États-Unis) 95.9
6- Tampa (États-Unis) 96.4
7- Vancouver (Canada) 95.5
14- Miami (États-Unis) 97.8
21- Chicago (États-Unis) 99.3
27- Boston (États-Unis) 101.2
29- New York (États-Unis) 103.4
30- San Francisco (États-Unis) 104.5

Source KPMG

 
 
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