Duel de titans devant le CRTC au sujet de l’achat d’Astral - De promesse en menaces
L’échec de la transaction entraînerait de nombreuses pertes d’emplois, réplique Bell aux opposants à son projet
Dans l’exercice de leur droit de réplique formel à ce qui s’est dit tout au long de la semaine aux audiences du CRTC, les dirigeants de Bell et d’Astral ont affirmé que la famille fondatrice d’Astral veut vendre l’entreprise et que Bell est l’acheteur idéal, car il a les reins suffisamment solides pour tout prendre. En l’absence d’un feu vert, a dit le président de Bell, George Cope, les conséquences seraient malheureuses.
« Une revente par morceaux ou un refus de la part du CRTC d’autoriser la transaction mènera ultimement au démantèlement de la formidable entreprise qu’Ian Greenberg et son équipe ont construite et entraînera des pertes d’emplois importantes », a dit M. Cope aux commissaires.
Lors d’un point de presse subséquent, le vice-président des affaires réglementaires chez Bell, Mirko Bibic, a dit que le message de son patron cherchait simplement à faire comprendre qu’aucun autre acheteur ne peut « conserver la culture d’Astral et maintenir la compagnie ici à Montréal » et que sans transaction avec Bell, « il y aurait un impact sur les emplois ».
La séance de vendredi a mis un terme à une semaine de présentations qui ont permis aux adversaires du projet, comme Québecor, Cogeco et les syndicats, de soumettre leurs arguments, mais aussi aux entreprises qui l’appuient, comme le câblodistributeur Shaw et certains producteurs de contenu, d’expliquer ce qu’ils y voient de positif. Le président du CRTC, Jean-Pierre Blais, a dit que la décision serait rendue « le plus rapidement possible ».
Un Netflix canadien
La direction de Bell, qui croit avoir démontré les bienfaits de sa transaction cette semaine, a aussi affirmé qu’un refus du CRTC permettrait aux joueurs étrangers comme Apple, Netflix et Google, qui vendent du contenu à leur manière, de poursuivre leur assaut sur le marché canadien. « Il ne faudrait pas perdre de temps pour déployer une plateforme nationale et viable, appuyée financièrement par une entreprise qui a les moyens de faire concurrence des joueurs étrangers bien financés », a dit M. Cope.
Bell a surpris les commissaires au premier jour des audiences, le 10 septembre, avec son projet de créer un concurrent à Netflix et un autre portant sur la création d’une chaîne d’information télé en français.
Vendredi, le président d’Astral, Ian Greenberg, s’est moqué des prétentions de Rogers plus tôt cette semaine. Le câblodistributeur torontois a en effet affirmé que les compagnies canadiennes fourbissent déjà leurs armes et que Bell n’a pas besoin d’acheter Astral pour créer un Netflix canadien. « Si c’est si facile, pourquoi personne ne l’a fait dans les proportions où Bell veut le faire ? », a demandé M. Greenberg. Astral y a songé, a-t-il dit, mais le modèle d’affaires n’était pas viable.
De grands joueurs comme Québecor, Cogeco et Rogers s’opposent à la transaction. Ils craignent que la nouvelle entité ait trop d’influence dans le monde des médias et de la vente de publicité. De part et d’autre, les adversaires avancent des chiffres de parts de marché dans la télévision anglophone qui placent Bell-Astral en deçà ou au-delà du seuil critique de 35 % auquel le CRTC a déjà fait référence. Bell affirme qu’elle n’enfreindrait aucun seuil et que de toute manière, Québecor demeurerait le joueur dominant au Québec. Les adversaires se sont aussi accusés de concurrence déloyale entourant la distribution de certaines chaînes spécialisées.
Outre des stations de radio, Bell possède CTV, TSN et RDS, de même que des chaînes comme MuchMusic, Discovery Channel et Bravo. Dans le giron d’Astral figurent Vrak TV, Canal Vie et Canal D, en plus de 80 stations de radio (NRJ, Rouge FM, etc.) et 10 000 panneaux d’affichage.
« En ce qui concerne Québecor, il est clair pour tout le monde qu’ils ne veulent simplement pas d’un groupe Bell transformé et réénergisé », a dit vendredi M. Cope.
La direction de Bell a été légèrement irritée lorsque les représentants du CRTC, dont le président Jean-Pierre Blais, ont demandé des détails financiers concernant l’éventuelle plateforme qui doit faire concurrence à Netflix. La compagnie entend se montrer discrète sur ce projet.
« Pourquoi auriez-vous besoin de ça ? », s’est demandé M. Cope, dont l’entreprise y voit un bénéfice « intangible » issu de la transaction. « Il s’agit d’un produit qui n’est même pas encore lancé, et de toute manière, ça n’influence même pas le prix de l’achat. » Le président du CRTC a répondu qu'« il en faut un peu plus ».








