Transaction Bell-Astral - Les petites entreprises menacées
Dans bien des municipalités québécoises, particulièrement en régions plus éloignées, de plus petits joueurs tentent en effet encore de tirer leur épingle du jeu et d’offrir, à des tarifs le plus concurrentiels possible, des services de télédistribution.
Ces entreprises, comme celles que nous dirigeons, n’ont toutefois pas l’avantage d’être intégrées verticalement comme le sont nos plus grands concurrents. Dans la mesure où nous ne pouvons user du contrepoids que nous offrirait le fait d’avoir nos propres chaînes de télévision à distribuer, nous nous retrouvons donc entièrement à la merci des télédiffuseurs quand il s’agit de négocier les redevances que doivent leur verser nos clients pour avoir accès à leurs chaînes.
La méthode Bell
Or, Bell contrôle déjà un tiers des chaînes spécialisées et payantes canadiennes, incluant RDS, TSN, Discovery, Comedy, Bravo ! et MuchMusic. Si l’achat d’Astral devait se concrétiser, des chaînes comme Canal Vie, Canal D, Séries Plus et Historia, ainsi que Super Écran, HBO Canada et The Movie Network viendraient s’ajouter au portefeuille de Bell. Voilà autant de chaînes - 51 chaînes en tout ! - pour lesquelles il nous faudrait désormais négocier, d’un seul coup, avec un seul partenaire. On devine déjà que nous ne ferons pas le poids.
En fait, nous avons déjà obtenu un avant-goût de la méthode Bell lors du renouvellement des contrats de distribution de ses 29 chaînes spécialisées. Ce fut un processus long et pénible qui n’a connu son dénouement qu’après une ultime intervention de la part du CRTC. Le résultat des courses fut néanmoins celui que nous redoutions : d’importantes augmentations de prix pour des chaînes comme RDS et TSN, et des restrictions en ce qui a trait aux forfaits que nous pouvons offrir à nos clients. Les services de Bell devront donc pour la plupart demeurer groupés, forçant ainsi nos clients à payer pour des services dont ils ne veulent pas nécessairement.
Voilà donc un aperçu de ce que nous réserve Bell si on lui permet d’acheter Astral : moins de choix, moins de flexibilité et des prix plus élevés pour nos clients. Rien, donc, pour nous aider à demeurer concurrentiels.
Nous disparaîtrons
À terme, il n’y a donc pour nous aucun doute que le fait de concentrer autant de pouvoir de négociation dans les mains d’une seule et même entreprise signifiera la disparition des petits télédistributeurs que nous sommes, et avec nous, des services de téléphonie et d’accès Internet pour lesquels nous sommes souvent la seule alternative au monopole des grands fournisseurs.
C’est pourquoi nous implorons le gouvernement et le CRTC, ainsi que quiconque a à coeur le maintien de la concurrence et du choix pour les consommateurs, de s’ériger contre l’achat d’Astral par Bell avant qu’il ne soit trop tard et que ne sonne le glas des petits télédistributeurs.
Ont signé ce texte : Rémi Tremblay, directeur général de Déry Télécom inc. (25 000 clients) ; Michel Laurent, président de Câble-Axion Digitel inc. (23 000) et directeur général de Cooptel (1500) ; Jacques Perron, directeur général de la coopérative de câblodistribution de l’Arrière-Pays (14 500) ; Claude Beauregard, président de VidéOptique inc. (7000) ; David Ouellette, président de Cablovision Warwick inc. (2000) ; Denis Michaud et Paul-André Duclos, président et vice-président de Duclos Michaud Télécom (1500).








