Bell-Astral - Non, merci!
Qui n’a pas lu ou entendu ces publicités fracassantes de la coalition « Dites non à Bell » lancée cet été par Québecor et Cogeco en réaction à l’acquisition d’Astral Media par Bell ? À voir l’ampleur de la campagne, on devine l’importance des enjeux.
Une des publicités produites par la coalition affirme que « si Ottawa permet à Bell Canada de faire l’acquisition d’Astral Media, la nouvelle mégaentreprise contrôlerait 72 % des revenus de la télévision spécialisée francophone ». C’est juste, mais dans cette phrase, le mot « spécialisée » a son importance puisque si Astral est le numéro un dans ce genre de télévision, c’est TVA qui conserve le titre en télévision généraliste. Le malheur, c’est qu’on ait permis à la télévision spécialisée qui investit peu dans le contenu d’avoir accès au marché publicitaire.
Puisqu’il est question du marché francophone, précisons qu’il serait toujours dominé par Québecor après la transaction, avec 30,5 % de l’auditoire contre 26,6 % pour Bell au lieu de 8 % à l’heure actuelle.
Du côté du Canada anglais, l’acquisition ferait de Bell le géant incontesté de la radiodiffusion avec presque 40 % des parts de marché, ce qui est nettement trop.
En autorisant cette transaction d’une valeur de 3,38 milliards de dollars, le CRTC permettrait donc à Bell de concurrencer Québecor d’égal à égal en territoire francophone. En théorie, on ne peut pas s’opposer à ce qu’il y ait plus de concurrence au Québec, où Québecor contrôle une très forte proportion des médias.
En revanche, on ne peut pas non plus accepter que Bell mette la main sur la seule grande entreprise de radio et de télévision indépendante avec siège social au Québec. En acquérant Astral, Bell, dont la quasi-totalité de la direction est à Toronto, ne mettrait que quelques années à faire de même avec l’administration d’Astral.
Pour les consommateurs du Québec, la concurrence Bell-Québecor ne serait donc qu’illusion puisqu’avec seulement deux grands distributeurs de contenu par câble ou par satellite, la variété et le prix en souffriraient autant qu’aujourd’hui. À l’heure actuelle, le Canada est l’un des pays où les consommateurs paient le plus cher pour le téléphone, la télévision et Internet, soit quelque 180 $ par mois en moyenne. Rien ne démontre qu’il en serait autrement après une telle transaction, et seuls les actionnaires de Bell y gagneraient.
Si le passé récent est garant de l’avenir, le CRTC autorisera la transaction en l’assortissant de quelques conditions plus ou moins agaçantes pour Bell. Dans le cas contraire, si la transaction est annulée, le CRTC devra aussi interdire aux autres distributeurs d’acquérir Astral, que ce soit Telus, Rogers, Québecor ou Cogeco. Car l’une des plus graves erreurs que l’on ait commises au cours des trente dernières années, ce fut d’autoriser les distributeurs par câble et par satellite, ces propriétaires de la tuyauterie, à mettre la main sur les contenus. Il est peut-être trop tard pour revenir en arrière, mais certainement pas pour corriger le tir.








